Schisme | Réforme versus Révolution

Cet article est à lire comme une suite à  « Que venait faire le pape à Lund? » .

la Réforme protestante éloigna les pays du Nord de l’Europe de l’église catholique Romaine. De nouvelles formes de gouvernances y furent adoptées dans leurs églises respectives, et qui influencèrent aussi leurs systèmes politiques.

Il est intéressant de constater qu’aucun de ces pays n’éprouva le besoin de couper les têtes de leur roi ou reine, et par ailleurs, qu’ils adoptèrent tous des régimes politiques parlementaires des plus démocratiques. Le Royaume Uni, les Pays Bas, le Danemark, la Suède et la Norvège sont des royaumes, la Finlande est une république. Dans ces pays les institutions ecclésiastiques sont de simples réalités humaines, elles cohabitent avec les institutions politiques sans interférences. La Suède est probablement le pays le plus areligieux d’Europe et pourtant l’église n’y est pas séparée de l’état! Il m’est demandé chaque année si je souhaite payer une taxe pour l’église luthérienne. Ce fut difficile à appréhender pour moi, un laïc (au pédigrée catholique de pure forme) biberonné à la loi de 1905. Pire, la connaissance des différentes grandes religions fait partie du programme scolaire dès la primaire, et j’ai trouvé l’idée très bonne.

Autre constat, plus amer cette fois. Ce sont dans les pays les plus catholiques ou orthodoxes d’Europe que les dictatures y ont sévit le plus tardivement, et encore. Hitler, Franco, Mussolini, les colonels Grecs, Staline, Tito, Enver Hoxha (l’Albanais), Loukachenko…. et maintenant Poutine. Dans ces pays, il s’agissait, soit d’un pouvoir plus ou moins complice avec l’église, soit d’une réaction totalitaire contre elle, à l’Est communiste notamment. Aujourd’hui, par un retournement, l’ancien démolisseur d’églises Russes s’eat mué en dictateur orthodoxe… La cathédrale « Christ saviour » de Moscou fut reconstruite dans le années 90, financée par une participation « volontaire » de tous les employés de la ville, sinon… une vente forcée d’indulgences?… On aurait dû se méfier.

Tous les pays cités sont majoritairement chrétiens, avec la Bible comme référence ultime. Les deux groupes ont pourtant connu un cheminement bien différent, vers la démocratie, ou pas.

L’hypothèse qui suit n’est aucunement d’ordre religieux. Elle est que les autorités qui ont admis les principes de gouvernance de la Réforme, se sont peu à peu éloignés d’une pratique verticale et dogmatique du pouvoir. Les autres, restants fidèles aux traditions catholiques ou orthodoxes n’ont véritablement survécus, que dans un excès d’autoritarisme, ou bien furent renversés par des révolutions violentes, l’un n’excluant pas l’autre dans le temps. Les dogmes et ceux qui les servaient furent éliminés, remplacés par d’autres et de nouveaux serviteurs zélés. La Russie en est aujourd’hui la caricature criante. Le dictateur a rallié tout ce que le communisme (et lui-même) avait détesté, assassiné. L’esprit de la gouvernance reste inchangée depuis Ivan Le Terrible, un pouvoir autoritaire absolu et expansionniste, la vie des individus n’y a aucune valeur. Peu importe la couleur du dogme. Seule la parenthèse Gorbatchev a marqué une vraie différence.

Luther et Gutenberg étaient Allemands, et si l’Allemagne reste majoritairement catholique selon les régions, les protestants y ont une grande influence. Le pays est très décentralisé, et les négociations sociales y sont très développées et structurées. C’est aussi un régime parlementaire. La Suisse, partagée entre catholiques et protestants, a accueilli Calvin, ce théologien protestant Français (né Cauvin), qui du fuir pour échapper à une répression féroce.

La grande Réforme prônée par Luther, était d’une très grande modernité. Elle dissociait le culte, de l’église et sa gouvernance. Aucun homme ne pouvait plus prétendre à un pouvoir divin, et ça a tout changé. D’une part une plus grande responsabilité individuelle, plus de pardon possible, autre que celui des hommes. D’autre part, plus d’intermédiaires entre l’individu et Dieu, rendant bien plus difficiles et perceptibles, les corruptions. La Réforme était, de fait, d’une grande austérité.

A l’heure d’un énième refus d’une réforme chez nous, aussi petite soit elle, je suis prêt à contribuer à l’effort si l’intérêt général l’exige. Ma préoccupation est ailleurs: quand va t’on interrompre le cycle infernal révolution/ autoritarisme, pour instaurer une gouvernance ou les intérêts particuliers deviennent seconds, ou l’on n’aurait plus peur de se tromper?… Quand préfèrerons nous enfin la Réforme à la Révolution?

Les oppositions actuelles nous en éloignent chaque jour un peu plus. Elles ne s’opposent pas, elles obstruent, sabotent, empêchent tout débat… Espèrent elles secrètement ré-investir la Cité des Papes en Avignon? Qui de Mélenchon, Martinez ou Le Pen y fera son entrée en Tsar?

VDS

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