Mafia Russe | Le parrain orthodoxe

Dans son monde, les victimes sont désignées comme des criminels, et lui le criminel, se présente comme le sauveur… et de discours en discours, le niveau des insanités proférées grandit. La Russie serait sous une menace extrême de l’Occident décadent, peuplé de dépravés aux moeurs déviantes… Il en appelle à Dieu.

Le livre de Bill Browder « Freezing order» (Le règne de glace, titre Français) nous expose à un tout autre point de vue. Son plus grand intérêt réside dans le fait qu’il était publié en 2021, avant l’agression Russe du 24 Février 2022. Bill Browder a ensuite rajouté sa vision des évènements dans un « post scriptum » de quelques 3 pages supplémentaires, comme pour enfoncer le clou à ce qui était déjà écrit.

Bill Browder est un personnage atypique, improbable. Il est le petit fils d’une juive ayant fuit l’Allemagne Nazi, et du premier candidat communiste à l’élection présidentielle Américaine. Son père fut mathématicien de haut vol, récompensé officiellement par Bill Clinton. Lui, en réaction totale, est allé faire des affaires en Europe de l’Est et en Russie, dans les années 90. Du capitalisme pur jus. Le fond d’investissement qu’il a créé, avait connu un essor considérable. Ce n’est jamais sans risques en Russie. Le succès financier attira les convoitises, et il dut répondre à des accusations de fraude fiscale pour 230 millions de Dollars. Il fut alors frappé d’une « notice rouge » l’interdisant de territoire.

La suite fut terrible, Serguei Magnistsky, son avocat d’affaire à Moscou, croyait que l’état de droit lui permettrait de prouver que les accusations de fraudes étaient fausses. Il refusa de suivre Bill Browder dans son exil Londonien. Il accumula les preuves irréfutables contre les accusateurs. Il fut envoyé en prison, et y mourut d’une « crise cardiaque » en 2009. Il venait de découvrir et de prouver que les maffieux étaient couverts par ceux là même en charge de l’état de droit. L’état Russe était complice, au plus haut niveau.

Depuis, Bill Browder a dédié un livre à Sergeï Magnitski, « Red Notice » en 2015. Il a aussi mis toute son énergie, sa fortune et son pouvoir d’influence à faire créer, voter et appliquer le « Magnistsky Act », une loi internationale qui consiste à geler les avoirs et interdire de visas, tous ceux dont les mouvements financiers sont liés aux fausses accusations contre lui-même et Serguei Magnitsky, aux fameux 230 millions de dollars.

C’est ce parcours qui est raconté dans « Freezing order ». C’est édifiant, les meurtres, empoisonnements, et accidents font partie du décor. Nemsov, Kara Murza, et bien d’autres… C’est aussi tout un réseau de complicités qui est dévoilé. Le lobbying Russe à New York, Londres, Cote d’Azur, Monaco et ailleurs, les connections aux Panama papers, aux scandales financiers touchant la Dansk Bank, la SEB Suédoise liées aux pays Baltes. Un ami d’enfance du maître du Kremlin, violoncelliste, à la tête de sociétés pour 2 milliards de dollars, et actionnaire de la plus grande banque de Russie, dirigée par un autre ami de St-Petersburg. Et puis l’élection et les rencontres avec Trump… pour tenter de stopper le Magnistsky act et d’obtenir l’extradition de Browder. Inimaginable réalité.

La Russie, malgré un vaste territoire regorgeant de richesses naturelles et une population parmi les mieux éduquées du monde, n’atteint en PIB, que le niveau de l’état de New York, ou de la Belgique!… Tout le reste a été détourné par la clique du parrain de St-Petersburg.

Il joue les grands hommes et nous parle d’histoire, de civilisations, d’humiliation de la Grande Russie… Balivernes, il est extrêmement rationnel, sans idéologie ni religion autre que l’avidité. Il a accumulé une richesse gigantesque mais ne peut que la cacher à son peuple, à qui il a vendu sa lutte contre la corruption. Il sait que ses amis dictateurs sont en danger, un s’est fait virer au Kazakstan, et celui de Minsk à senti le vent du boulet très récemment. Il a besoin de cette guerre pour détourner l’attention de son peuple, raconter sa fable, et éviter d’être le troisième. L’Ukraine est un terrain propice à sa justification historique, quasi biblique. Il ne peut plus que s’accrocher à cette bouée de survie.

Le parrain est nu… son seul habit, les 6000 ogives nucléaires.

VDS

Le règne de glace, Bill Browder

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