Viktoriia Roshchina était une jeune journaliste Ukrainienne de 27 ans, une des rares à oser se rendre en Ukraine occupée par les Russes. Ella avait disparue depuis l’été 2023, jusqu’à ce que les autorités Russes reconnaissent l’avoir capturée, elle était “mise à l’isolement”. Il y a quelques jours, son père a reçu un courrier glacial lui annonçant sa mort, des suites d’une grève de la faim. Son nom figurait pourtant sur la liste des prochains échanges de prisonniers. Son travail était reconnu, et sa capacité à dénoncer les monstruosités de l’armée Russe en Ukraine était sans limite, croyait elle… jusqu’à sa mort. (Lire l’article de Liberation en bas de page)
Les ”ordures et salopards” qu’elle dénonçait, sont les mêmes que ceux dénoncés par le pianiste Pavel Kushnir il y a quelques semaines seulement, les mêmes que dénonçait sans relâche Alexeï Navalny, mort dans un lointain centre de détention très isolé, il y a tout juste un an… Les mêmes qui feront abattre Anna Politkovskaïa en bas de chez elle le jour de l’anniversaire de Poutine, en 2006 déjà. Et tellement d’autres depuis… il se dit que plus de 15 journalistes sont morts depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022. Les plus chanceux des “traitres” sont condamnés à l’exil, en échange de criminels Russes, qui eux retrouvent la liberté chez eux. On assiste à la renaissance de la grande Russie Orthodoxe dans ce qu’il y a de pire, une régression idéologique vers le 19e siècle, dirigée par un pur produit du communisme, de la révolution de 1917 et de Staline.
Combien de temps faudra t’il encore pour que le pouvoir Russe sombre dans l’abysse qu’il a lui-même constitué aveuglément. La Russie est devenue un vaste “trou noir”, que seuls sont en mesure de comprendre les pouvoirs de la Corée du Nord, de l’Iran et quelques autres frappés d’une insondable paranoïa, et d’un nihilisme absolu.
Dans un premier temps ils avaient déclenché une chasse aux traitres, qui ne sont autres que ceux qui exprimaient leur désaccord avec l’opération spéciale, ou prononçaient le mot guerre publiquement. Puis est venu le temps de la ré-élection du despote avec un score d’autocrate, jamais atteint précédemment. La dictature a pris un nouvel élan, chaque semaine apporte les nouvelles de restrictions, persécutions, morts en prison. Chaque semaine on y définit de nouveaux critères alimentant la chasse aux sorcières, à destination des prochains bûchers.
Un nouveau texte de loi vient de voir le jour, et a reçu l’approbation du gouvernement. La “Russophobie” est maintenant un crime. Cela s’adresse aux étrangers qui oseront critiquer, ou exagérer des menaces supposées émanant de la Russie. Les députés de la Douma disent que cette loi ne s’appliquera que contre les “officiels”. Un tel concept est tellement flou que nul ne peut prédire ses limites, qui peut le croire?
Les discussions sur la “Russophobie” ont commencé dès le début de l’opération spéciale, l’invasion de l’Ukraine. Le ministère des affaires étrangères a proposé plus tard de définir comme un préjudice, toute attitude étrangère hostile aux citoyens Russes, à la culture Russe, à sa politique. Ce concept visera des attitudes individuelles, ou des politiques mises en place par les états considérés comme “inamicaux”. Le dénigrement est donc devenu non seulement intolérable, mais condamnable.
Que le pouvoir Russe invente de nouvelles lois paranoïaques ne surprendra plus personne. Le plus étonnant est de constater que ce concept trouve son origine dans les années 1830. A cette époque les avancées de l’Empire Russe au Moyen Orient inquiétaient à Londres et Berlin. Dans le même temps, les avancées de la France ne suscitaient pas les mêmes craintes. En clair les conservateurs Allemands dénonçaient les menaces de l’Est, tout en ignorant celles de l’Ouest. Supposé ou réel, le concept de Russophobie aura traversé deux siècles. Le cerveau reptilien du dictateur n’en a pas perdu une miette. Dont acte, mes écrits seront dorénavant classés comme Russophobes.
La “Russophobie” n’était pas un concept très prisé pendant l’ère Soviétique, parfois mentionné par des émigrants. Son retour en grâce date de la fin de l’ère Soviétique, quand l’idéologie se mêla à un nouveau nationalisme ethnique. Ilya Ilyin, longtemps philosophe préféré de Poutine, inventa le concept de “Russophobie de l’élite occidentale”, qui selon lui, visait à démanteler la Russie.
La Russie est donc la victime d’un dénigrement systématique, ça explique tout, et ça justifie tout… Quiconque émet un autre avis est, de fait, un Russophobe qui s’ignorait. Les condamnations à venir nous renseigneront sur l’usage de cette loi inique.
Le pouvoir Russe ne laisse plus que deux options à son peuple, ou bien ils sont d’accord et sont priés d’aller mourir au combat, ou bien ils s’opposent et seront condamnés, au mieux à l’exil. Une troisième voie consiste à ne pas s’exposer, à se tenir très loin de tout ce qui est politique, se concentrer sur soi même et ses proches, en attendant des temps meilleurs. Il est vrai que la longue histoire tragique de ce pays les y a préparés, sauf peut-être, la génération née après 1991.
VDS
Article du journal Liberation publié le 11 Octobre 2024
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