Société | Un absolutisme atavique

Qui de la rue ou du gouvernement va gagner le combat qui vient de s’engager? Peu importe, on sait déjà qui sera le perdant, le pays aura encore une fois manqué l’occasion de remettre à plat un système anachronique devenu honteusement inégalitaire. 

Notre code du travail s’applique à tous, à quelques nuances près, mais le code de la retraite n’existe pas… ou pas au niveau national. Plus de 30 systèmes. Un clerc de notaire, agent chez Total/ EDF, par exemple, peut bénéficier d’une retraite complète de l’état bien avant 60 ans alors qu’un maçon, couvreur, ou autre ouvrier agricole au travail bien plus pénible, devra attendre 62 ans pour une retraite peu reluisante. Liberté, Egalité, Fraternité…oui, mais pour moi et mon cercle d’amis d’abord.

De la première tentative de réforme, il y a trois ans, dite systémique, on est déjà passé à une réforme de bien moindre ambition, paramétrique seulement. Ceux qui bénéficient de privilèges retarderont au mieux la date de leur fin, et ceux qui ont une retraite misérabiliste ne seront pas défendus, puisqu’ils ne comptent pas parmi les meilleurs clients de nos syndicats. Ils bénéficieront peut-être de la relève des minima, et je l’espère, d’une meilleure prise en compte de la pénibilité, ce serait justice. Et quoiqu’il arrive, on remettra le couvert dans quelques temps, selon l’ampleur du statuquo…

Tous les camps chanteront victoire. « Victoire à la Pyrrhus » dira t’on dans les beaux quartiers, « chant du coq, les deux pieds dans la m….. » disait Coluche. La victoire sera très amère et chacun préparera déjà la stratégie pour la prochaine baston, absorbant toutes les énergies. L’intérêt général sera remis aux calendes Grecques.

Notre système de retraite actuel serait indépassable, et peut importe que tous les pays d’Europe aient reporté l’âge du droit à une pension complète de l’état à 65 ans ou plus. Je viens d’apprendre par hasard que l’age de ma retraite à taux plein (Suède), vient de passer de 65 à 66ans… Ni les syndicats, ni la rue ne m’ont prévenu!… au secours, général Martinez!… qui va m’aider? je me vois mal aller gueuler tout seul dans la rue, et en plus il fait très froid! 

Le Danemark a d’ores et déjà annoncé que d’ici à 2040 il sera nécéssaire de travailler jusqu’à 70 ans (67 ans aujourd’hui). Cerise sur la gâteau, ils seraient dans le même temps parmi les 3 peuples les plus heureux du monde… Pour résumer, ils payent un max d’impôts, doivent travailler très longtemps… et ils seraient heureux… Non?!!!…Comment est ce possible? De notre point de vue c’est certain, ils sont devenus complètement fous… Vu d’ici, ça a l’air supportable, dès lors qu’une certaine flexibilité est négociée et mise en oeuvre collectivement, point de combat de rue en vue.

Et chez les latins me direz vous?… contaminés aussi!… Espagnols et Portugais doivent attendre 65 ans et horreur, les Italiens 67 ans!… Le portugal va abaisser l’âge légal de la retraite cette année!… oui, mais il reste au delà des 65 ans. La raison est que cet âge légal est indexé sur l’espérance de vie moyenne qui a baissé un peu après la pandémie, pragmatique. Pire que le dernier variant du COVID, cet insidieux virus s’est répandu en Europe sans crier gare, nous serions le seul pays immune, et Macron un dictateur. Comme l’état n’a de cesse de nous protéger des crises pour s’éviter la rue, on ne s’est pas rendu compte. La perception et les dogmes l’emportent sur la réalité, et la démocratie subit les assauts de la rue.  Point de négociations, baston direct. L’age de la retraite devient un enjeu beaucoup trop politique. Les faux-culs de tous bords prêtent allégeance. « Un contre tous, et tous contre un! ».

L’espérance de vie en bonne santé, la pénibilité et durée du travail me semblent de bien meilleurs critères que l’appartenance à tel ou tel groupe, non?… Pourquoi l’état devrait il financer le privilège d’une profession par la contribution de celles qui travaillent plus durement, égalité?… Ce n’est pas son rôle que d’amplifier les inégalités, une fois à la retraite.

Quoiqu’on en pense, la retraite est financée par l’impôt. Les charges sociales sont de fait la première tranche de l’impôt sur le revenu. Or, ce budget important est pour une raison historique dans les mains d’intérêts particuliers, et non de l’état. Ce sont devenus des centres de pouvoir, des baronnies. Les citoyens n‘ont pas voté pour le général Martinez, il ne représente que ses clients les mieux dotés. Pareil pour ses acolytes du Medef et autres syndicats. Que tout ce beau monde se concentre à améliorer les conditions de vie au travail, la tâche est immense, c’est leur mission principale.

Si on admettait que la sécu fasse partie du budget de l’état, donc de l’impôt, on pourrait enfin espérer parler de l’interêt général. Les budgets discutés dans une vue d’ensemble et non dans l’absolu de chacun séparément. Et nos députés, eux, sont élus démocratiquement.

Chaque 14 Juillet nous célébrons la victoire sur l’absolutisme de droit divin. Mais un autre lui a succédé, révolutionnaire cette fois…. et sans cesse renouvelé. Les acteurs actuels semblent encore imprégnés de cet atavisme, qu’il soit inconscient et même revendiqué par quelques uns. Difficile dans ces conditions d’espérer de vraies négociations ou chacun écoute l’autre, pour aboutir à des compromis ambitieux. Serai-je à la retraite d’ici là?

VDS

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