Russie | Un score de 87,3%, et déjà un attentat monstrueux

Après 24 ans de faux semblants, le dictateur Russe ne se retient plus de rien, son score électoral de 87,3% en atteste. Il a fait assassiner, emprisonner ou chasser de Russie quiconque ayant des velléités critiques. Il ose maintenant prétendre que la mort de Navalny est un évènement malencontreux et triste.

A peine la farce dantesque de sa ré-élection passée, et quelques jours de fanfaronnades, il a enfin fait son coming-out de dictateur.

D’abord en assurant que son score n’est aucunement falsifié, lui seul en atteste, fermez le ban. Ensuite, il a fait dire à son sbire Peskov que la Russie est bien en « état de guerre », malgré elle. La faute à l’Otan et l’Occident. Tous ceux qui sont emprisonnés pour avoir prononcé le mot « guerre » apprécieront. Seront ils libérés? La nouvelle doctrine des maffieux au pouvoir est limpide: « La Russie a besoin de la guerre pour exister. »… Cette clique de gangsters en a besoin pour garder la main. Une évidence, sans la guerre ils ne sont plus rien.

Il suffit d’éplucher la liste de ceux qui ont félicité le despote pour comprendre l’ampleur du désastre démocratique mondial. Corée du Nord en tête, Bielorussie, Iran, Chine, de nombreux états d’Amérique du sud (Vénézuela, entr’autres) se sont empressés de le louer. N’oublions pas quelques Européens, Hongrie, Serbie. Ces louanges sont appuyées, ou bien par des fournitures d’armes sur le front Ukrainien, ou bien par des échanges économiques accrus visant à compenser les sanctions économiques ciblant la Russie. Chacun y joue un intérêt particulier.

Las… Depuis l’accession au pouvoir du sinistre espion du KGB, en 1999, chaque scrutin ou presque, fut marqué par d’horribles attentats (voir l’article du Moscow Times en bas de page). 2024 ne fera donc pas exception, et ramène le dictateur à ses crimes de guerre originels, la boucle se referme sur lui. Le despote est déjà nu. Celui qui déclarait alors «aller butter les terroristes jusque dans les chiottes » se retrouve confronté à son propre spectre, 25 ans plus tard. Plus de 130 morts dans un attentat, la semaine suivant son élection historique à 87,3%! Le lieu même de l’attentat est un symbole incroyable de l’ascension économique de la nouvelle Russie, sur laquelle le nouveau pouvoir Russe s’était légitimé.

Crocus City est un complexe commercial très luxueux, près des quartiers les plus riches de Moscou. Ma mémoire s’est réveillée à la lecture de ce nom, et pour cause. Pendant mes années en Russie, il s’y tenait chaque année « The Moscow Millionaire Fair » (Le salon des millionaires). Et chaque année voyait défiler les pires maffieux et membres corrompus du pouvoir Russe et leurs relations internationales, pour y acheter des villégiatures, des hélicoptères, des téléphones sertis de diamants, ou bien assister à un concert d’une rock star occidentale au lustre passé, venu se refaire une santé financière, avec un cachet des plus conséquent.

Ramzan Kadirov, le chef sanguinnaire de Tchéchénie et fidèle cerbère du Kremlin, s’y rendait chaque année. Contrairement à la discrétion d’usage pour ce genre de rassemblement dans nos pays, Moscou étalait fièrement les affiches publicitaires sur tous les murs du centre ville. Du rêve pour les classes moyennes en pleine expansion, dans les années 2000 à 2010. Evidement, le coût d’une visite à ce salon, était rédhibitoire pour ceux aux revenus trop modestes. La visite était offerte aux Millionaires.

L’autre mémoire réveillée par l’attentat tragique du 22 Mars 2024, est celle de la prise d’otage non moins tragique du théâtre Dubrovka à Moscou, à Paveletskaïa, du 23 ou 26 Octobre 2002. Nous venions de prendre la décision de déménager à Moscou, la semaine précédente. Nous avons attendu plusieurs semaines avant d’en parler en famille ou entr’amis…

Les faits (Octobre 2002): un commando Tchéchène prenait 916 personnes en otage (spectateurs et participants à la production). Le nouveau chef du Kremlin (et futur dictateur) prenait alors une décision d’une brutalité inouie, digne de sa formation d’élite du KGB (Espionnage Soviétique). Le théâtre fut gazé, le commando de 40 preneurs d’otage et 130 otages sont morts pendant le siège du FSB (nouveau KGB). Un acte fondateur de la répression Poutinienne, et de sa guerre en Tchéchénie. La nature du gaz employé n’a jamais été communiquée, il se dit qu’il s’agissait de fentanyl ou d’un dérivé de ce puissant narcotique, un opiacé 10 fois plus toxique que la morphine.

Aujourd’hui, il est encore trop tôt pour comprendre la nature de ce nouvel attentat, revendiqué avec insistance par « l’Etat Islamique – Khorasan », une émanation de Daesh basée en Afghanistan et Tadjikistan. Le fait est qu’il résonne avec l’invasion Soviétique de l’Afghanistan, la guerre de Tchéchénie et la guerre plus récente en Syrie. Le lieu, la date et l’ampleur ne sont pas dus au hasard. La nature du pouvoir Russe et sa brutalité convoquent la brutalité et la barbarie, depuis plus de 20 ans dans ce pays.

La Russie est gravement malade de son pouvoir, et de son système répressif. Après la deuxième guerre mondiale, le système Nazi fut démantelé lors du procès de Nuremberg, la répression Stalinienne ne l’a pas été. Le KGB s’est régénéré, a fait sa mue en un FSB puissant, pendant les 25 dernières années.

Anna Politkovskaïa, auteur et journaliste, avait dénoncé la brutalité et l’inhumanité du pouvoir Russe en Tchéchénie, elle l’a payé de sa vie (voir article du Monde en bas de page). La barbarie, des groupes terroristes issus de Daesh, et celle du pouvoir Russe, se nourrissent l’une de l’autre depuis trop longtemps, ils sont également monstrueux. Aujourd’hui, le Kremlin pointe, quoiqu’il arrive, vers ses bouc émissaires du moment: les « Nazis » Ukrainiens et l’Otan.

Le pouvoir Russe se fiche des vies perdues et va tenter d’instrumentaliser ce dernier attentat à son profit, comme il l’avait fait en 2002. Et chez nous, les plus zélés des zélateurs vont nous bercer de relativisme à l’égard du pouvoir Russe. Bardella, Mélenchon, Le Pen et d’autres s’y pressent déjà. Il ne tient qu’à nous de rejeter ces idées avec force.

A la vision très déprimante de cette actualité brutale et inhumaine, je préfère y opposer la réflection d’un vétéran de la guerre Soviétique en Afghanistan, qui a condamné la guerre en Ukraine, comme étant d’une absurdité militaire absolue.

« Nationalists do not create, but destroy empires, as narcissistic egoists destroy families. Do you think a Russian nationalist who doesn’t know the word « happiness » defeated me? No, I will carry my love from the past to the future, whatever it is. Let those you decide to punish, and even their children, hate me. I will love them in memory of my parents, their songs and the country you betrayed. »

From the Afgan veteran, Valery Shiryaev Novaya Gazeta, 2022-03-04

VDS

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