Le 1er Novembre 2016, le convoi du pape François passait devant les fenêtres de nos bureaux à Malmö pour se rendre à Lund, ville universitaire du Sud de la Suède. Ce jour n’est pas férié dans ce pays protestant luthérien. L’autorité du pape n’y est pas reconnue, l’immaculée conception non plus, ni même les saints vénérés par les Catholiques. Que venait il faire ici, le jour ou les Catholiques se rassemblent pour célébrer la Toussaint?
A l’occasion d’une commémoration catholique-luthérienne de la Réforme de 1517, il venait y prononcer une déclaration et une prière oecuménique commune dans la cathédrale luthérienne de Lund. Une déclaration de paix entre catholiques et luthériens, pour clore un conflit de 500 ans, au sein même d’une religion commune…
La Réforme provoqua un schisme très différent du précédant (l’émancipation des chrétiens d’Orient devenus Orthodoxes, vers l’an 1000). De fait, ce n’était pas tellement une affaire religieuse. C’était l’organisation de l’église de Rome qui était mise en cause, et au delà, le mode de gouvernance de toutes les institutions qui était impacté. L’onde de choc était majeure dans tous les pays alors sous le contrôle de l’église de Rome et de ses dogmes. Une menace existentielle telle, que cette Réforme dégénéra en un conflit d’une violence inouïe. La Saint-Barthélémy n’en sera qu’un épisode tragique (de 10000 à 30000 victimes en quelques jours, selon les sources). Deux rois de France furent assassinés, un Catholique, puis son successeur Protestant, bien que converti au Catholicisme pour accéder au trône.
A cette époque, l’église de Rome disposait de deux instruments de pouvoir fondamentaux, entr’autres. L’essentiel de la connaissance humaine, les textes sacrés et la Bible n’étaient accessibles que de ses monastères. Le dogme Catholique accordait une « délégation du pouvoir divin » à ses représentants, dans une hiérarchie verticale bien établie (prêtre, évêque, cardinal, pape), que reflétait aussi celle de la noblesse. En clair, un conflit d’intérêt des plus flagrants offrait à ceux ayant le pouvoir d’accorder le pardon de Dieu, la possibilité de le vendre. Fallait il que le sentiment d’impunité les aveuglent, la construction de St-Pierre de Rome fut financée par les « Indulgences » accordées aux pécheurs, de préférence puissants et très riches. La plus grandiose des évidences…
Les théologiens tels que Luther ont contesté cette corruption. Ils se sont appuyé sur la première révolution technologique démocratique: Gutenberg venait d’inventer l’imprimerie. Il était devenu possible de diffuser la Bible par centaines d’exemplaires, sans l’aval de l’église de Rome. Donner un accès direct aux textes sacrés donnait un pouvoir nouveau à ceux en mesure de les lire. Chacun lecteur pouvait juger de l’évidente corruption de Rome, aux principes même de leur religion. Quelle déflagration subversive!
Il suffit d’énoncer quelques principes de la Réforme pour s’en convaincre.
« Chaque baptisé est prophète, prêtre et roi, sous la seule seigneurie du Christ ».
En quelques mots, tous les principes de la hiérarchie mise en place par Rome sont anéantis.
« Les protestants se réfèrent uniquement à la Bible comme source de doctrine (sola srcriptura). Ils récusent en particulier la tradition, source de doctrine du catholicisme. Les protestants n’ont point de dogme car toute doctrine est pour eux révisable. »
« Ecclesia semper reformanda (L’Eglise doit se réformer sans cesse) ».
« Les institutions ecclésiastiques sont des réalités humaines. Elles sont secondes. Elles peuvent se tromper. » disait Luther.
La panique s’est emparé de Rome!… Si ces principes de gouvernance devaient être appliqués partout, c’est toute la pyramide du pouvoir de l’église qui s’effondrait, tel un chateau de cartes pris dans le courant d’air d’une fenêtre qui venait de s’ouvrir, en 1517…
Rome perdit alors l’Angleterre, la Hollande, les pays Scandinaves et la Finlande. Tous n’étaient pas devenus luthériens, mais tous s’étaient affranchis du Vatican, de son Eglise.
VDS
Homélie du pape François le 31 Octobre 2016
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