« Kto vinovat y chto delat? » est le titre original d’un livre très répandu en Russie à l’époque Soviétique. Il visait à enseigner la recherche de coupables en toutes circonstances, et de fait, à déculpabiliser l’auteur des recherches. L’effet de cette théorie était que chacun redoutait d’être celui à blâmer. Mieux valait dissimuler ses erreurs. Ne rien faire, ne pas attirer l’attention, étaient le meilleur moyen de s’éviter la foudre. La défiance se généralisa, et on connait le résultat. Désignation de bouc émissaires (kto vinovat) et propagande (chto delat) accompagnèrent l’empire Soviétique pendant 74 ans, de la révolution de 1917 à son effondrement en 1991.
On a cru un moment en être libéré, jusqu’à ce qu’un fourbe, ancien administrateur d’espions, désigne les Ukrainiens comme des Nazis. Par un retournement pervers, lui et son peuple en seraient leurs victimes expiatoires.
Le temps d’un éclair est suffisant au pouvoir Russe pour désigner un coupable, et lui attribuer la pire faute, de pure invention. C’est l’antithèse du droit à l’erreur.
La Révolution de 1917 était une héritière de celle de 1789. Les deux étaient extrêmement violentes et ont donné naissance à une dictature. En Russie, celle du prolétariat s’est imposée, Staline s’est arrogé seul le pouvoir de blâmer, point final. En France, la période de terreur fût beaucoup plus chaotique. Les têtes de bouc émissaires tombèrent en grand nombre, abreuvant les sillons de leur sang impur. Aucune dictature n’a survécu dans la durée. Le blâme et la propagande, devenus un monopole d’état en Russie, sont restés chez nous en totale liberté… A chacun les siens.
Dans un système trop peu parlementaire, les opposants politiques ne visent que l’élection suprême. Débattre d’un loi impopulaire n’est pas de leurs intérêts, ils projettent déjà la tactique pour le prochain scrutin. 14000 amendements – alliance des contraires – 49.3.
En plus de 40 ans, les sketches de Coluche n’ont pas pris une ride… « Aie pas sur la tête, salut Roger t’es dans la police, maintenant? », « 1 million de manifestants selon la police, 3,2 millions selon la CGT.. » c’est à croire que ni intelligence artificielle, ni reconnaissance faciale ne sont connues chez nous. On fait du surplace, droit dans nos dogmes.
Kto vinovat ? (qui est à blâmer?)
L’auto proclamé « La République c’est MOI » a fait main basse sur les divisions de la gauche. Il s’est ensuite auto proclamé « Premier Ministre d’une assemblée constituante révolutionnaire» le temps d’une élection à laquelle il n’a pas daigné se présenter. Ses tentatives de déborder les syndicats pour contrôler la rue ont créé des tensions jusque dans son camp. Il a 72 ans, c’est un retraité très actif. Son ultime tour de piste sera la présidentielle de 2027, quitte à se cloner en 50 millions d’électeurs. Son programme, tous unis derrière MOI.
Les plus grands syndicats en France sont historiquement des politiques qui ne sont pas élus par le peuple. Ils ont un pouvoir de pénurie et de blocage, bien au delà de leur représentation réelle. Ils sont en concurrence féroce entr’eux, et n’hésitent pas à entrer en concurrence avec le parlement. Leur instrument de pouvoir, la sécu, ce vestige de 1945. Pas question de se faire déborder par un politique, celui qui ne surenchérit pas, perdra. Les ambitions de chacun, la plus haute marche du podium syndical, conserver la main mise sur la Sécu… et on sent poindre la tentation politique pour l’un d’eux. Quand fera t’il son « coming out »?
Les violents extrêmes sont de toutes tendances, anonymes pleutres de la destruction. Violence, désordre et chaos sont leur programme. Qui servent ils d’autres que leur propres désirs nihilistes? difficile de comprendre… A qui profitent ils est plus facile à discerner. Les nationalistes attendent en silence.
Depuis 1958, le pouvoir exécutif dispose du célèbre article 49.3, en cas de blocage au parlement. Une centième. C’est une procédure qui permet de réformer malgré le manque de majorité absolue. Elle est aussi incendiaire. Les oppositions la provoque, puis l’érige en bouc émissaire. Tous unis contre. Le temps d’un conflit seulement, les désaccords de fonds ne se voient plus. Un art de la politique d’une très grande perversion.
Nous tous, le peuple, chevauchant la colère comme seul moyen de transport vers la liberté et l’égalité, en théorie… Dans les faits, chacun préfère conserver ses acquis. Historiquement enclin aux dogmes et à la défiance. Nous sommes encouragés par les promoteurs de bouc émissaires, le parlement, le 49.3, le gouvernement, le président… Ces promoteurs de tous bords nous vendent l’union contre, ils sont en quête de notre présence aux comptages de la rue et espèrent ainsi avancer celui des urnes. En mathématique, la somme des opposés égale zéro. Ce sont ceux qui attendent qui rafleront la mise.
Y chto delat? (et que faire?)
Une proposition: convoquer le pragmatisme et le droit à l’erreur…
Oui le 49.3 est d’un autre temps, tout comme la sécu. Les deux nous fossilisent, 65 ans de combats violents dans la rue, ça suffit, non?.
Au vu de la situation économique actuelle, il nous faut reconnaître l’urgence d’agir pour préserver le budget de la France, à court et moyen terme. Aucun pays n’est libre quand son budget est exsangue. Mitterand dût mordre la poussière dès 1983 (tournant de la rigueur), et les Anglais en font actuellement l’amère expérience. Ils se croyaient victimes du bouc émissaire Européen, demandez leur aujourd’hui.
La France est le plays d’Europe qui a le plus dépensé en aides pendant la COVID, et de loin. Après le début de l’agression russe en Ukraine, les Français n’ont subi que 15% de hausse du prix de l’électricité. En Suède, entre Mars 2021 et Février 2023, c’était de plus de 300% (comparable à d’autres en Europe). L’age ouvrant à 100% des droits retraite, même si la réforme est validée, sera de 2 à 3 ans de moins que dans tout autre pays d’Europe (en moyenne). Ce sont des faits.
Débarrassés de l’urgence budgétaire, gouvernement et parlement pourraient alors se concentrer sur l’essentiel, et lancer enfin d’ambitieuses et nécessaires réformes. Améliorer notre système de retraite injuste et restreindre encore l’usage du 49.3 pourraient faire partie des premières.
Deux conditions sont requises: arrêter de rechercher constamment des boucs émissaires, et se faire confiance.
Serions nous encore paralysés par la peur du blâme?
VDS
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