La Suède est une monarchie parlementaire dont le scrutin est proportionnel à un tour, pour une durée de 4 ans.
Son système est d’une grande simplicité, et comporte seulement trois niveaux de représentations. Il y a 290 communes, 20 régions et une seule assemblée parlementaire nationale de 349 députés.
Tous les élus, communaux, régionaux et nationaux, sont choisis lors d’un suffrage direct, le même jour. Le parti (ou une coalition de partis) arrivés en tête du scrutin national, propose un premier ministre au vote du parlement.
En cas de démission avant terme, les Suédois sont appeler à une élection partielle, seulement pour la durée restante du mandat concerné, afin de conserver le calendrier unique pour les trois élections.
Ce système présente, selon moi, de gros avantages pour le citoyen. Le premier est de limiter les périodes de campagnes électorales, aussi coûteuses que paralysant l’action politique. Le vote est sur une journée, un dimanche, mais peut facilement être anticipé de deux semaines, et dans des lieux proches très accessibles, par exemple, les gares, les grands commerces. On peut même changer d’avis, et revoter le jour officiel du vote!
La date du scrutin est le dimanche 13 Septembre 2026. Ce vote peut être anticipé dès le 26 Aout.
Le mode proportionnel à un tour oblige clairement à des négociations entre les partis. Personne ne peut rien tout seul, et le parlement Suédois a jusqu’ici été capable de fonctionner malgré des majorités devenues très relatives, issues des trois dernières législatures. Une coalition est formée avant l’élection et elle applique ce qui était annoncé après. La personnalité du chef passe au second plan, ce sont les programmes qui sont déterminants. Cependant, il est possible de marquer sa préférence en faisant remonter un nom sur les listes.
Un autre avantage est la clarté des mandats pour le niveau local, régional et national. On sait qui est en charge de quoi, et comment sont répartis les impôts qui financent chaque niveau. Par exemple, les dépenses de santé, sont sous la responsabilité de la région. L’état se concentre sur le régalien, la diplomatie, la sécurité intérieure, les lois nationales. La justice est indépendante et le dialogue social régi par les conventions collectives. A chacun, des rôles distincts, et des mandats clairs. Voir le document en bas de page.
En Suède, les Sociaux démocrates ont longtemps dominé le paysage politique. Et puis, dans les années 1990, face à une économie en proie à de sérieuses difficultés, une coalition des droites modérées était convié au pouvoir. Ils ont conduit une réforme des retraites et de la fiscalité de très grande ampleur, construites sur un large consensus de tout le parlement.
Plus récemment, de nouvelles forces politiques se sont développées, plus radicales. La tradition du « consensus » à la Suédoise est contestée par celles-ci, elles préfèrent l’activisme, parfois agressif. D’une part des mouvements écologistes dont certains sont devenus très orientés vers une gauche extrême, d’autre part, un parti nationaliste très conservateur, les « Démocrates Suédois » dirigés par Jimmie Åkesson.
Son parti n’a cessé de gagner en influence, au point de convaincre l’actuel premier ministre de s’allier avec lui pour remporter les élections de 2022 contre les Sociaux Démocrates. Il est vrai que la Suède était le pays d’Europe qui accueillait le plus grand nombre d’immigrés depuis des années. Son sytème d’intégration était très performant, mais devenu très coûteux, et faisant face à un rejet grandissant de la population. Une nouvelle délinquance es apparue, et les phénomènes de gangs ont durci l’opinion publique.
Les Démocrates Suédois ne sont pas entrés au gouvernement en 2022, à la condition que le premier ministre mette en oeuvre une bonne partie de leur programme. Ulf Christensson, le premier ministre, est devenu pour quatre ans, la marionette plus ou moins consentante de Jimmie Åkesson.
Pour l’élection de 2026, Jimmie Åkesson s’impatiente, il a exigé de pouvoir entrer au gouvernement si la droite modérée gagne le scrutin. Son parti a plus de sièges au parlement que celui du premier ministre. Ce dernier n’a d’autres choix que de l’accepter, s’il veut rester…
Beaucoup pensent que Jimmie Åkesson et les Démocrates Suédois visent la direction du gouvernement, dès 2030. Les élections de 2026 nous diront si ce scénario est crédible.
A l’approche du scrutin, le gouvernement a fait voter des lois donnant des « gages » au parti nationaliste, tout en appliquant (de façon provisoire) des mesures en faveur du pouvoir d’achat, chères aux Sociaux Démocrates!… Un clientélisme à la Suédoise, pragmatique et concret, se traduisant par des actes, pas seulement des mots.
Dès le printemps, et jusqu’en Octobre 2026 (pourquoi Octobre 2026?), le taux de la TVA sur les produits de première nécessité (alimentaire) fut baissée de 50%, passant de 12% à 6%. Quelques semaines plus tard, je recevais à ma grande surprise, une aide ponctuelle pour compenser le prix très elevé de l’électricité. La cerise sur le gateau est venue en Juin, une mesure réclamée de longue date par les Sociaux Démocrates, un soutien gouvernemental au transports publics fut voté, une fois encore pour une durée provisoire. Le coût de l’abonnement mensuel est réduit de 50%. La mesure est active depuis le mois d’Aout, et son terme est annoncé pour Décembre 2026.
Les cautions faites à Jimmie Åkesson se sont multipliées dans le même temps, parfois sujettes à polémiques et rétropédalages préélectoraux. Il s’agit de mesures visant à durcir drastiquement la lutte contre la criminalité, et à mettre fin aux flux migratoires vers la Suède, si possible les inverser.
Pour Jimmie Åkesson, l’objectif est très clair, il réclame la fin des permis de résidence permanente, avec effets rétroactifs appliqués aux actuels détenteurs. Pour pouvoir rester en Suède, ils devraient accéder à la nationalité Suédoise (aux conditions renforcées) ou partir. Pour vivre en Suède il ne resterait donc plus que deux possibilités, soit un permis de résidence provisoire accordé en fonction d’un seuil de ressources suffisamment élevé (>50% du salaire médian national), soit un accès à la nationalité Suédoise après de nombreuses années de résidence dans le pays, et des « preuves » d’adaptation à la culture du pays.
Que ces mesures soient appliquées fermement aux nouveaux entrants peut faire débat, mais on peut à minima recevoir l’argument que les nouveaux entrants connaissent la règle« préalablement. C’est une toute autre histoire pour tous ceux qui se sont intégrés depuis longtemps. Du jour au lendemain, ils sont sujets à de possibles coups de boutoir d’une administration devenue hostile, inhumaine à leur encontre. Il s’agit alors de future déportation.
La presse a relaté de nombreuses situations individuelles aux conséquences délétères, dès la mise en oeuvre des premières mesures votées cette année, y compris les nouvelles conditions de résidence applicables dès le jour de la fête nationale le 6 Juin, tout un symbole.
Au delà des drames personnels, des secteurs entiers d’activité publique se sont inquiétés de perdre de nombreux personnels (santé, éducation et services). le gouvernement à déjà introduit des exceptions pour calmer les esprits avant les élections, sous le contrôle du parlement. Le salaire des emplois de services, indispensables au pays, sont le plus souvent inférieurs à 50% du salaire médian.
Les principales mesures sont simples: un volet sécuritaire autorise la criminalisation des délinquants dès l’age de 13 ans – la déportation pour tout délinquant non Suédois jugé coupable (adulte) – le conditionnement du permis de résidence provisoire à un emploi garantissant un salaire au moins égal au salaire médian en Suède – une extension des délais de plusieurs années pour obtenir la nationalité… pour ne citer que quelques exemples.
Ce qui pose le plus de problème, c’est la rétro activité, appliquée sans états d’âmes.
Ici, le témoignage d’une famille dont les adolescents nés Suède sont sous la menace d’une déportation à leur 18 ans. Là un couple marié avec enfants, dont le mari peut rester ayant acquis la nationalité et une très bon travail dans la recherche… mais dont la femme, ayant pourtant un poste d’enseignante pour des élèves Suédois, se voit menacée d’expulsion. Elle n’a pas encore la nationalité Suédoise, et son salaire est trop bas. La encore, une Suédoise mariée à un Américain menacé aussi de déportation, « je me sens trahie par mon pays » a-t-elle témoignée.
A ces lois strictes concernant les étrangers immigrés, se rajoutent l’application la plus zélee d’Europe aux règles du Brexit. Ces anciens Européens qui n’auraient pas suivis les instructions à la lettre, ni dans les temps, sont aussi menacés d’expulsion. Les exemples les plus douloureux concernent des personnes agées qui ont vécu très longtemps en Suède (lire l’article du Guardian en bas de page).
Je suis pourtant convaincu que la simplicité du système politique Suédois offre une vertue incomparable. Il est simple et il va vite, droit au but. Très peu de temps s’écoule entre les discussions au parlement et l’application de la loi dès qu’elle est votée. Le résultat est que les électeurs voient très concrètement les résultats très vite, et dans la situation actuelle avant même le scrutin électorale. Je ne serai pas surpris que Jimmie Åkesson ait confondu vitesse et précipitation, tellement enclin à démontrer que les Démocrates Suédois sont en mesure de conduire de vrais changements.
Ce ne sont plus les mots d’un programme politique, sur un arrière plan de pompe de gasoil (affiche électorale), « Vi gor Sverige, till Sverige Igen » (nous ferons de la Suède, la Suède å nouveau), qui précèdent le vote. C’est une cohorte de bons citoyens déjà affectés, brusquement jetés dans l’incertitude administrative de la rétro-activité, dénuée d’humanité. Tous leurs efforts d’intégration, jusqu’ici reconnus par un status légal, sont effacés en un vote inique. Nombreux sont les Suédois qui sont choqués, et reconnaissent que la plupart méritent de rester en Suède.
Le 13 Septembre, j’irai voter pour la commune et pour la région. Je n’ai pas fait les démarches nécessaires pour accéder au vote du parlement. Le soir venu, j’observerai avec délectation, la mine défaite de Jimmie Åkesson. Mais l’avertissement est sérieux, et les activistes de l’autre bord ne sont pas à prendre à la légère, non plus. Les partis « raisonnables » sont débordés par leur ailes, en Suède aussi.
Quoiqu’il advienne, aucun parti ne peut prendre les décisions seul. Aucun leader ne peut se présenter en homme ou femme providentiel(le)… et ça, c’est franchement reposant!
Vivement le 13 Septembre.
VDS
Article du Guardian le 10 Aout 2026: une veuve de 78 ans doit quitter la Suède selon les règles du Brexit, après 21 ans en Suède. Son mari est enterré en Suède.

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