“La Norvège n’a pas fait face à une situation aussi grave en matière de sécurité depuis 1945, souligne Eivind Vad Petersson, haut responsable au ministère des Affaires étrangères Norvégien. Lorsque le Groenland essuie une tempête politique, le Svalbard est forcément éclaboussé aussi.” Lu dans un article du New York Times, repris par « Courrier International » le 25 Janvier 2026.
Cet archipel montagneux, dont l’Ile principale, Spitzbergen, est entourée de la mer du Groenland (le pays le plus proche), la mer de Norvège, la mer de Barents (Russie), et l’océan Artique. Svalbard est à 800km seulement du Pôle Nord. Elle n’est peuplée que de 3000 habitants, qui y vivent dans des conditions climatiques extrêmes. De long mois de nuit en hiver, et des températures rarement positives, même en été.
De ce dernier point de vue, ça se réchauffe d’année en année, au grand dam des ours blancs. La banquise a connu une fonte sans précédent en 2024. La grande réserve mondiale de graines, créée par les Norvégiens en sous-sol, n’était plus accessible suite à une inondation de son accès principal, due à la fonte inhabituelle du pergélisol (permafrost).
Russes et Norvégiens y ont cohabité depuis plusieurs siècles. Ce n’est qu’à partir de 1920, que le statut de cet archipel fut défini en termes diplomatiques et juridiques, dans un traité international. Le traité de Spitzberg était signé à Paris, dans la foulée du traité de Versailles qui mettait un point d’orgue à la première guerre mondiale.
La souveraineté de cet archipel fut attribuée à la Norvège, avec une restriction importante, ne pas y conduire d’activité militaire. D’autre part, tout ressortissant d’un des nombreux pays signataires, se voyait attribuer le droit de s’établir librement sur l’archipel, muni d’un simple passeport en cours de validité. Par exemple, Chinois, Coréens du Nord et Russes peuvent s’y établir sans restriction.
Des scientifiques Chinois y travaillent dans un centre de recherche. Les Russes y ont fondé une petite ville adjacente à une exploitation minière souterraine de charbon, à Barentsburg. Deux autres communautés Russes ont été fermée, trop peu rentables, la Russie prévoit de les réactiver.
Cet archipel présente beaucoup de similitudes avec le Groenland, en terme de ressources naturelles, et aussi de status légaux anciens qui prêtent à interprétation, si ce n’est à actualisation. Ces deux îles voisines sont toutes deux très bien situées, sur une future route commerciale prometteuse, que le réchauffement climatique est en train d’ouvrir. Par ailleurs, la géologie des sous-sols de l’archipel et des eaux proches, attirent tous les grands prédateurs.
Donald Trump a capté toute l’attention avec son « offre d’achat » brutale sur le Groenland. Mais à Svalbard, ce sont les sournoiseries de Poutine qui inquiètent la Norvège. En théorie, rien n’empêche les Russes de s’établir légalement sur Svalbard en grand nombre, malgré la souveraineté de la Norvège. Surréaliste.
Grace à sa position septentrionale, tout près du pôle Nord, c’est l’un des meilleurs endroits de la planète pour télécharger les données des satelites et surveiller les trajectoires de missiles. En effet, la terre tournant sur elle même, permet une communication satellite sans interruption. Pour envoyer un satellite dans l’espace, il vaut mieux le faire depuis l’équateur, pour s’y connecter une fois en orbite, les pôles sont de bien meilleurs emplacements.
Le traité de Spitzberg interdit toute activité militaire. Certes, mais depuis 1920, les notions de ce qui est militaire et scientifique ont bien évoluées. Les prédateurs actuels n’en ont que faire, ils peuvent toujours discuter la nature scientifique de leurs connections satellitaires.
Il est un autre paradoxe absurde. Les deux communautés vivant sur l’île de Spitzberg, sont en conflit direct depuis le déclenchement de « l’opération spéciale » en Ukraine, en février 2022. Les autorités de la Norvége (membre de l’Otan) ont l’obligation de faire respecter les sanctions internationales contre la Russie. Dit autrement, les approvisionnements vers Longyearbyen (ville principale, Norvégienne) ne peuvent être vendus aux Russes de Barentsburg, distante d’environ 50 km. Ces derniers ne peuvent compter que sur les livraisons par bateau en provenance, par exemple, de Murmansk en Russie.
Un autre point fait débat, à qui appartiennent les ressources soumarines autour de l’archipel? Le traité de Spitzberg ne permet pas la clarté sur ce sujet. Les Norvégiens revendiquent cette propriété « des eaux territoriales » mais l’Union Européenne juge que c’est infondé. Ça promet.
Dans l’immédiat, toute l’attention se porte sur le conflit en Ukraine, et la mauvaise foi déployée par Poutine envers l’Ukraine et l’Otan. Le gouvernement Norvégien demande aux jeunes Norvégiens de se tenir prêt à défendre la nation. Il a aussi prévenu que toute propriété privée en Norvège peut être réquisitionnée par l’état, au cas ou un conflit éclaterait. Appliquée à Svalbard, cette mesure permettrait d’en prendre le contrôle de fait. Est ce que ça suffira à dissuader la Russie? On peut en douter.
Svalbard, comme le Groenland sont confrontés au réchauffement climatique, comme partout ailleurs sur la planète. Les conséquences dans cette région y sont bien plus grandes, elles créent de nouvelles opportunités économiques et géopolitiques démesurées. Seule une Europe unie et solidaire peut aider le Danemark et la Norvège à faire face aux appétits des ogres US, Russes ou Chinois. Le réchauffement climatique, pourtant le problème le plus grand pour cette région, n’est plus sur les agendas internationaux.
Trump et Poutine ne s’opposent que dans leur style, tonitruant pour le premier et perfide pour l’autre. Ils sont parfaitement alignés dans leurs objectifs, restaurer un passé de « zones d’influences », de croissance économique et démographique sans limites. Leur désir de puissance les rend aveugles et sourds aux changements irréversibles en cours. Ils sont déjà morts, ils font partie d’un monde qui n’est plus. Pour combien de temps encore, faudra t’il que la planète subisse les assauts violents de leurs spectres?
VDS

« Groenland, Eldorado des glaces » documentaire Arte TV
« Norvège/ Svalbard, pion stratégique Russe » documentaire Arte TV
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