Pour un Français, le système de santé Suédois est extrêmement déconcertant. Nos habitudes y sont prises à contre pied. Nous avons grandi avec l’habitude d’un accès aux médecins et médicaments presque sans limites, au remboursement très généreux (sans doute moins vrai aujourd’hui). En Suède, et par comparaison, c’est la frugalité qui s’impose. Un euphémisme, du point de vue Français. Du point de vue Suédois, l’autre système est vu beaucoup comme généreux, mais aussi comme un grand gaspillage. Chez nous, les médecins libéraux et indépendants tendaient à devenir des notables, en Suède, ils étaient simplement des « employés » de l’état, comme les professeurs. Aujourd’hui, les deux systèmes sont en crise, et manquent de ressources humaines et financières. L’un comme l’autre peuvent cependant revendiquer leur contribution à une espérance de vie parmi les meilleures du monde, et un accès aux soins pour tous, et à moindre coût pour le patient.
Je viens de me faire opérer d’une hernie inguinale il y a quelques jours seulement. Une opération sans gravité, ni urgence, et sans aucun doute pratiquée avec la mème dextérité technique dans les deux pays. Ce qui m’a déconcerté tient davantage au parcours pré et post opératoire. Je n’avais pas encore l’expérience d’un d’arrêt de travail, presque 15 ans après mon arrivée en Suède. Ma surprise fut d’autant plus grande… Retraçons en la chronologie et les faits.
Fin mai 2022, je décidais de consulter un médecin généraliste, pour confirmer une forte suspicion. Obtenir un simple rendez-vous auprès du « vårdcentralen », centre de soins local, a demandé plus de trois semaines. Evidemment, j’aurais été reçu plus vite s’il s’agissait d’une demande plus urgente.
Fin Juin 2022, le médecin généraliste me reçoit, confirme que mon hernie était importante et que seule une opération pouvait résoudre ce défaut de fabrication… Ceci dit, il me demande si je souhaitais vraiment me faire opérer… euh pardon, vous pouvez répéter la question?… Je lui rappelle que je suis venu à cette fin, il me dit alors qu’il va transmettre au chirurgien. Compte tenu des vacances, il me dit aussi que je n’aurai de retour qu’au mois de Septembre, ou Octobre. Le peu d’empressement me convainc du caractère non urgent de cette pathologie, ;-).
Le 11 Novembre 2022, je reçois un courrier m’informant d’une pénalité de 600SEK (60€) pour absence non signalée au rendez-vous avec le chirurgien, dont je n’étais pas informé (voir article de Novembre 2022 en bas de page). Un incident administratif corrigé rapidement et efficacement par téléphone. Le rendez-vous promis pour septembre aurait donc lieu en Décembre.
Le 8 Décembre 2022, le chirurgien de l’hôpital me recevait en consultation. Avant même l’observation de l’hernie, il me reposa la question: « êtes vous certain de vouloir vous faire opérer? ». J’ai eu envie de lui répondre, « regarde d’abord et on en reparle !» mais je suis un garçon poli… Il observe, et sans hésiter me dit qu’il conviendra d’une hospitalisation en « ambulatoire » avec anesthésie générale. Je recevrai un rendez-vous en fin de Janvier ou courant Février. L’hôpital me remet alors un kit pour la douche et des instructions, à suivre la veille et le matin de l’opération. En clair la préparation hygiénique doit être assurée par le patient, soi-même. Pourquoi pas?
Mi-Janvier 2023, un nouveau courrier de l’hôpital m’informe d’un délai supplémentaire sans me donner de dates… et me demande de sélectionner une option parmi trois, à retourner rapidement: 1/ je souhaite me faire opérer dans un autre hôpital (deux alternatives proposées), 2/ je ne souhaites plus me faire opérer… mmmhhh, vraiment?, 3/ je souhaites me faire opérer comme prévu, là ou j’ai rencontré le chirurgien. J’ai téléphoné pour mieux comprendre. L’hôtesse ne pouvant me dire si l’option 1 (opération ailleurs)serait plus rapide que l’option 3 (lieu prévu), je décidais de la mettre à l’aise en lui confirmant l’option 3… et oui lui ai-je répété, je veux cette opération, oubliez l’option 2 quoi qu’il arrive!
Mai 2023, un nouveau courrier m’informe que le rendez-vous est enfin décidé. Ce sera le 30, à 08:00. A confirmer sur le site web 1177 du service de santé, ou tout me concernant est centralisé, sinon pénalité…
Le 30 Mai 2023, tout a basculé. Le sytème, jusqu’ici lent et fastidieux, s’est mué en une machine redoutablement efficace! Arrivé à 08:00 sur place, il n’a fallu que 5 minutes pour m’acquitter des 300SEK (30€) de « reste à charge », et me faire enregistrer grâce à ma carte d’identité bancaire (Taxes, Banques et Santé). Tout s’est enchainé… 09:00 anesthésie, 11:00 réveil suivi d’un café et sandwich… 13:00, je tente une sortie au soleil, dans le park.. ils se sont inquiété de ne pas me voir revenir… 15:00, retour chez moi accompagné (encore sous l’effet d’antidouleur puissant, conduite non recommandée).
Les instructions pour le retour à domicile étaient des plus simples et minimalistes. Jusqu’à 8 comprimés de Paracetamol par jour (recommandés à l’achat avant l’opération et à payer soi-même). En cas de douleur intense, 3 comprimés (fournis) contenant de la morphine, pour trois jours et à rapporter à la pharmacie si inutilisés… UN SEUL pansement étanche de rechange , que je changerai moi-même après 7 jours!… et c’est tout!… Pas de soins, pas de rendez vous avec le chirurgien à prévoir. Un numéro de téléphone si questions, et les urgences si un problème se présente. Je suis resté circonspect.
7 jours plus tard, j’enlevais la pansement étanche et découvrait la cicatrice de 8 cm, en parfaites conditions, je continuais de faire confiance et apposait LE pansement de rechange sans autre précautions!… ni savoir quoi panser, ou penser, c’est selon. Le fait est, tout s’est déroulé de façon idéale, et je vais rapporter les 3 comprimés de morphine à la pharmacie (tout est préparé pour, un petit sachet avec un code barre contenant l’origine de cette drogue).
L’hôpital ne m’a prescrit aucun arrêt de travail, j’ai rapporté un jour d’arrêt à mon entreprise, et travaillé dès le lendemain, à distance… S’il vous plait, n’en parlez pas aux syndicats Français, ils vont me prendre pour un élément subversif et me faire interdire de territoire. Je suis retourné au bureau la semaine suivant l’opération.
Cette expérience m’a laissé perplexe à bien des égards. Dans ce pays ou l’individu est responsabilisé à l’extrême, j’imagine déjà une collaboration entre les hôpitaux, IKEA et YouTube. Les chirurgiens mettant au point des kits opératoires, IKEA créant les paquets plats, instructions incluses en 30 langues, la distribution, et YouTube produisant les tutoriels en ligne. Self opération en péridurale, et à faire par une personne de confiance si anesthésie générale… Merveilleux avenir!
VDS


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