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Russie | Les mirages d’un « président Potemkine »

La légende des “villages Potemkine” (reprise d’un article de Courrier International) 

« À la fin du XVIIIe siècle, lorsque le prince Potemkine accueillit la tsarine Catherine II en Crimée, celui-ci aurait pris soin de monter des luxueuses façades en carton-pâte le long du chemin pour cacher la misère locale. L’épisode est célèbre, mais selon les historiens, il ne correspond pas à la réalité historique : Potemkine, le favori de l’impératrice, “a certes décoré le parcours à des fins de divertissement, mais non dans un but de tromperie : il n’aurait pas pu tromper Catherine”, écrit le média russe Arzamas site de vulgarisation culturelle et historique. Si l’existence de ces trompe-l’œil relève avant tout du mythe culturel, cette représentation appartient cependant à l’imaginaire populaire en Russie, illustrant le fossé séparant le souverain et le peuple. »

A mon arrivée en Russie, en 2003, je vivais à Moscou. Mais très vite, j’ai voyagé fréquemment à Saint Pétersbourg, dans le cadre professionnel. C’était l’année du tri-centenaire de cette ville, dont Vladimir Poutine fut membre de l’équipe municipale dirigeante, après la chute de l’URSS en 1991. C’est là ou il fit ses armes en politique, après avoir servi dans le KGB, en Allemagne de l’Est. Son plus fidèle cerbère était déjà Dmitri Medvedev. Son bon ami Prigogine n’était pas encore un traitre. Poutine avait, dans ces années à la mairie, échappé à des accusations de corruption, déjà…

Des années plus tard, l’avion de Prigogine tomba près de Moscou, suite à sa rebellion alors qu’il commandait les mercenaires du groupe « Wagner » en Ukraine.

Saint Petersbourg, est née dans une zone très humide. Elle fut imaginée par le souverain Pierre Le Grand, dans une région longtemps disputée par le royaume de Suède. Elle fut fondée en 1703, son style, empreint de néo-classicisme et de baroque mèlés, lui donne un caractère architectural remarquable et unique. Implantée sur les rives marécageuses de La Neva, son architecture est d’une cohérence rarement atteinte par les autres grandes villes Européennes, à la croissance beaucoup plus organique. Ses très nombreux palais sont prestigieux.

En 2003, Poutine était président de la nouvelle Fédération de Russie. Il avait à coeur d’accueillir les grands de ce monde, pour y célébrer fièrement sa ville, redevenue resplendissante, en Mai 2003. Le trajet de l’aéroport vers le centre, ainsi que toutes les façades donnant sur les avenues et rues du centre ville, furent rénovées. Les apparences étaient très flatteuses.

Je découvris une autre réalité dès ma première visite chez un collègue qui vivait à quelques mètres seulement de la célèbre perspective Nevski. Des rues défoncées par le gel, des façades fissurées, délabrées, seuls les intérieurs privés étaient en bon état et occupés par de riches Russes, ou bien loués pour les expatriés occidentaux. L’eau n’y était pas potable, parfois brunâtre et odorante. Mon collègue me racontait qu’il lui arrivait d’avoir à attendre dans la rue avant d’accéder à son appartement. Lorsqu’un de ses voisins allait et venait, à bord d’un véhicule blindé noir, protégé par quelques molosses équipés de Kalashnikov. L’envers du décor, derrière les belles façades. Quelques médias à l’époque, avaient mentionné la légende des « villages Potemkine », pendant les célébrations du tri-centenaire.

Nous sommes en 2026, et la présidence de Poutine ne resplendit plus, pour dire le moindre. Tout n’était que façades… Poutine s’est enfermé dans une guerre qu’il ne parvient plus à gagner. Bien pire, il ne parvient plus à la cacher à son peuple. Internet est en proie à des restrictions importantes, parfois ne fonctionne plus. Les vacances en Crimée ne sont plus sûres, les très nombreux colis commandés en ligne ne sont plus livrés, ou très mal. Les stations service sont souvent à sec!… Quand elles sont approvisionnées, les prix au litre s’envolent.

Ces dernières semaines, le Tsar, devenu ombrageux, multiplie les déplacements en région avant les élections législatives de Septembre. Il y va seulement de sa réputation, très en baisse, semble t’il.

Le seul parti ouvertement « anti guerre » a déjà été interdit. Le parti libéral « Iabloko », créé en 1993, est officiellement désigné comme «un agent de l’étranger », et ses responsables risquent de longues peines d’emprisonnement. Il n’y a plus d’opposition en Russie, les deux seuls opposants crédibles ont été assassinés. Boris Nemsov, abattu en pleine ville en 2015, et Alexeï Navalny emprisonné, puis empoisonné en 2022 dans une prison très froide dans le grand Nord. Depuis c’est le néant. Poutine ne craint plus qu’une seule chose, que sa popularité finisse par lasser. On en voit des prémices.

Fidèle à la légende de Grigori Potemkine, un journaliste de Novaya, Gazetta Anton Orekh raconte pourquoi il serait bénéfique de suivre Vladimir poutine dans ses déplacements.

Non sans humour, il a écrit, « Pour faire le plein, suivez Poutine! » (voir la carte en bas de page). Il raconte comment, dans les villes visitées par son altesse le Tsar, les prix à la pompe ont baissé de plusieurs dizaines de roubles par litre, deux ou trois jours avant la visite impériale, Seule dans l’une d’elle, les prix n’ont pas remonté peu après son départ…

Le journaliste ne tire aucune conclusion de cet exemple. Il préfère rappeler les vieilles habitudes Soviétiques qui consistaient à « jeter de la poudre aux yeux », chaque fois que nécessaire. Le plus souvent à la venue d’un dirigeant étranger, plus encore si Américain. Mettre en scène « le fameux paradis communiste ».

Cette fois ci, pas de visite internationale. Poutine cherche à montrer qu’il prend soin de ses concitoyens, un peu comme on range une maison, avant de recevoir des invités… Ça sonne de plus en plus faux. Quand il fait l’éloge de l’usine aéronautique d’Irkutsk, incapable de produire le moindre avion, il ne cesse pourtant de répéter que l’économie Russe est la quatrième plus puissante du monde. Il est devenu pathétique.

Ensuite, Il est allé réveiller un deuxième front à l’Est. Une visite sur les Iles Kouriles, qui sont devenues le symbole d’un conflit jamais conclu. Techniquement, la Russie et le Japon sont toujours en guerre. L’opportunité pour Poutine de faire diversion, et de donner une illusion de puissance sur la scène intérieure.

Son cynisme, sa sournoiserie n’ont d’égale que sa paranoïa. Nous savions depuis longtemps, mais avons refusé de voir, ou de prendre au sérieux. Pourtant, dès son accès à la présidence, en 1999, de sérieux indices auraient du nous alerter. Parmi les premiers, l’ambassadeur Américain en poste à Moscou, Michael Mc Faul, a fait état publiquement, dès 2000, des penchants autocratiques de Vladimir Poutine. Son administration, les services de Madeleine Albright, alors cheffe de la diplomatie Américaine, le lui reprocha sévèrement.

Plus tard, en 2004, je n’oublierai jamais le déroulement de l’élection présidentielle Ukrainienne. Je vivais à Moscou, à seulement 20 minutes à pied du Kremlin. Tous les murs de la ville, les oriflammes sur les ponts, affichaient le portrait du candidat pro-Russe Yanukovich, le seul visible. L’autre candidat, Youchenko, était inexistant. Il fut empoisonné en Ukraine. Par miracle, sauvé in extrémis dans un hôpital Viennois.

Malgré tout, il remportait finalement l’élection, et Poutine comprenait le danger de la révolution orange à ses portes. En 2004, la liberté issue de la Perestroika, était encore réelle à Moscou. J’assistais à un concert de rock alternatif, donné par de jeunes Ukrainiens aux couleurs de la révolution. C’était dans une petite salle de la scène « underground », à deux pas de chez moi. La musique ne m’a pas laissé de souvenir, mais leur énergie à faire vivre la révolution orange était admirable et enthousiasmante. Depuis, la reprise en main du pouvoir est allée crescendo.

En 2014, Poutine annexait la Crimée. Michael Mc Faul raconte comment l’opposant charismatique, Boris Nemsov, avait dit à Barack Obama: « si vous voulez nous aider (l’opposition Russe), ce n’est pas nous qu’il faut aider: aidez l’Ukraine ! ». Il pensait que si l’Ukraine devenait durablement démocratique, elle deviendrait un exemple à suivre pour la Russie. Boris Nemsov était persuadé que Poutine tenterait de l’éliminer (article de « the indépendant »). Le 28 Février 2015, il était assassiné peu avant minuit, alors qu’il rentrait chez lui à pied sur le pont situé au pied du Kremlin. On ne saura jamais qui était le commanditaire… Vraiment?

Le cauchemar Ukrainien n’en finit plus, et l’horreur s’amplifie. Les bombardements et les crimes de guerre Russes s’intensifient. La Russie est devenue un monstre nihiliste qui s’enfonce irrémédiablement dans l’abîme.

Qui pour la sauver d’elle même?

VDS

https://obamaoralhistory.columbia.edu/interviews/michael-mcfaul

Interview de Michael Mc Faul, ancien ambassadeur des Etats Unis, en poste à Moscou en 2015.

https://novayagazeta.ru/articles/2026/08/06/potemkinskii-benzin

Article de Novaïa Gazetta, le 6 Aout 2026 (en Russe, traduction possible avec Google translate)

https://www.independent.co.uk/news/world/europe/boris-nemtsov-i-m-afraid-putin-will-kill-me-politician-said-weeks-before-being-shot-dead-10077000.html

Article de « The independant » le 28 Février 2015

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