En 2009, Post Danmark s’est transformé pour devenir le groupe scandinave PostNord, L’État Suédois en détient 60 %, l’État Danois, les 40 % restants. Les uniformes rouges furent abandonnés et remplacés par du bleu vif très reconnaissable, déployé aussi sur tous les véhicules du groupe dans les deux pays.
Autrefois, on appelait souvent le facteur par son prénom. Il venait remettre le courrier deux fois par jour, puis une seule fois. S’il avait le temps, il était invité à boire une tasse de café dans la cuisine. Ce temps est révolu à jamais.
PostNord Danemark a décidé de ne plus distribuer le courrier dès la fin de 2025, pour se consacrer exclusivement à la distribution de colis et les besoins logistiques qui en découlent.
C’est donc une autre entreprise, 100% privée cette fois, qui sera en charge de distribuer les lettres partout au Danemark à partir de 2026. L’état versera une subvention pour s’assurer que le service public soit maintenu partout dans le pays.
Envoyer une lettre au Danemark avec PostNord coute aujourd’hui, au minimum 29DKK (soit environ 3,89€). Ce tarif élevé est le résultat d’une augmentation de 100%, décidée il y a deux ans. Elle avait accéléré la baisse inexorable du nombre de courriers envoyés. Cette activité était devenu largement déficitaire. PostNord Danemark prévoit maintenant de réduire ses équipes de 1500 personnes, liées à la distribution de courriers. Les emplois pour l’activité des livraisons de colis sont préservés, ils continuent de se développer.
Dans le pays voisin, la Norvège, l’entreprise nationale PostenNorge a pris une décision similaire à celle prise au Danemark. En Suède, aucune annonce n’a été faite dans ce sens. PostNord continue de distribuer le courrier jusqu’à nouvel ordre. On est enclin à se demander pour combien de temps encore.
Depuis plus d’une dizaine d’années, PostNord Suède a fait évoluer ses services postaux. Les changements drastiques opérés, n’ont pourtant déclenchés aucun conflit social, à ma connaissance. Tout s’est négocié au fil des décisions prises.
Ma première surprise était de constater la disparition très rapide de tous les bureaux de poste, y compris la poste centrale de villes de plus de 100000 habitants comme celle d’Helsingborg. Je n’imaginais pas un tel changement possible, sans effusions sociales.
Depuis longtemps déjà, tous les services courants liés à la réception, l’envoi de courriers ou de paquets sont accessibles depuis les supermarchés de proximité, aux horaires d’ouvertures beaucoup plus étendus que les anciens bureaux de poste (y compris le Dimanche). Ces points de services assurent également la fonction de point de retrait pour de nombreux autres entreprises de livraison de colis. D’un point de vue client, le service postal et retrait de colis est devenu beaucoup plus accessible.
La distribution du courrier a aussi subi des changements importants chez PostNord Suède. Les activités courriers et colis sont désormais organisées séparément. Comme au Danemark, l’activité de logistique des colis s’est beaucoup développée. De larges dépôts ont été construits, et de longs camions aux couleurs de PostNord sillonnent le pays, nuit et jour. Si les colis sont livrés tous les jours, la distribution du courrier a été réduite à la cadence d’un jour sur deux. Soit les Lundi, Mercredi et Vendredi, soit les Mardi et Jeudi de la semaine suivante.
Ces changements sont un des aboutissements de l’ère numérique qui a débutée il y a environ trente ans. A cette époque, nos boites aux lettres débordaient de courriers personnels, administratifs et de publicités. Elles sont aujourd’hui vides, ou presque.
Les courriers et messageries électroniques ont remplacé presque tous les courriers personnels, et la plupart des courriers administratifs. Des applications dédiées sont maintenant utilisées en Suède pour les envois d’échéances administratives et de factures. Les très nombreuses publicités ne sont plus imprimées, elles sont aussi devenues digitales. Le plus souvent, elles circulent sur les réseaux sociaux et internet. Mème les centaines de million de catalogues d’IKEA, qui étaient distribués chaque année, ont cessé d’être imprimés.
L’amélioration de l’accessibilité et la diminution de l’usage de papier sont considérables, et on ne peut que s’en réjouir. D’autres aspects sont plus problématiques.
Tout d’abord, il est devenu nécessaire pour chacun d’être equipé de terminaux électroniques (téléphones et/ou ordinateurs), qui doivent être sans cesse renouvelés (matériels et logiciels). Et puis, faut il encore en maîtriser l’usage qui évolue constamment par d’incessantes mises à jour. Les nouvelles générations y sont déjà habituées. Les plus anciennes, ou ceux qui n’ont pas accès à l’équipement, risquent d’être marginalisées si les courriers et les services physiques viennent à disparaître complètement.
Les développements techniques et économiques sont tels qu’il est vain de perdre son temps à les évaluer, positivement ou négativement. Ils s’imposent, pour le meilleur, mais aussi avec de nouvelles contraintes qu’il nous faut confronter. Le plus grand défi de ces changements est de s’assurer que cette marche forcée ne mène pas à de nouvelles exclusions, d’ètre en mesure d’accompagner tous ceux qui ne peuvent, ou ne souhaitent pas adopter les nouveaux usages immédiatement.
Nul doute que les pays Nordiques sont aujourd’hui parmi les pays qui ont adopté le plus vite les nouvelles technologies quotidiennement. Ils sont aussi les pays dans lesquels le dialogue social et la négociation sont incessants et constructifs. Ils réussissent, plus souvent que d’autres, à éviter les blocages.
L’arrêt de la distribution du courrier par la poste Danoise en est un reflet économique pragmatique. C’est aussi un nouveau marqueur des changements importants de nos modes de vie, qui s’opèrent de bon gré, ou mal gré. Si les Danois aboutissent à une solution qui permette la continuité du service public pour tous, sera d’un grand enseignement pour tous les autres pays d’Europe. Rendez vous en 2026.
VDS

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