Le 1er Janvier 2025 a marqué silencieusement l’accomplissement d’un objectif ambitieux de la Norvège en terme de transition énergétique. Ne vendre plus que des véhicules à zéro émission aux particuliers, dès 2025. L’objectif pour les véhicules de transport légers et transport en commun, est fixé à l’année 2030.
Je viens de passer les fêtes de fin d’année en Norvège, et à ma grande surprise, la question des véhicules électriques n’a alimenté, ni les conversations, ni les media. A tel point que je me suis demandé si la Norvège avait abandonné, ou retardé, son ambition. Personne n’a pu me renseigner.
Les faits sont pourtant très clairs. Sur l’ensemble de l’année 2024, 89% des véhicules neufs vendus dans le pays étaient électriques (motorisations hybrides exclues). C’était 96% au dernier trimestre de 2024. On peut dire que l’objectif est presque atteint déjà en 2024. Près d’un tiers du parc automobile Norvégien roulant est maintenant électrique, y compris dans les villes comme Tromsø, situées au dela du cercle polaire. Froid et autonomie limitée n’ont, à l’évidence, pas dissuadé les Norvégiens d’acheter des véhicules à batteries. Le réseau de points de recharge est dense, partout dans le pays.
Rien n’est définitif. En Norvège, l’échéance de 2025 n’était pas une interdiction mais un simple objectif soutenu par des allègements fiscaux. Il restera donc possible d’acheter des véhicules thermiques. La réalité du marché automobile Norvégien nous renseignera dès 2025 et 2026.
L’Union Européenne, et le Québec ont choisi de procéder à une interdiction pure et simple, planifiée pour 2035. Les réactions sont beaucoup plus hostiles, et de nombreuses voix s’y opposent déjà.
Bien sur, la Norvège s’était engagée vers l’électrification de son parc auto dès les années 1990. Le pays ne produit pas de voitures, et les taxes sur les véhicules et le carburant étaient historiquement les plus élevées d’Europe, à l’exception du Danemark. Ils ont donc pu investir sur de fortes incitations financières, plutôt que d’interdire. Ces incitations sont maintenant revues à la baisse, mais l’usage d’un véhicule électrique reste avantageux. Les habitudes sont prises.
Que la Norvège soit le premier pays à atteindre un tel objectif, 10 ans avant un autre, est très paradoxal. Les conditions hivernales sont extrêmes, particulièrement au delà du cercle polaire. Les distances y sont très grandes entre les régions (plus de 2500km du Sud vers le Nord). A priori, c’est un contexte des plus défavorable aux véhicules à batterie. La Norvège n’en avait pas le besoin, elle est aussi le premier pays producteur et exportateur d’hydrocarbures en Europe.
Les prochaines échéances de 2030 pour les transports, et transports en commun, seront aussi riches d’enseignement. Le service de transport en commun Tide Buss, de la ville de Hammerfest, la plus septentrionale du monde, est, pour la deuxième année consécutive, assuré par une flotte de bus électriques Volvo (voir l’article en bas de page). Là encore, c’est une expérience qui va à l’encontre de ce que l’on pensait possible, voir raisonnable. Il est encore trop tôt pour conclure, mais après une première année, le bilan semble positif. Nul doute que Volvo saura valoriser ce test en condition réelles et extrêmes. Si en 2030 tous les bus Norvégiens sont remplacés par des bus électriques, on saura alors s’ils avaient vu juste.
La transition énergétique exige des décisions radicales. La Norvège a privilégié la méthode de la carotte à celle du bâton, choisie par d’autres. Elle est en avance de 10 ans!… Une démonstration sans équivoque que l’interdît n’est pas la meilleure voix possible en matière de lutte contre le réchauffement climatique.
Le plus grand mérite de cette expérience Norvégienne, est qu’ils ont atteint un objectif qui semblait irréaliste, dans les temps annoncés, sans générer de conflits. La valeur de l’exemple est un irremplaçable élément de confiance.
VDS

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