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Russie | « Ils nous ont tués ». Novaïa Gazeta s’arrête après plus de 30 ans et 10 journalistes assassinés.

Novaïa Gazeta a vu le jour en 1993, fondé par un groupe de journalistes de Komsmolskaïa Pravda. Ils en étaient les actionnaires majoritaires, aidés par Alexander Lebedev (14% du capital), et en 2006 par Michael Gorbachev (10% du capital). Gorbachev avait soutenu le démarrage de Novaïa Gazeta dès les années 1990 grace aux sommes perçues lors son prix Nobel de la paix, ce qui permit aux journalistes d’acheter le matériel nécessaire à la rédaction de leurs articles.

En quelque sorte, ce journal était un symbole concret de la « Glassnost » (transparence) promue par les réformes de Michael Gorbachev quelques années plus tôt. Les journalistes de Novaïa Gazeta ont oeuvrés en héros, au service de la vérité et de la liberté, quelqu’en soit le prix.

Ce journal est aussi un symbole, malgré lui, de la dérive mafieuse du nouveau pouvoir Russe. Vladimir Poutine est un homme qui a travaillé toute sa vie à lutter contre la transparence, par tous les moyens. Un pur produit du KGB de Beria et Staline. Il faut se rappeler que Poutine détestait Michael Gorbachev, au point de prétexter un emploi du temps trop chargé, pour ne pas se rendre aux obsèques à quelques minutes seulement dans Moscou.

Poutine est arrivé au pouvoir en 1999. A ma connaissance, le premier assassinat d’un journaliste de Novaïa Gazeta, Igor Domnikov, a eu lieu en Mai 2000. Il fut frappé violament en bas de chez lui, par un assaillant muni d’un objet contondant. Retrouvé inanimé par des voisins, il mourra en Juillet à la suite d’un coma. Il avait écrit une série de rapports critiquant un gouvernement local et dénonçant des pratiques de corruptions. Aucun commanditaire ne sera jamais puni, un bel exemple pour la suite…

En 2001, Viktor Popkov, qui contribuait au journal, fut assassiné par balles en Tchétchénie. La guerre de Tchétchénie devenait l’obsession de Poutine, et le conflit s’aggravait alors.

En juillet 2003, Yury Shchekochikhin mourrait des suites d’une « allergie » aussi sévère qu’étrange. Il travaillait alors comme journaliste d’investigation et comme éditeur en chef en second. Il était aussi membre du parlement (Douma). Son parti politique Iabloko, vient d’être classé « agent de l’étranger ». en 2003, Il travaillait sur un scandale de corruption dit des « trois baleines ». Quelques jours après sa « crise allergique soudaine», il avait programmé un rendez vous avec des enquêteurs du FBI aux USA.

Sans doute la plus renommée des journalistes de Novaïa Gazeta, dénonçant sans relâche les crimes de guerres commis par le régime Russe en Tchétchénie, Anna Politkovskaïa. Le 7 octobre 2006, jour de l’anniversaire de Poutine, elle fut criblée de balles en bas de chez elle, rue Lesnaïa, en plein coeur de Moscou. Aucun commanditaire connu à ce jour, et des exécutants graciés en échange d’une contribution sur le front de guerre en Ukraine. En 2023, Poutine graciait un officier de justice accusé d’être impliqué dans le meurtre d’Anna Politkovskaïa.

En Janvier 2009, le journaliste et défenseur des droits de l’homme, Stanislav Markelov, était abattu dans Moscou. Il venait de quitter une conférence de presse au sujet de son appel contre la remise en liberté anticipée d’un ancien militaire accusé d’enlèvement et meurtre aggravé d’une jeune Tchétchène. Anastasia Baburova, une jeune journaliste en freelance qui accompagnait Markelov, fut abattue d’une balle dans le tête à ses cotés.

Le 22 Juillet 2009, Natalya Estemirova, fut kidnappée à Grozny et son corps retrouvé criblé de balles deux heures plus tard. Elle avait rencontré et échangé avec Anna Politkovskaïa et Stanislav Marketov. Elle défendait ardemment les droits civiques. C’était aussi une avocate.

En 2018, trois journalistes Russes, Kirill Radchenko, Alexander Rastorguyev, et Orkhan Dzhemal. tombaient dans une ambuscade en République Centre Africaine. Ils enquêtaient sur les activités des mercenaires Russes en Afrique, notamment ceux du groupe Wagner dirigé alors par Evgeny Prigogine (le cuisinier de Poutine, tombé plus tard avec son hélicoptère).

Cette liste n’est pas exhaustive, mais elle démontre à quel point ces femmes et ces hommes de Novaïa Gazeta ont fait preuve de courage, de détermination à servir la vérité et la liberté. Aucun mot ne suffira jamais pour leur rendre un juste hommage, à eux, et à tous ceux de Novaïa Gazeta. Les oublier seraient une seconde mort!

En 2021, Dmitri Muratov était alors le rédacteur en chef du journal. Le comité Nobel lui attribua le prix de la paix. Le 7 April 2022, il était attaqué par un inconnu dans un train vers Samara. Par « chance » l’agression n’était pas lèthale, mais symbolique. Muratov était aspergé de liquide rouge sang. Il s’agissait, pour les assaillants, de dénoncer ses positions contre la guerre en Ukraine qui venait de commencer. Pardon, je devrais écrire de « l’opération spéciale des forces armées Russes»

Dmitri Muratov sera officiellement désigné « agent de l’étranger en Novembre 2023 ». Il quitte alors la Russie et un nouveau rédacteur en chef est nommé: Sergei Sokolov. Suite à « l’opération spéciale » en Ukraine, l’édition du journal est déplacée en Europe, et publie en ligne. Certains journalistes ont continué à vivre et travailler en Russie, malgré une pression de plus en plus grande de la part des autorités… Ils viennent de décider que c’est désormais insoutenable. Le journal cessera de publier le 9 Novembre 2026 en Russie.

«  On ne peut que rire jaune à la lecture de l’article 29 de la Constitution Russe, qui déclare que la censure est interdite ! » (citation de Dmitri Muratov, dans l’article de Novaïa Gazeta Euroope en bas de page)

Voilà ce qu’il en coûte de servir la vérité et la liberté dans la Russie de 2026. Le régime de Poutine est absolu, cyniquement patient. C’est un ennemi implacable de ces deux valeurs essentielles de la vie. Poutine est une ordure qui a gagné les faveurs du plus grand traitre Yankee de tous les temps, un véritable cauchemar.

En 2027, nous allons élire un nouveau président de la République Française (il ou elle)… Quiconque, candidat à cette élection, soutient ou relativise les crimes du pouvoir Russe doit être écarté(e) irrémédiablement, c’est un ennemi déclaré à la vérité et à la liberté, un dictateur en puissance.

Quelle tristesse et quelle rage de constater que beaucoup plus de la moitié de nos compatriotes sont prêts à faire un tel choix. Nous devons nous saisir de l’héritage de Novaîa Gazeta pour réveiller les consciences, la meilleure des façons de rendre hommage à leur courage.

VDS

Une réponse à « Russie | « Ils nous ont tués ». Novaïa Gazeta s’arrête après plus de 30 ans et 10 journalistes assassinés. »

  1. Avatar de John P. Norman
    John P. Norman

    Merci pour cette triste nouvelle qui m’avait échappé. Bel hommage en tout cas. Ces journalistes sont des héros.
    Quant à la France, je crains que la politique étrangère ne joue absolument aucun rôle dans la campagne électorale. Il y a des sujets de politique intérieure hélas plus brûlants (sans calembour).

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