Il parait que les voitures électriques ne fonctionnent pas bien par temps froid!… Pourtant, dès le 1er Janvier de 2025, la Norvége deviendra le premier pays au monde ou il ne sera plus possible d’acheter véhicules privés neufs autres que 0-émissions. En d’autres termes, 100% électriques à batterie, ou bien à l’hydrogène (encore une rareté). C’est 10 ans avant l’Union Européenne!
La Norvège est le plus gros producteur et exportateur de pétrole et de gaz en Europe. Comment en est on arrivé là?
C’est l’histoire surprenante que nous raconte la BBC (lien en bas de page).
Dans les années 1980, deux acteurs des mouvements écologistes Norvégiens militaient déjà en faveur des véhicules électriques, mais tout restait relativement confidentiel et quasiment sans impact.
Tout a véritablement commencé par une collaboration improbable entre un petit groupe d’activistes et le groupe pop A-ha, alors le plus célèbre groupe Norvégien. Ils avaient acquis une renommée mondiale, et furent sollicités pour la bande son du film James Bond de 1987.
Un professeur en urbanisme de l’université de Stavanger, Harald Nils Røstvik, le chanteur du groupe A-ha, Morten Harket, accompagnés de deux autres, se rendirent à Berne en Suisse pour assister au « Tour de sol » de 1989. C’était une sorte de rallye de voitures électriques et véhicules solaires. Ils y découvraient une Fiat Panda qui avait été convertie à l’électrique !
Ils décidèrent d’en importer une, en tout point semblable. Cette Fiat n’avait plus de siège à l’arrière pour pouvoir loger une imposante batterie, qui nécessitait une charge de 48h pour parcourir un peu plus de 60 km.
Ils se sont alors lancés, à Oslo, dans une action de désobéissance civile, pour capter l’attention. Ils ont roulé sur le périphérique sans s’acquitter des péages, empruntant les voies de bus, et refusant de payer pour les emplacements de parking…. Leur argument était le suivant: cette nouvelle forme de transport alternatif aux carburants fossiles, ne devrait pas être taxée pour avoir une chance d’être adoptée!
Evidemment la police ne l’entendait pas ainsi, et les amendes se succédaient à grand rythme… mais restèrent impayées. La voiture fut saisie.
Trop tard, l’action avait suscitée suffisamment de sympathies, pour qu’un groupe de soutien à leur action, mobilise des fonds pour racheter la voiture et la revendre à très bas prix à nos rebels… et ils recommencèrent, 12 fois!
L’idée était de mettre le gouvernement dans l’embarras. Plus d’un an plus tard, une politique de sunventions aux véhicules 0-émissions était adoptée. Les véhicules électriques eurent le droit de rouler sur la voie de bus, de ne plus acquitter, ni de péages routiers, ni de péages sur les ferries du pays… et complètement exemptés de taxe à l’achat.
Ils avaient réussi à imposer les pré-conditions pour favoriser l’achat et l’usage des voitures électriques en ville, et plus tard dans tout le pays.
Le parc de véhicules électriques en Norvège a évolué année après année. Dans un premier temps, il s’agissait de petits véhicules urbains importés d’Asie, de type Mitsubishi Mio. Un industriel Norvégien tenta la production d’un véhicule Norvégien de même format, mais le projet ne survivra pas très longtemps. On a pu assister ensuite, à l’adoption de véhicules plus familiaux et polyvalents. La Nissan Leaf fut une des premières à circuler en nombre, en dehors des villes.
La véritable diffusion des voitures électriques est arrivée avec Tesla. Les premiers modèles de Tesla étaient grands et très chers, mais vendus sans taxes, devenaient compétitifs avec les Volvos des Scandinaves, et autres véhicules Allemands, tous fortement taxés. La Norvège est devenue très rapidement le deuxième marché pour Tesla, après la Californie. Tesla a construit très vite un réseau de bornes de recharge qui proposait des recharges gratuites (à vie) à ses clients. Pas de taxes, pas de péages, pas d’embouteillage (autorisées sur les voie de bus)… et recharges gratuites aux stations de la marque. Aucun autre pays ne pouvait offrir de meilleures conditions. En 2023 la part de marché de Tesla a bondi à 20%. (de 12%).
Aujourd’hui 83% des voitures neuves vendues en Norvège sont électriques à batteries, la plupart des autres véhicules sont hybrides (rechargeables ou non). Il ne reste plus que 3% des véhicules vendus en 2023 qui soient, ou bien à essence, ou bien diesel. La marque Volkswagen vient d’annoncer avoir arrêté de proposer des véhicules thermiques dès 2024, et tous les autres constructeurs vont les retirer de leur catalogue en 2025. Les taxes et les avantages initialement accordés généreusement se sont déjà largement étiolés. Il est à parier qu’ils disparaitront totalement, au moins sur les véhicules les plus lourds et les plus luxueux. La gratuité des recharges n’a plus cours chez Tesla. Seules les autos les plus anciennes en bénéficient encore.
Les Norvégiens conservent leur véhicules longtemps (19 ans en moyenne). Néanmoins, le parc automobile Norvégien est déjà constitué, à plus de 25%, de voitures électriques. La Norvège s’est aussi engagée à « décarboner » les véhicules de transport légers et les bus avant 2030. Les transports plus lourds prendront sans doute un peu plus longtemps.
Dans le même temps, les fonds marins continuent d’être explorés, à la recherche de nouveaux gisements pétroliers ou gazeux, et maintenant aussi des minerais nécessaires à la production des batteries. Des industriels Norvégiens se sont spécialisé dans la fabrication des bornes de recharge, qu’ils exportent.
A ce rythme, le premier producteur de pétrole et de gaz d’Europe, devrait devenir également le premier pays à pouvoir s’en passer… Ce n’est pas le moindre des paradoxes.
VDS

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