Europe | Une élection qui se prolonge par un jeu de roulette Russe

L’élection Européenne de 2024 ne fera pas exception en terme de mobilisation de l’électorat. Le taux de participation demeure faible, bien qu’en très légère progression comparée à 2019. Seulement un électeur Européen sur deux a voté, le plus souvent pour sanctionner une politique nationale. Immigration, pouvoir d’achat et sécurité étaient en haut des motivations, partout. C’est en France que les conséquences sont les plus extrêmes. Face à la très forte progression du “Rassemblement National”, notre président désavoué s’est mué en “Tonton flingueur”. Il a décidé “d’éparpiller gouvernement et parlement, façon puzzle”. Retour aux urnes fissa, nationales cette fois-ci!

Au Kremlin, le dictateur et sa clique de maffieux Orthodoxes, y voient un intérêt grandissant. Ils se disent “attentifs aux progressions de l’extrême droite aux élections Européennes”. Pour eux, l’heure du retour sur investissement a sonné. Ils savent que les décisions Européennes dépendent plus des gouvernements réunis en “Conseil de l’Europe”, que du parlement Européen.

Les résultats du vote des Français de l’étranger inscrits à Moscou sont éloquents, les quatre candidats de l’extrême droite sont arrivés en tête, remportant 66,17% des votes exprimés. Dans l’ordre, Bardella, Asselineau, Maréchal et Philippot. Le maître du Kremlin exulte (voir l’extrait du journal Le Monde en bas de page). A Dubai, c’est la France Insoumise qui est arrivée en tête… Un vote des influenceurs exilés fiscaux, peut-être? … Il est inutile de convoquer les caricaturistes.

Certes, ces votes ne représentent qu’un petit nombre d’électeurs, dont les motivations sont clairement ailleurs qu’en Europe. Ils reflètent cependant les enjeux et les rejets qui se constatent partout dans notre pays. Une nouvelle fois, c’est la défiance et la colère qui l’emportent. Point de projet Européen, mais la volonté exprimée d’un retour à de vieilles lunes impossibles à atteindre et très nationales, portées par un souriant “TikTok Ken Bardella” en chemise rose. Une revanche jaune, une réplique du Brexit, pourtant clairement en échec au Royaume Uni. Les promoteurs du Brexit ont usé trois chefs de gouvernement, et viennent eux aussi de jeter l’éponge, de convoquer une élection parlementaire éclair en juillet. Une défaite cuisante leur est promise.

Quelle mouche a donc piqué Manu de dissoudre l’assemblée nationale chez nous, quand rien ne l’y obligeait?

Mon hypothèse est simple. La perspective de gouverner deux ans et demi, par décrets, ou 49.3, n’était plus tenable à ses yeux. La République Française est allergique aux majorités qui ne soient pas absolues. Les oppositions politiques, quelles qu’elles soient, sont incapables de négociations, d’alliances, de compromis raisonnables, seule la place du chef compte. Obstruer devient la règle. L’article 49.3, qui fût créé en 1958, en est une conséquence directe. N’oublions pas les déboires du régime de la quatrième république. Ceux qui critiquent le 49.3, sont trop souvent les mêmes qui le provoquent par leurs intransigeances forcenées.

Dans ses conditions, la dissolution de l’assemblée nationale permet de forcer chacun à se révéler, à sortir des postures hypocrites. Le festival de trahisons auquel nous venons d’assister, le confirme. Un grand lâcher de boucs émissaires, et une fragmentation de la droite Française modérée qui ne fait que commencer.

A gauche, surprise, on a fait “front populaire”. Ce vocable à la référence historique noble et rassembleuse, a séduit Monsieur “La République c’est lui”. Ce “fake” historique dissimule tant bien que mal une agrégation hâtive et opportuniste. A cette heure, seuls les plus extrêmes y trouvent leur compte, les purges commencent. On rivalise déjà par une averse de promesses plus dispendieuses les unes que les autres. Les premiers ministrables auto proclamés se bousculent dans les escaliers. Les “raisonnables” sont priés de garder le silence, et plus tard, seront invités à payer l’addition.

Au centre, c’est la sidération qui l’emporte. Comment se sortir d’une telle mortelle étreinte, pris entre les promesses extrêmes? Comment convaincre qu’obtenir une majorité est encore possible, avec la peur au ventre d’un anéantissement électoral. Le président n’a pas l’esprit de défaite, dit il… Pas encore, ou bien se prépare t’il déjà à une nouvelle cohabitation, beaucoup plus toxique que les précédantes.

Tout va très vite, et d’ailleurs si vite, que personne ne se rappelle que le front populaire de 1936, précéda le gouvernement Vichyste de 1938, suivi d’une invasion en 1939. Nous sommes en 2024, et cette fois ci, c’est l’invasion qui a ouvert la séquence, le 24 Février 2022. L’aurait on déjà oublié?

« La vérité n’est jamais amusante sinon tout le monde la dirait. » Michel Audiard (1920-1985)

Les urnes rendront leur verdict le 30 Juin et le 7 Juillet. D’ici là, chaque jour apportera sa dramatisation, nourrie et accélérée par les réseaux sociaux, TikTok en tête. Prendre du recul n’est plus une option, l’émotion est aux commandes. Selon qu’elle bascule d’un côté ou de l’autre, elle fera un autre roi. Les jours sont comptés.

VDS

Soir d’élection à Moscou, rapporté par Le Monde, le 9 Juin

https://results.elections.europa.eu/fr

Résultats des élections Européennes du 9 Juin 2024, par pays.

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