Une victoire, qui ne se dessine toujours pas contre l’Ukraine, ne peut être célébrée avec faste. Pire, la hantise de subir une humiliation d’un drone échappant à tout contrôle au dessus de Moscou, a conduit le Kremlin à une inhabituelle modestie, pour un 9 Mai. Donald Trump est venu en aide, pour faciliter une demande de cesser le feu qui ne se concrétisait pas.
Cela faisait 20 ans que les véhicules militaires terrestres n’avait pas paradé devant le mausolée Lénine, sur la Place Rouge. Cette année était marquée par la sobriété des festivités. Une cérémonie très courte (45 minutes), et seulement quelques régiments d’élite, à pied. Le discours de Poutine était sans souffle, principalement un rappel de sa cause juste en Ukraine. Y croit il encore?
Peu d’invités internationaux ont fait le déplacement. Seule une poignée de proches voisins ou alliés, étaient présents. Pour la plupart, il s’agissait des représentants d’anciennes Républiques Soviétiques. Loukatchenko, le dictateur Biélorusse, figurait en bonne place, près de Poutine. Un hommage aux soldats et « héros » de la Corée du Nord, morts pour protéger Kursk brisait la monotonie de ce 9 Mai. Dans tout le pays, ce sont les femmes de soldats mort sur le front, qui ont été sollicitées dans l’espoir de susciter un nouvel élan patriotique. La grande Russie de Poutine, semble se rétrécir, elle devient de plus en plus terne, amère.
A Saint Petersburg, cette amertume a pris la forme d’une exposition explicite de la propagande Russe, organisée par le ministère de la défense:
« Une Europe ingrate »
« Nous les avons libérés (du Nazisme) et ils ne nous le pardonnent pas »
La première partie de l’exposition montre des images d’archives d’Européens enthousiastes accueillant l’Armée rouge à la fin de la guerre. La seconde montre des images actuelles ou récentes de manifestations anti Soviétiques, et de démantèlement de mémoriaux de l’ère de l’URSS, partout en Europe.
La résistance de l’Ukraine, aidée par l’Europe, est ressentie comme une humiliation par le pouvoir Russe. Sa réponse s’enfonce dans la paranoïa. Les mesures prises pour la sécurité, dissimulent très mal une censure devenue très envahissante au quotidien.
« Quand les citoyens se retrouvent dans l’impossibilité de faire un retrait d’argent, de payer les taxis, ou acheter une boisson dans un distributeur, le ministère du développement digital leur explique que c’est pour leur bien!… Que les coupures ciblées de l’internet mobile visent à empêcher la précision des drones ennemis, pilotés par carte SIM » (lire l’article du MoskowTimes en bas de page). Certaines restrictions ont été levées, mais l’internet mobile et les SMS seront restreints jusqu’à la fin des festivités de la « Victoire », et au delà.
Les coupures n’ont pas affecté que l’internet mobile, mais aussi les lignes terrestres à haut débit. Elles ont couvert de vastes superficies, dans Moscou, St Petersburg et leurs régions. Toute sortes d’excuses ont circulé, dont celles de pannes du réseau électrique. Les entreprises spécialisées en data ont clairement observé une baisse sensible du traffic de données. Il reste maintenant la question des serveurs VPN qui permettent de contourner la localisation de la connection. Le gouvernement recherche les moyens pour en bloquer l’accès, du moins le contrôler strictement.
Les citoyens Russes ne se mèlent pas de politique, ils en savent le danger. C’est la politique qui devient envahissante au quotidien: les nombreux morts au combat, les prix qui augmentent, les restrictions de plus en plus contraignantes, de services devenus indispensables. L’angoisse monte, la popularité de Poutine a baissé fortement. La génération née depuis la prise de pouvoir de Poutine est en train de découvrir ce qu’on vécu leur parents et grand parents sous l’ère Soviétique, ils n’y sont pas préparés. Combien de temps encore vont ils l’accepter?
VDS


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