Ukraine | Pomarantchéva révolioutsiya

C’était il y a 20 ans, Février 2003, nous emménagions dans un appartement du centre de Moscou. Notre fille avait 15 mois, il faisait -17°C et la glace disputait, à la neige noircie, le sol sous nos pas. Nous apprenions à nous tenir à l’écart des stalactites de glace qui se formaient en bordure des toitures et menaçaient. Cet appartement provisoire se situait à quelques dizaines de mètres seulement du premier Mc Donald ouvert à Moscou, un symbole des changements qui s’opéraient alors. De l’autre coté de la place Pouchkine, un autre lieu symbolique, le « café Pouchkine ». Il fut créé sous l’impulsion du maire de la ville en référence à la chanson « Nathalie » de Gilbert Bécaud. Le décor baroque 17ème était neuf, une reconstitution bluffante. Les tables accueillaient alors les « nouveaux Russes » et les expatriés habitants le centre ville en reconstruction.

Le soir de notre arrivée, je décidais de faire quelques courses, et si possible rapporter de quoi célébrer un anniversaire, et notre « crémaillère  downtown ». Je n’avais aucune idée de la direction à prendre. Une fois sur l’avenue Tverskaia, l’artère prestigieuse menant au Kremlin et sa Place Rouge, je remarquais une grand magasin au décor Baroque luxueux mais très défraichi et peu éclairé. Le magasin se découpait en étals et comptoirs, comme sur un marché. Le contraste du décor et son activité me laissa perplexe. Ayant trouvé un étal de vins, j’achetais une bouteille de « Champanskoe », c’était inespéré!

De cette soirée mémorable, nous gardons la stupéfaction suivi des éclats de rire à l’ouverture de la bouteille. A notre grande surprise, la bouteille très sombre renfermait un breuvage rouge violacé et les bulles ressemblaient d’avantage à une mousse de bière. L’explosion était bien Champagnesque, la table en mélamine blanche ne s’en est jamais remise!… Le lendemain, un collègue me raconta dans un grand éclat de rire, avoir du repeindre sa cuisine!… En 2003, un vent d’optimisme portait la ville et le pays. Nous étions absorbés par une activité intense. Beaucoup d’Ukrainiens qui vivaient et travaillaient avec nous à Moscou avaient simplement échangé leur ancien passeport Soviétique contre un passeport Russe.

A la fin de l’été 2004, la campagne électorale pour la présidence Ukrainienne était marquée par un évènement troublant. Le candidat Viktor Youtchenko était victime d’une « intoxication alimentaire ». It trouva refuge dans un hôpital Autrichien, qui détecta une ingestion massive de dioxine. Un empoisonnement donc (voir l’article du Monde, 11 Juin 2008 en bas de page). Par miracle, il survécut et la campagne électorale devint très tendue.

Tout était fait depuis Moscou pour assurer la victoire du candidat pro-Russe, Viktor Yanoukovitch. Les murs et les ponts de la ville étaient alors recouverts des effigies du deuxième Viktor, adoubé par le Kremlin, l’autre n’existait pas. Comme souhaité par le Kremlin le « bon Viktor » remporta l’élection, mais les Ukrainiens refusèrent cette manipulation et se lancèrent dans une « révolution Orange » (titre de cet article). Il faut dire qu’ils furent inspirés par les Géorgiens et leur « révolution Rose », un an auparavant. Le pouvoir Ukrainien n’eut d’autre choix que d’annuler le résultat et de convoquer une nouvelle élection le mois suivant, le 26 Décembre 2004. Ils espéraient sans doute que le temps manquerait pour renverser le résultat et tout fut mis en oeuvre pour préserver le pouvoir en place.

Peine perdue, malgré un soutien hyperactif du Kremlin au candidat pro-Russe, le « mauvais Viktor » remporta 52% des voix, comme porté par son empoisonnement et ses soutiens internationaux…. Quelle humiliation!… Pour autant, pas question de s’avouer vaincu, la Russe misa alors sur la propagande et la division pour saper la popularité du nouveau pouvoir au fil du temps, bien aidée par une corruption importante en Ukraine. Quelques années plus tard, le « bon Viktor » reconquît le pouvoir à la grande satisfaction de Moscou. Las, deuxième révolution dite du « Maïdan » (dignité), en Février 2014. Elle aboutira à la destitution du président par le parlement et un retour à la constitution de 2004. Le « bon Viktor » prit ses cliques et ses claques et trouva refuge à Rostov sur le Don, protégé par la frontière Russe. Le pouvoir Russe décréta que cette révolution était provoquée par des groupes de « Nazis », et justifia son entrée immédiate en Crimée ainsi que son soutien à la guerre naissante dans l’Est du pays, euphémisme. Le 17 Juillet 2014, un vol de la Malaysian Airlines reliant Amsterdam à Kuala Lumpur se désintégrait au dessus de la région de Donetsk, avec 298 personnes à bord. Difficile d’invoquer une « intoxication alimentaire » des pilotes.

Perdre la face n’est pas prudent en Russie. L’attaque n’est elle pas la meilleure des défenses? Le 24 Février 2022 le Kremlin lançait une invasion éclair de l’Ukraine toute entière.

 « Hitler a commencé la guerre à 4 heures du matin, Poutine à 5. Ça ne fait pas grande différence ». Andrei Kourkov, Février 2022.

VDS

PS: https://www.lemonde.fr/europe/article/2008/06/11/l-empoisonnement-de-viktor-iouchtchenko-raconte-par-son-medecin_1056684_3214.html

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