Le 20 Aout 2020, un journaliste du New York Times, dont je n’ai pas noté le nom, écrivait:
”La plus grande menace posée par le Coronavirus, n’est peut être pas sa virulence. mais plutôt la façon dont il érode lentement ce que signifie être humain”. (Texte original, « The biggest threat posed by the coronavirus may not be its virulence, but rather the way it slowly erodes what it means to be human. »)
Quatre années ont passé, la menace de la virulence du virus est oubliée. On a vu des foules considérables se rassembler de nouveau et fêter le plaisir de ne plus avoir à s’isoler. Des concerts géants et les jeux olympiques, entr’autres, ont consacré la fin de la distanciation physique avec panache.
Qu’en est il de la lente érosion de notre humanité, que redoutait le journaliste?
Sans doute amorcée avant la pandémie, elle s’est nourrie de ses conséquences économiques et sociales. Partout, égoïsme et radicalisme se sont propagés, accélérés. Le repli sur soi, la peur de l’autre se sont renforcées. L’autre redevient un ennemi, un bouc émissaire contre lequel il faudrait se protéger, ou mieux, s’en débarrasser. Comme si la liberté de mouvement retrouvée, autorisait une liberté désinhibée de toute contrainte, morale ou sociales. L’écoute et l’argument, le discernement, la démocratie, cèdent le pas face à l’invective, et la recrudescence de la violence sous toutes ses formes, réelles ou supposées.
Les médias, dans leur course frénétique à l’audience, décrivent le monde sous un angle très anxiogène, guerres, conflits, faits divers scabreux, évènements climatiques extrêmes. Il devient impossible de discerner les faits d’une interprétation orientée ou erronée. Est ce vraiment nouveau? peut être pas. Mais l’accélération et la puissance de diffusion sont nouvelles, la planète entière n’est plus qu’à quelques millisecondes de son écran de téléphone, et chacun peut y déverser du contenu, sans modération. Le progrès technologique va toujours beaucoup plus vite que celui de la conscience humaine.
Revue de presse post pandémique, subjective, aléatoire et décalée. Automne 2024.
Parmi les conséquences des plus directes de la pandémie, le travail à distance est remis en question. Les entreprises connaissent de grandes difficultés à faire revenir les employés au bureau, et même à recruter. Paradoxalement, les entreprises des technologies d’information, bien qu’ayant profité largement des besoins crées par le travail à distance, ont été les premières à exiger un retour physique derrière l’écran du bureau. La crainte d’une baisse de productivité, du “sentiment d’appartenance” et de la qualité du travail en équipe, sont invoquées par tous. De fait, de chez soi, on est également à un seul clic de tous les concurrents, et une participation à une réunion de travail peut être extrêmement passive, il n’y a plus que des réunions. On redécouvre l’utilité de la présence, de la productivité incalculable des discussions informelles et fortuites lors des pauses café. Tout à distance ou rien n’ont pas de sens, mais sans doute avons nous besoin d’apprendre à recomposer présence au bureau et distanciel, de ré-apprendre la valeur irremplaçable du collectif.
En politique, tous les gouvernements ont été mis à rude épreuve, deux en Europe ont vu leur course s’arrêter sur une dissolution du parlement façon “roulette Russe”. Les Anglais et les Français ont constaté que l’exercice était bien à balles réelles. Les deux gouvernements sont tombés. L’Anglais, des suites d’un Brexit ne livrant pas ses promesses, et de la gestion erratique de la pandémie par un clown triste. Son successeur aura hérité de toute la charge sans pouvoir l’inverser. Le Français, dont le “quoi qu’il en coûte” aura atténué l’impact économique de la pandémie, mais pas la “Balkanisation” des partis politiques. Le gouvernement, minoritaire au parlement a présenté son budget. Le vote a déclenché un concours de solutions dogmatiques de court terme, qui ne règlent en rien le problème de fond. Notre budget est au dessus de nos moyens. Les gaspillages sont pléthores, il ne faut pas faire moins, mais beaucoup mieux, plus simple et efficace. S’il est indéniable qu’il y a eu des améliorations, il faut en accélérer le mouvement. De ce point de vue, la comparaison entre Suède et France est édifiante. En attendant, l’ancien ministre des finances a pris les devants, il s’est réfugié en Suisse pour échapper à l’échafaud. Il est maintenant professeur d’économie dans une université de Lausanne. On ne sait toujours pas si son cours portera sur la dette publique. Nous prenons conscience que le “quoi qu’il en coute” avait bien un prix, c’était un paiement différé. Au fond, rien de nouveau, notre système social est fait d’une exigence à amortir les crises quand elles surviennent, ce qui ralentit inéluctablement les sorties de crises. Quand, au plus fort de la crise Covid, ma facture d’électricité en Suède faisait un bon de 300%, ce n’était que +15% en France, aujourd’hui mes factures baissent fortement en Suède, et c’est en France qu’elles augmentent.
L’autre prix politique, dont on ne peut attribuer la seule responsabilité à la pandémie Covid, est la montée de l’intolérance, nationaliste et religieuse, partout en Europe, et au delà. Suède, Italie, Pays Bas, Slovaquie, Hongrie, et récemment Autriche, sont maintenant dirigés avec une participation active de partis d’extrême droite xénophobes. Partout de nouvelles lois pour fermer les frontières, inverser les flux migratoires sauf pour la main d’oeuvre choisie, très qualifiée et à hauts revenus. Notre nouveau ministre de l’intérieur clame déjà regarder l’exemple Italien. Le pire n’est jamais certain, il nous reste à connaitre l’issue de l’élection Américaine.
Bien plus inhumain encore, les deux conflits internationaux de l’après pandémie, qui chacun à sa façon, tente d’entrainer le monde dans un nouvel ordre mondial. J’allais dire un nouveau désordre.
L’agression éclair de la Russie s’est enlisée, elle s’est enfoncée dans une Orthodoxie extrémiste maffieuse. Qui aurait imaginé voir des soldats Nord Coréens sur un front de guerre en Europe? On se rappelle encore des yeux mouillés de Trump racontant avoir reçu une très belle lettre d’amour de son nouvel ami Kim. On nage dans le surréalisme!
Et puis le conflit multi séculère du Moyen Orient, que la barbarie des terroristes du Hamas a rallumé. Ils savaient et espéraient que le gouvernement Israélien réagirait violemment, sans discernement, dicté par la vengeance. Ils voulaient sans doute embraser la région, haine contre haine, le Liban, l’Iran. On y est. Il est devenu impossible de parler de ce conflit sans être pris à partie, jugé ou comme antisémite, ou comme islamophobe. Il faudra bien qu’un jour, un leader, remette de l’humain au premier plan. Qu’elle soit juive ou arabe, la victime d’une bombe se fiche de savoir qui l’a lancée.
Sans transition, le traitement lancinant des faits divers, dont les médias et leur lecteurs raffolent. On ne sait jamais si leur nombre augmente, mais c’est bien cette perception d’insécurité qui est agitée politiquement. La façon même de les rapporter est insidieuse.
Il y a quelques jours, je lisais dans plusieurs médias nationaux Français, qu’un SUV avait tué un cycliste à Paris, dramatique. J’hallucinais, son conducteur était en quelque sorte “excusé” par la nature de son véhicule, et des politiques ont immédiatement instrumentalisé. Quelques jours plus tard, un autre cycliste Parisien, au visage démoli, témoignait depuis l’hôpital de l’agression extrêmement violente qu’il venait de subir. Cette fois, il s’agissait d’un type… en scooter. Dont acte, les véhicules, quels qu’il soient, ne peuvent rien contre l’agressivité imbécile de ceux qui les conduisent, fussent ils des vélos ou des trotinettes envers des piétons. L’érosion de l’humanité au quotidien commence par ce manque d’attention à l’autre, moins protégé.
Hors du temps des pandémies, il est des faits divers qui sapent l’image que nous nous faisons de l’être humain. Ils dépassent l’entendement, et passent les frontières. Le procès de Mazan est largement repris et commenté dans la presse étrangère, no comment…. La chute post mortem de la personnalité préférée des Français, icône de générosité, un abbé agresseur sexuel de ses paroissiennes depuis des décénies. Et toujours la même question au sujet de l’église, elle reçoit toutes les confessions, et prétend ne rien savoir. Que vaut la valeur d’exemple?
La Suède n’est pas en reste, ici ce sont les activités violentes de gangs de mineurs qui défraient la chronique. Les polices de Suède et du Danemark coopèrent dans l’espoir de lutter contre de possibles “tueurs à gages” mineurs recrutés en Suède pour des opérations violentes au Danemark. De quoi renforcer la justification politique du gouvernement à renvoyer les immigrés dans leur pays, ou ailleurs. 2024 sera sans doute la première année depuis très longtemps ou les sorties du pays seront plus nombreuses que les entrées.
Pour finir de façon plus légère, un fait divers Franco Suédois, rapporté par les meilleurs limiers de la presse tabloid nationale Suédoise, façon “The Sun” en Angleterre. Notre capitaine de l’équipe de France de football a fait l’objet de photos, masque Covid sur le visage, à la sortie d’une boite de nuit huppée de Stockholm, privatisée pour sa venue. Des soupçons de viol ont été évoqué, mais la justice Suédoise est peu loquace, laissant la presse Française dans l’expectative. Il faut dire que notre jeune héros était en “arrêt maladie”. Pour parfaire sa convalescence, il s’est offert une virée de 3 jours à Stockholm et en Corse, en jet privé, à 150 000€. On espère que ce n’est pas pris en charge par la sécu, comme il travaille à Madrid. Notre dette ne s’en remettrait pas.
Je ne doute pas que cette histoire continue de tourner en boucle sur tous les ragots sociaux. Si dans les faits, elle est sans commune mesures avec les histoires précédentes, il n’en reste pas moins la valeur corrosive de l’exemple donné par ce fait divers.
VDS
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