Démocratie | Lorsqu’un fou emménage dans le palais, il ne devient pas roi…

« Lorsqu’un fou emménage dans le palais, il ne devient pas roi, c’est le palais qui devient un hôpital psychiatrique ». 

Inspiré d’un dicton populaire.

Partout, dans les économies occidentales, les classes moyennes s’inquiètent pour leur avenir et celui de leurs enfants. Hier promises à un avenir radieux, elles semblent aujourd’hui perdre pied face à un monde plus complexe qui redevient très instable. La mondialisation était une source d’expansion économique et de progrès, elle est maintenant perçue comme un danger. Le changement climatique devient une évidence, et des terroristes scabreux et régimes autoritaires ont mené des agressions en de nombreux théâtres. Ils nous imprègnent insidieusement de pensées de plus en plus sombres, de plus en plus radicales. Jamais les communications n’ont circulées aussi rapidement, orchestrées par les acteurs du secteur digital qui semblent échapper à toutes règles et accumulent la richesse comme jamais. Si, dans un premier temps, la généralisation de l’usage des statistiques a contribué à diffuser la vérité et le savoir, elles se sont aujourd’hui démultipliées et nous ont noyé dans un excés, par toutes sortes de fausses informations qui prennent de vitesse la vérité. La rumeur s’est toujours répandue beaucoup plus vite que la vérité, aujourd’hui elle peut-être instantanée, virale et massive. C’est ainsi, à nous d’apprendre et s’adapter, mais les antidotes ne sont pas encore trouvés.

Dans un tel contexte, celui d’un monde qui semble se défaire, les partis politiques traditionnels sont sous la pression accrue des classes moyennes, et de l’accélération des communications. Qu’on les définissent de gauche et de droite, ou bien progressiste et conservateur, il tendaient à prendre le pouvoir et le réguler à tour de rôle. Plus ou moins d’état, plus ou moins de libertés individuelles, plus ou moins de règles communes et d’impôts, étaient les principaux enjeux des débats contradictoires. Les points de vue étaient, malgré tout, raisonnablement respectueux de l’état de droit, et d’une plus grande justice sociale. Les partis les plus radicaux semblaient voués à rester à la périphérie. La donne a changée. Capter les mécontentements des classes moyennes, et en additionner leurs extrêmes, est possible très rapidement. C’est devenu bien plus efficace que les discours raisonnables, trop centraux, et trop lents. Pouvoir d’achat, sécurité, identité, sont au coeur de toutes les inquiétudes, et de toutes les propagandes. Le vertige s’installe, la démocratie directe serait elle devenue possible, via les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les « blockhains » (monnaies et documents crytés)? C’est en tout cas ce dont veulent nous convaincre certains acteurs qui les détiennent et les développent. L’humain attendra.

La maison Blanche vient de devenir une caricature éloquente de ce virage démocratique autoritaire, pour dire le moins. Le nouvel hôte y a déclaré un état d’urgence contre le « politiquement correct » des prédécesseurs, boucs émissaires de tous les maux de la société, et même des avions qui tombent, c’est dire. La liberté doit être absolue, pour ceux qui travaillent aux intérêts de la Maison Blanche, au détriment des règles de droit pour tous les autres, présumés nuisibles. Toutes les règles qui gènent « la liberté des affaires » doivent disparaître. Chaque journée est inondée de décrets et décisions insensés, provocants, brutaux, dont le principal objectif est l’état de sidération qu’ils génèrent, aux États Unis, et dans le monde.

En politique budgétaire, un « vice président officieux » est doté de tous les pouvoirs pour sabrer, démanteler, licencier, le plus grand nombre possible de budgets « wokes» et de fonctionnaires « inutiles ». Aller le plus vite possible avant que les oppositions, la justice, ne puissent réagir. Il n’est ni ministre, ni permanent, son status est celui d’un « Spécial Government Employée », un contrat temporaire « mercenaire » qui lui permet de ne rendre compte à presque personne. L’homme le plus riche du monde est à la tête de très grandes entreprises qui ont des contrats faramineux avec l’état (Starlink, Space X avec la Nasa, par exemple). Tesla s’est enrichi en vendant ses voitures électriques grâce à des subventions colossales dans de nombreux pays. Et c’est lui qui est appellé pour réduire les budgets de l’état, as t’on déjà-vu plus grand conflit d’intérêt? Liberté absolue. Coté propagande, Musk et Trump se mettent en scène, tels des acteurs d’une émission de télé réalité, version soft, avec le fiston de 4 ans, X , sur les épaules et les doigts dans le nez. Dans les coulisses, leurs réseaux sociaux « Truth social » et « X » (pas le fiston cette fois!) inondent de leur propagande dure et mensongère sans modération, les 217 millions d’abonnés transis. Ces deux « génies » sont tellement convaincus d’eux mêmes et de leur puissance. Ils ont choisi de prendre la vérité de vitesse, quite à risquer une crise institutionnelle dans leur pays. Ils sont la vérité, et entendent dicter leur agenda accéléré, seuls contre tous. Comme toujours, il faudra patienter, c’est le temps qui décidera de la vérité…

Fort de la légitimité assez large de son élection, Trump vient d’inventer le « coup d’état de grâce ». Il conduit la politique comme ses affaires. C’est bien là que le bât blesse le plus. Le milieu des affaires n’est pas démocratique, c’est un pouvoir à vie pour peu que les affaires prospèrent. Les plus grands contre pouvoirs sont exercé d’abord par la concurrence, ensuite par les gouvernements et parlements qui régulent en faveur de l’intérêt général trop souvent délaissé (justice, social, environnemental, etc). Tout ce dont Trump ne veut plus. Contre la concurrence, il engage la guerre des tarifs douaniers, et contre les règles contraignantes, il veut tout démanteler.

Il oppose son « bon sens » aux excès de bureaucratie ou aux négociations improductives, c’est louable. Mais le bon sens, pour être effectif, doit être partagé entre toutes les parties. Le bon sens Trumpien tient d’abord d’une tactique de négociations d’affaires en s’assurant d’une position de force, du « bullying ».

Bientôt un mois que Trump à emménagé à La Maison Blanche, dans un vacarme quotidien sans précédent. A chaque jour des annonces nouvelles, sur tous les fronts. De cette effervescence va maintenant émerger des dossiers plus lourds pour le monde, Moyen Orient et Ukraine, entr’autres. Pour l’instant, ses propositions sont réduites à un projet immobilier pour Gaza, et une autre d’exploitation des terres rares pour l’Ukraine. Ce sont les visions extrêmement cyniques d’un vieil homme d’affaires, pas celles d’un leader politique éclairé.

Trump ne deviendra jamais roi.

VDS

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