Politique | Le plus Scandinave des politiques Français

Jacques Delors était un homme politique atypique dans le paysage Français, intéressé par l’action et le réel, plus que par le pouvoir ou les théories révolutionnaires. Il croyait au progrès social acquis par le dialogue, de façon pragmatique. Ce véritable social démocrate, savait allier progrès social et réalités économiques. Son parcours en atteste, syndicaliste, devenu acteur politique à « contre emploi ». Sa participation au cabinet du premier ministre Chaban-Delmas, et quelques années plus tard, comme ministre des finances (très rigoureux) sous Mitterand, auraient dû lui coûter un procès en opportunisme politique. Mais sa ligne de conduite, ses compétences, et ses succès, furent perçus d’une grande sincérité. Il y gagna le respect de ses adversaires, et sans doute aussi, des jalousies dans son propre camp.

Ses 10 années à la tête de la commission Européenne, lui vaudront une solide réputation internationale. La monnaie Européenne, le programme d’échange Erasmus dans l’enseignement, l’élargissement de l’Europe se concrétiseront sous sa présidence, entr’autres. Il était un inlassable négociateur et bâtisseur de l’Europe, toujours aussi lucide et prévenant quant à ses fragilités.

Quand, en fin de 1994, le temps était venu en France de choisir les candidats à l’élection présidentielle, son nom figurait en très bonne place. A gauche, sa candidature nourissait l’espoir de conserver le pouvoir d’un Mitterand déclinant, et empêché par une cohabitation politique de 5 ans. A droite, elle était redoutée, tant les Français semblaient lui accorder leur confiance. La France toute entière était alors suspendue à sa décision…

Ce sera « non ». Contrairement à ce qui était convenu dans son camp pour s’en expliquer, Il invoqua bien plus que son âge (69 ans) et des raisons personnelles. Il se montra très combatif et critique. Le contexte politique, in fine, empêcherait son action une fois l’élection passée. Il aura cette phrase provoquant une « déglutition très difficile » pour le président en exercice, François Mitterand:

« Je ne veux pas être un roi fainéant et avoir à Matignon un maire du palais qui fait une politique contraire à ma pensée. Je ne veux pas mentir aux Français. »

On sait aujourd’hui que Jacques Delors avait beaucoup consulté avant de prendre sa décision. C’était un pragmatique, et un homme d’action. Dès lors que sa conviction était faite que son action serait empêchée, il préféra renoncer à être candidat à la présidence.

Il savait que notre système politique ne permet rien d’autre que le clivage binaire gauche/ droite, et une majorité parlementaire absolue. Il savait aussi que son programme ne conviendrait pas à une autre gauche, plus révolutionnaire que celle de ses convictions. Tôt ou tard, certains de ses « amis » politiques lui savonnerait la planche. Il aurait eu besoin d’alliés d’un autre camp, qu’aucun ne souhaitait déclarer publiquement avant l’élection, tant le risque politique était grand. Il suffit d’observer la France politique actuelle, dans toutes ses hypocrisies, pour comprendre sa décision à postériori…

Mitterand, le Florentin, était un maître redouté dans l’exercice du pouvoir, et du secret. Un expert en manipulation, diront ses détracteurs. Jacques Delors était un Scandinave en politique, un négociateur inlassable, en recherche d’alliance pour un plan d’action préalablement établi et partagé. Le pouvoir à tout prix, ne semblait pas faire partie de ses ambitions, et c’est tout à son honneur.

VDS

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