Vues de l’étranger, les grèves et contestations y sont perçues comme une habitude, un mode de vie… Notre modèle social bat tous les records. Les bookmakers ont déjà ouvert les paris sur les dates des prochains ébats.
Ce modèle social n’est pas un système cohérent et achevé, ni au service de l’intérêt général. Il est un compromis décidé dans l’urgence en 1945. Il fallait alors mettre toutes les forces en ordre de marche pour reconstruire; sans aucun doute d’une grande avancée sociale dans son contexte historique. Gaullistes, Communistes (Staliniens), et Vichystes (Catholiques) se sont entendus sur un Yalta social, en se partageant des « territoires » pour mieux se tenir en respect. la Sécurité Sociale voyait le jour. Agriculteurs, artisans, commerçants, et professions libérales en étaient exclus, ainsi que les artistes.
Depuis, comme plongés dans une guerre froide, les partenaires sociaux n’ont fait évoluer les règles que par compromis successifs, au fil des grèves. Jamais une approche universelle au pays de l’égalité, chacun pour sa branche. Entre 30 et 40 régimes différents, selon les sources, c’est dire. Nous y sommes encore, la menace et le conflit demeurent un préalable à toute négociation. Les syndicats y rivalisent de tactique et de clientélisme avec les politiques. L’intérêt général n’est toujours pas invité.
Seul le plus petit dénominateur commun permet la sortie d’un conflit, et à chaque camp de crier victoire en se comptant dans la rue. Quelques intérêts particuliers y deviennent plus égaux que d’autres. Comment expliquer sinon que les catégories sociales qui partent le plus tôt en retraite soient aussi celles qui peuvent bloquer le pays, principalement énergie, transport et fonction publique.
En 2020 le gouvernement proposait une réforme systémique qui aurait enfin traité les Français équitablement devant la retraite. Malheureusement, ne pas dissocier la méthode des compensations financières n’a pas permis d’atteindre un consensus, et le Covid est passé. L’occasion est perdue pour quelques années et il nous faudra naviguer des compromis budgétaires, celui de 2023 n’en est que le premier… La France est très endettée et les taux d’intérêts reprennent de l’altitude.
Quel que soit le résultat de ce conflit, nous aurons tous perdu. Le nouveau compromis permettra à tous les partenaires sociaux de conserver leur pouvoir par la rue. Beaucoup sera remis à plus tard, comme trop souvent, un mirage de victoire
Dénier l’obsolescence de notre « contrat social » a pour conséquence de retarder les changements nécessaires, et de les acter trop tard et dans le conflit des uns contre les autres. La défiance s’en nourrit et le cycle se répète..
Dans les pays scandinaves les solutions retenues ne sont pas toujours meilleures que chez nous, mais il y a deux grandes differences qui à mon sens devraient nous inspirer.
La première est que les rôles de chacun des partenaires sont clairement définis, et respectés, les conflits d’intérêt y sont bien moins nombreux. La deuxième est la négociation en amont, en vue d’un consensus avant le vote au parlement. Il en résulte des négociations parfois longues, mais au final des décisions plus rapides et surtout beaucoup moins contestées. Pas ou peu de conflits, la confiance ne se dément pas.
Comment se fait il que les Scandinaves qui ne peuvent espérer une retraite pleine qu’à 65 ou 67ans, qui travaillent 40 heures par semaine et qui payent des impôts très élevés, soient aussi ceux qui se déclarent les plus heureux? (voir le rapport happiness report en bas de page).
Si l’âge de la retraite est à ce point sensible dans notre pays, se pourrait il que ce ne soit que le symptôme d’une grande souffrance au travail?
VDS
PS: lien vers « happiness report 2022 » classant tous les pays Scandinaves dans les 10 premières places, depuis plusieurs années. A chacun d’estimer le niveau de subjectivité de ce rapport. https://happiness-report.s3.amazonaws.com/2022/WHR+22.pdf
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