Russie | Les véhicules militaires ne défileront pas à Moscou, le 9 Mai 2026

Le 9 Mai, en Russie, est devenu une date mythique. Il s’agit, pour les Russes, de la capitulation des Nazis devant l’armée rouge. Cette victoire fut signée à Berlin, le 8 Mai 1945 à 23 heures 01 minutes, heure locale. Staline exigea la présence des militaires Soviétiques. A cette date, Berlin était sous son contrôle. Selon l’heure de Moscou, il était déjà 1 heure et 01 minutes, le 9 Mai 1945.

C’est en 1965 que cette « journée de la victoire contre le Nazisme» devint un jour férié, et une célébration militaire sur la place rouge. Leonid Brezhnev, alors premier secrétaire du parti communiste à la tête de l’Union Soviétique, transformait cette journée en une nouvelle propagande annuelle agrémentée de très longs discours vantant le régime. C’est l’armée rouge qui libéra le monde, au prix des sacrifices du peuple Russe. Les troupes Russes et les équipements militaires lourds étaient honorées sur la place rouge, à chaque date anniversaire. Tout était savamment filmé et télédiffusé. Dès ma première visite à Moscou en Juin 2002, je fus surpris par la dimension réelle de la place rouge, bien plus modeste que dans mes souvenirs télévisuels « Brezhneviens » en noir et blanc. Sa surface « bombée » permettait une illusion optique à son avantage.

Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, et les politiques d’ouverture, « Pérestroïka, Glasnost » de Gorbatchev, l’heure n’était plus aux défilés militaires flamboyants. Le 9 Mai était devenu une fête populaire nostalgique en l’honneur des anciens combattants, des victimes de la guerre, et des grandes souffrances infligées au peuple Russe. La grande avenue Tverskaïa, qui aboutit au Kremlin, prenait l’allure d’une grande kermesse populaire ou se mêlait le meilleur et le pire de l’âme Russe, avec bienveillance. Partout dans Moscou, dans les rues et dans les nombreux parcs, des anciens combattants âgés en costume militaire, le plus souvent recouverts de médailles, et honorés par de généreux bouquets d’œillets rouges. La nostalgie des heures Staliniennes semblait appartenir au passé.

Jusqu’en 2005, le 9 Mai était célébré de cette façon. La place Rouge était réservé aux officiels et leur cercle d’invités, uniquement autour de régiments prestigieux parfaitement alignés devant le mausolée de Lénine, et les tribunes officielles. L’avenue Tverskaïa et les parcs pour les citoyens, chacun dans son monde. Le Kremlin était survolé d’avions en formation, dans un ciel préalablement dégagé de nuages par un ensemencement à l’iodure d’argent. Le ciel bleu se doit de participer à la fête, c’est le pouvoir qui en décide.

Et puis, à partir de 2005, Vladimir Poutine relançât les défilés militaires exposant des armes lourdes. Il voulait montrer au monde, et à son peuple, la fierté d’une puissance Russe renaissante. Une nouvelle obsession du pouvoir Russe, de plus en plus totalitaire… on aurait du se méfier d’avantage.

Cette décision n’allait pas de soi. Pendant les années de libéralisme économique, un centre commercial sous terrain avait été construit aux abords de la place rouge, sous le monument du « manège ». Le sol ne pouvait plus porter les plus grands lances missiles et autres chars d’assault. Il fallut alors lancer de grands travaux pour renforcer la structure du centre commercial et de son couloir d’accès direct vers le métro. Ce fut fait, et les défilés militaires retrouvaient leur lustre Soviétique. A chaque année nouvelle, l’ambition de se montrer plus impressionnante que la précédente. Poutine venait de relancer le mythe Stalinien de la victoire libérant le monde du Nazisme. Dans le même temps, on assistait à un effacement silencieux de l’histoire des Goulags.

Les guerres Russes en Tchéchénie, en Syrie et en Afrique devaient libérer le monde des terroristes musulmans Sunnites (Etat Islamique, Al Qaeda…). Poutine justifia les suivantes en Géorgie, mais surtout celle en Ukraine, par une nouvelle lutte « préventive » contre le Nazisme. Il a instrumentalisé le mythe du 9 Mai, en une propagande de re-Stalinisation du pouvoir Russe, Nationaliste Orthodoxe, cette fois.

Le 9 Mai 2026 marquera une nouvelle rupture. Poutine ne fera pas défiler de matériels militaires au sol dans Moscou, le jour de la « Victoire du Peuple ». Que s’est il passé?

En 2022, la Russie agressait l’Ukraine et tentait d’en prendre le contrôle par une invasion militaire. Cette « opération spéciale » devait être rapide. Depuis, le conflit s’est enlisé et les morts se comptent par centaines de milliers, aussi pour les troupes Russes. Dans un tel contexte, vanter la victoire du peuple Russe ne peut plus se faire avec le même faste.

Dès 2022, Poutine avait réduit un peu les démonstrations de force du 9 Mai, Cependant, il les a poursuivi jusqu’au 80ième anniversaire de la victoire sur le Nazisme, en 2025. Il aurait sans doute aimer convier le monde à Moscou pour cette occasion, comme il l’avait fait en 2005 pour les 60 ans.

En 2026, de nombreuses ombres continuent de s’accumuler dans le ciel du Kremlin, il a préféré renoncer à la parade des matériels militaires.

L’Ukraine a récemment attaqué de nombreuses cibles sur le territoire Russe, soit à l’aide de drones, soit avec des missiles de plus longue portée. Des raffineries ont subies des dégâts considérables, dans le Sud de la Russie, entr’autres. Organiser un défilé sur la place rouge aurait nécessité plusieurs jours pour rassembler le matériel en banlieue de Moscou, et répéter la représentation. Autant de lieux et de jours pouvant être ciblés par des attaques adverses. Elle seraient du plus mauvais effet pour le pouvoir russe.

Par ailleurs, le coût de la parade militaire est très important. Poutine ne veut sans doute pas se montrer dispendieux, alors que l’économie Russe souffre de plus en plus fortement du conflit en Ukraine, et les Russes avec. La responsable de la banque centrale Russe, Elvira Nabiullina, appelle à plus de transparence et d’honnêteté pour les données économiques du pays. En douterait elle?

Poutine n’a cessé de restreindre les libertés des Russes. C’est maintenant le réseau internet et les réseaux sociaux qui subissent des interdictions, et des interruptions massives. La cruauté devient une forme de patriotisme, mais elle fait de plus en plus peur. La popularité de Poutine marque le pas.

Viktoria Bonya est une influenceuse Russe qui partage sa vie entre Dubaï et Monaco ou elle réside. Elle est « pro Poutine » depuis longtemps, et a participé à des émissions de télé réalité très populaires. Elle vient d’enflammer la toile en s’adressant directement à Vladimir Vladimirovitch : « on vous ment, on a peur de vous ». Elle lui dit les souffrances des Russes qui seraient cachées à Poutine par son entourage immédiat: inondations dramatiques, pollutions conséquentes des attaques sur les raffineries…. Sa video a compté 30 millions de vues, et affolé le pouvoir Russe. C’est le cerbère Dmitry Peskov, le secrétaire de presse du président Poutine, qui s’est chargé d’une réponse bienveillante.

Difficile de savoir si cette influenceuse oeuvre ou non en faveur de la propagande du Kremlin, ou bien sincèrement pour s’en défendre. Le fait est qu’il s’agit d’une préoccupation nouvelle pour le pouvoir. La guerre en Ukraine accapare toutes les ressources du pays, humaines et économiques, sans laisser entrevoir la moindre lueur de victoire. Difficile dans ces conditions, de justifier une célébration fastueuse pour cette journée de la « victoire du peuple », le 9 Mai 2026.

Quelle victoire?

VDS

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