Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa avait prévu de porter à son journal (Novaïa Gazeta), un article sur les actes de torture attribués aux autorités Tchéchènes. Elle avait très souvent critiqué Vladimir Poutine et son pouvoir politique. Elle fut assassiné en bas de chez elle, en plein centre de Moscou, le jour même de la date anniversaire de Vladimir Poutine. Quel troublant cadeau d’anniversaire!
Depuis, la justice du pouvoir russe a établi la liste des exécutants de ce crime. Jamais du, ou des, commanditaires. Depuis 2021, le crime est prescrit. Les commanditaires ne risquent plus d’être poursuivis. Certains exécutants ont été graciés et envoyés sur le front Ukrainien.
Anna Politkovskaïa était très impliquée dans son travail de défense des droits humains, que ce soit auprès des mères de soldats morts au combat, ou bien des proches des victimes de la prise d’otage du théâtre Dubrovka de Moscou, en Octobre 2002. Poutine avait alors donné l’ordre au FSB (services de sécurité), de passer à l’assaut. Ils ont « gazé » le théâtre, probablement au Fentanyl. Presque tous ceux qui étaient à l’intérieur, ont péri. Les 40 preneurs d’otage, et 130 parmi le personnel du théâtre, ainsi que les spectateurs présents. Un véritable carnage, à la mesure de la barbarie de ceux qui en ont donné l’ordre.
La justice Russe a établi les faits de l’assassinat de la journaliste, mais laissé sans réponses toutes les questions sur les mobiles et les responsabilités de ce crime très violent. On se saura jamais qui a payé plus de 150000$ pour ce « contrat criminel». Malheureusement d’autres suivront, par exemple d’autres journalistes et collègues d’Anna Politkovskaïa, et l’opposant politique Boris Nemsov, quelques années plus tard.
L’ancien rédacteur en chef de Novaïa Gazeta, Dmitry Muratov, s’est exilé, il est classé « agent de l’étranger » par le pouvoir Russe. Il raconte les doutes d’Anna Politkovskaïa, se sentant de plus en plus menacée. Il rappelle son travail très important et reconnu par des prix en Russie et, par exemple, celui du « journalisme et de la démocratie de l’OSCE (Organisation de la Sécurité et de la Coopération en Europe).
Dès 2004, Anna Politkovskaïa avait dit: « vous verrez, Poutine se lancera dans une guerre contre l’Ukraine ». Ce n’était pas une parole d’oracle, mais un constat lucide. La révolution orange en Ukraine, et la tentative d’empoisonnement du candidat à l’élection présidentielle Ukrainienne Viktor Iouchtchenko, avaient alerté tous ceux qui vivaient en Russie à cette date.
L’assassinat d’Anna Politkovskaïa, le 7 Octobre 2006, a confirmé depuis le long isolement paranoïaque du sytème Poutinien, se refermant sur lui-même. Il est, jusqu’ici, d’une efficacité terrifiante.
Anna Politkovskaïa a payé de sa vie, son combat contre la barbarie. Nous nous devons de l’honorer, même modestement. Rappeler sans cesse son travail et sa vision humaniste de la Russie.
Les dernières élections législatives Russes nous montrent combien elle avait raison. Le parti « Russie Unie » de Poutine a encore renforcé son contrôle sur le parlement Russe, et interdit toute velléité d’opposition. Un des possibles commanditaires de son assassinat vient d’être réélu à la tête de la Tchéchénie, avec un score de 99,85% des voix. Les quelques 0,15% préfèreront sans doute rester anonymes.
Ramzam Kadirov, dont elle avait dénnoncé les crimes de guerre, s’est vu confier le pouvoir absolu en Tchéchénie par Vladimir Poutine. C’était juste après le 7 Octobre 2006, dès le 15 Février 2007. Ce serviteur très zélé, un Islamiste Sunnite violent, n’a plus quitté le pouvoir de la Tchéchénie. Il la dirige comme une dictature autonome. Pour garantir son impunité, il a servi toutes les causes du pouvoir Russe, servi de forces occultes, lui et ses « Kardirovtsky ». Son nom est cité parmi les commanditaires de l’assassinat de la journaliste Natalia Etsemirova, le 15 Juillet 2009, et celui de Boris Nemsov. Deux exemples parmi de nombreux autres. Il a fait envoyer des troupes en Ukraine aussi.
Un mois avant son assassinat, Anna Politkovskaïa avait écrit: « Qu’est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l’insolence rustre et la cruauté masquées par du courage et de l’amabilité. En Tchétchénie, les kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c’est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des « détails permettant d’attirer aux Tchétchènes la faveur de la Russie ». »
Anna Politkovskaïa nous a alerté sur le drame de la guerre en Tchéchénie, mais pas seulement. Elle avait clairement compris, bien avant nous tous, l’inhumanité et les ambitions du pouvoir Russe. Dès 1999, le futur homme fort du Kremlin avait déclaré « nous irons butter les terroristes jusque dans les chiottes », il ne les a plus quitté depuis…
Depuis, les attentats du 11 Septembre 2001 à New York ont ouvert la voie à tous les mensonges et justifications de lutte contre « le terrorisme ». Le pouvoir Russe ne s’en est pas privé pour justifier ses crimes, et sa lutte contre tous les « agents de l’étranger », dont la liste s’allonge chaque jour, chaque heure, chaque minute…
Anna Politkovskaïa n’aura pas eu le temps de connaitre l’honneur d’une telle accusation. Elle était trop lucide et courageuse, les monstres ont pris peur.
Le 7 Octobre 2023, d’autres barbares ont commis des crimes horribles au Moyen Orient, au nom d’une autre cause immonde. Il s’agît au fond de la même inhumanité que celle qu’exerce le Kremlin. Et d’ailleurs, le Kremlin a toujours été un soutien ardent de l’Iran et du Hamas.
VDS
https://novayagazeta.eu/en/articles/2026/10/05/anna-politkovskaya-award-goes-to-ukrainian-and-russian-women-journalists-imprisoned-by-russia-en-news Article de Novaïa Gazeta Europe, sur l’attribution en 2026 du prix annuel « Anna Politkovskaïa » de la liberté de la presse. Publié en Europe seulement.

https://novayagazeta.eu/en/articles/2026/10/07/on-the-side-of-the-victims-en Article de Novaïa Gazeta Europe, sur le témoignage d’une amie d’Anna Politkovskaïa.
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