Culture | Du temps ou les jours commençaient la veille

La semaine dernière, la Suède célébrait Pâques comme de nombreux autres pays en Europe et dans le monde. Les Suédois ont mangés oeufs et harengs le samedi pour célébrer, plutôt que le Dimanche, comme presque partout ailleurs. Les offices religieux de Pâques sont aussi très souvent donnés le samedi soir en Suède.

Il suffit d’observer un calendrier Suédois pour voir que les fêtes les plus importantes sont toujours accolées au suffixe « afton », « Påskafton, Midsommarafton, Julafton, et Valborgsmässoafton », et à la date de la veille. Bien que le mot « kväll » soit le mot actuel pour désigner le soir, « afton » est resté d’usage siècle après siècle, pour désigner le soir qui précède les journées de célébration. De fait, les Suédois continuent à organiser les festivités le jour d’avant.

D’ou vient cette tradition Suédoise, ou Scandinave?

La lecture d’un recueil de poèmes de « l’Edda poêtique » (poèmes Scandinaves anciens) en donne une possible explication. « Hávamál » relève de la tradition des Vikings à leur apogée, qui précède l’an 1000 de notre ère. A cette époque, les pays Scandinaves n’étaient pas encore christianisés. Le titre « Hávamál » signifie en substance « Les dits du très haut », en référence à Odin, le dieu dominant de la mythologie Nordique. Ces textes, dont l’origine est attribuée à la Norvège ou à l’Islande, donnent des conseils pour un mode de vie respectueux des autres, emprunts de grande sagesse..

« Loue le jour en soirée » y figure en introduction de maximes pour tous les hommes. A cette époque, ou la notion du temps n’était pas encore celle qu’on connait aujourd’hui, on considérait qu’une journée commençait au crépuscule et non à l’aube. Cette tradition Viking a traversé les siècles, et influence encore le calendrier des jours fériés en Suède.

En Scandinavie, le Christianisme a peu à peu remplacé le paganisme, de traditions Vikings, à partir du Xème siècle. Un premier roi Scandinave, le danois Harald Blåtand s’est officiellement converti au Christianisme, vers 960. Ce fut une décision politique importante, elle visait à unifier les peuples Scandinaves, et sans doute aussi, à éviter que les visées expansionnistes du voisin Otton Ier le Grand (936-973), empereur du Saint Empire romain germanique, ne se transforment en tentative de conquête militaire ou politique.

Les traditions Scandinaves et les nouvelles du Christianisme ont donc cohabité longtemps après la conversion du roi. Les Vikings du Xème siècle étaient de puissants guerriers, ils étaient aussi des commerçants remarquables qui ont influencé toute l’Europe par leurs conquêtes, à commencer par la Normandie, jusqu’en Méditerranée (Royaume de Sicile, voir le documentaire d’Arte en bas de page). Il suffit de lire quelques strophes de « l’Hávámal » pour comprendre qu’ils étaient bien plus que les barbares sanguinaires qui ont inondé nos livres d’histoires.

Extraits de « Ce que disaient les Vikings » traduit des poèmes des anciens Vikings (Voir en bas de page). Chaque strophe était composée de six lignes, destinées à être scandées:

« Politesse. Qui rejoint le festin a besoin d’eau, de hardes sèches, de chaleur, et de courtoisie; et qu’on écoute ses paroles, quand il parle »

« Connaître le monde. Le voyageur lointain de bon sens a besoin. Tout chez soi est aisé. Celui qui en est privé deviendra la risée des gens avertis qui l’entourent. »

 « Indépendance. Bienheureux est celui qui jouit de bienveillance, a bonne renommée et réputation. Devoir dépendre du sentiment d’autrui est bien plus malaisé. »

« Sagesse. Le meilleur fardeau à porter en chemin est un grand bon sens. Supérieur aux richesses en terre inconnue. Il est le havre des démunis. »

« Expérience. Qui en tous lieux s’oriente, pour avoir beaucoup voyagé, celui-là seul connait dans quel état d’esprit sont ceux qu’il rencontre. Celui qui sait maîtrise. »

« Bonheur. Un misérable aux intentions malignes, de tout se gausse. Il ne sait pas, mais devrait savoir, qu’il n’est pas lui-même sans tares. »

« Inquiétudes. L’homme sans sagesse, toutes les nuits veille à tout, pense et repense. Il est épuisé quand vient le matin, mais ses malheurs demeurent.

« Paix fallacieuse. Plus vite que la flamme entre mauvais amis, se consume l’amitié en cinq jours. Vient le sixième jour et il ne reste que cendres, toute l’amitié est éteinte. »

« Ne pas se laisser gouverner par l’argent. Qui ne sait rien, ne le sait pas, pour de l’argent beaucoup perdent la tête. Un homme est riche, un autre l’est moins, qui pourrait le lui reprocher? »

« Renommée. Les richesses se perdent, les lignées s’éteignent et les hommes meurent de même façon. Mais jamais ne périssent estime et renom, la réputation de ceux qui l’ont bonne. »

VDS

Edition Gudrun, Islandaise. Traduit de l’original « Hávámal » par Gérard Lemarquis, 1994

Documentaire produit en 2022 par Arte. « La Sicile Normande ».

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