”Est ce en remettant toujours au lendemain, la catastrophe que nous pourrions faire le jour même, que nous l’éviterons?”
Raymond Devos, 1979 (voir le lien en bas de page).
Aujourd’hui, tout le monde reproche au président Macron d’avoir précipité le pays au fond de l’abîme démocratique. Comme on ne saura jamais ce qu’il serait advenu s’il n’avait pas prononcé la dissolution de l’assemblée nationale, bien malin qui peut prétendre à dire la vérité sur ce sujet, sauf à parler pour ne rien dire.
Objectivement, une chose est quasi certaine, remettre la dissolution à plus tard ne l’aurait pas évitée. La catastrophe est qu’un parti totalitaire et xénophobe est sur le point de dominer l’assemblée nationale Française, 52 ans après sa création en 1972, visant à faire rentrer dans l’hémicycle toutes les forces de l’extrême droite. On y est, et il ne tient plus qu’à nous, pour qu’ils n’obtiennent pas une majorité absolue au second tour. Tenter d’éviter la catastrophe annoncée.
Les résultats du premier tour de cette élection législative sont hors norme à bien des égards.
D’abord un point positif, le seul peut-être. La participation était exceptionnelle pour une élection parlementaire, avec un vrai enjeu de pouvoir. Depuis que le quinquennat présidentiel est en place, la participation au vote pour l’assemblée législative a décru à chaque scrutin, à tel point qu’une élection législative mobilisait moins que l’élection Européenne, c’est dire. Cette fois ci, c’est un record. Un autre record est à noter, un nombre de triangulaires pour le deuxième tour jamais atteint, plus de 300!… marquant l’avènement de trois blocs dominants. Au deuxième tour, on ne fera donc plus alliance pour un projet, mais contre un autre. Une négociation malsaine, sous la menace du pire.
Ensuite, l’annonce d’une élection dans un délai minimum de trois semaines a provoqué une telle déflagration qu’aucun parti n’a eu le temps d’élaborer la mise au point d’une stratégie de communication. Tel un précipité en chimie, les réactions se sont enchainées hors de tout contrôle, des trahisons spectaculaires aux alliances contre nature, de pures circonstances. Les promesses démagogiques se sont accumulées, promettre plus, promettre plus vite, quitte à s’allier avec son contraire… Seul objectif qui vaille: atteindre la majorité absolue. L’alternative, empêcher qu’un autre camp ne l’obtienne. “Faire barrage” est le slogan commun à tous, front national contre front républicain, cette fois-ci décliné dans un plan à trois. C’est tragi comique, les deux fronts invoquent une même idée de la grandeur et l’unite de la France, oui, mais de quelle France parle t’on?… En somme, l’unité du pays va consister une fois encore à faire barrage à la volonté d’au moins 50% de ses habitants. C’est conforme au dialogue social chez nous, qui commence le plus souvent par la grève et la baston.
Enfin, cette élection montre une fois encore le fossé grandissant entre les métropoles et le reste du pays qui perd pied. Faire partie de la classe moyenne n’est plus une garantie pour l’avenir. Comme lors du vote pour le Brexit au Royaume Uni, comme pour l’accession de Trump à la Maison Blanche, les mêmes promesses mirifiques d’inverser la tendance séduisent les électeurs sur des thèmes dorénavant récurrents. Immigration, sécurité et pouvoir d’achat immédiat. La réalité, c’est que le Brexit n’a rien livré de tel, que le gouvernement qui l’a promu vient de subir une défaite cuisante. Le pire n’est pas écarté pour autant. Les partisans d’un Brexit dur clament que l’échec du Brexit tient à son application trop “molle”. La droite dure sous le leadership de Nigel Farage a progressé fortement, et fait son entrée au parlement Anglais. Aux US, la ré-élection de Trump devient probable, la campagne électorale est ordurière, d’une pauvreté argumentaire jamais atteinte. L’insulte et la violence ont remplacé l’argument, comme beaucoup trop souvent, dans notre assemblée nationale. Que ceux qui, aujourd’hui, versent une larme sur la violence de la dissolution parlementaire, se posent la question de savoir s’ils n’en sont pas la cause, au moins en partie…
Sans doute, convient il de faire barrage, mais après?… Et puis, l’argument du barrage contre l’extrême droite ne fonctionne plus, pire il s’est inversé. Les démons revendiquent aujourd’hui la part des anges. L’insoumission de LFI, et de son chef devenu grotesque, est maintenant perçue comme un danger plus grand que l’extrême droite, y compris dans son propre camp.
La catastrophe la plus menaçante est ailleurs, au delà de nos frontières, en particulier derrière les murs du Kremlin de Moscou. Ce pouvoir totalitaire s’est fait élire démocratiquement en 1998, il a depuis éliminé physiquement toute opposition, agressé son voisin Ukrainien, au prix de centaines de milliers de morts. Toute velléité critique chez lui, est maintenant considérée comme émanant “d’agents de l’étranger”. Des associations de femmes de soldats sont menacées comme telles. La clique maffieuse au pouvoir suit avec un grand intérêt, les élections chez nous (voir article du Moscow Times en bas de page).
La propagande du dictateur Russe est construite comme la propagande soviétique, mais sa nature est très différente. Les Soviets vendaient une réalité alternative positive, une utopie. Poutine ne fait rien d’autre que de semer le poison du doute, une pure dystopie. L’Ouest ment, l’Otan ment, les Ukrainiens mentent et sont de dangereux Nazis, quiconque les aident sont des Nazis, le monde Occidental est décadent, et seules les valeurs traditionnelles Orthodoxes de la Grande Russie peuvent le sauver. Les réseaux sociaux sont transformés en “usine à Trolls” au service du doute, de la désinformation, des “fake news”. Trump fonctionne de la même façon, seule sa parole est “vérité”. Les autres sont des escrocs, des menteurs ou des incapables. Il avait dit vouloir interdire TikTok aux US, dans sa croisade contre la Chine. Il vient d’y ouvrir un compte, qu’il alimente maintenant quotidiennement pour des millions de followers!… Le doute se répand partout, plus rien n’est vrai selon lui. Le but recherché est d’affaiblir les démocraties, diviser, rendre ingouvernable, pour s’imposer en sauveur.
C’est ce modèle dystopique que tente d’imposer les extrêmes chez nous aussi, et qu’il convient de révéler et démanteler. Ce n’était pas par hasard que le Rassemblement National puisse être financé par la Russie. Ce n’était pas un hasard, non plus que l’idiot le plus utile au Rassemblement National, Mélenchon, fut un zélateur du Russe, et un chantre de l’obstruction parlementaire, lui et tous ses hologrammes.
Il ne nous reste plus beaucoup d’options pour éviter que la catastrophe totalitaire populiste Poutinienne et Trumpienne ne s’aggrave en France et en Europe. Le vote de Dimanche en est une des dernières. Ne la remettons pas au lendemain.
VDS
https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i00008509/raymond-devos-parler-pour-ne-rien-dire
Parler pour ne rien dire, Raymond Devos, INA 1979
Article du Moscow Times du 1er Juillet 2024 (en Anglais, utiliser le navigateur pour la traduction)
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