En Mai 2025, le journaliste du New York Times Robert Armstrong, écrivait un article sur la réaction des marchés aux annonces désordonnées de l’administration Américaine sur les « Tariffs », ces droits de douanes imposés par le président Trump.
Il expliquait que les marchés avaient compris que l’administration ne résistait pas longtemps à la pression économique. Elle faisait très vite machine arrière quand les droits de douane entraînaient une baisse subite des marchés boursiers. De nombreux investisseurs profitaient alors de ces mouvements brutaux, relativement prévisibles, à la baisse, puis à la hausse. Pire encore, il y eut des soupçons de délits d’initiés, dans le cercle même du pouvoir. Aujourd’hui, la justice Américaine a ordonné le remboursement de certains droits de douanes, jugés illégaux.
Armstrong nomma cette observation avec beaucoup d’ironie, sous la forme d’un acronyme de 4 lettres, comme celui des partisans de Trump. Oubliez le MAGA sur la casquette du président, et remplacez le par « TACO », sous entendu TACO trade. « Trump Always Chickens Out », ce qui signifie chez nous « Trump se dégonfle toujours », c’est une poule mouillée.
A l’évidence, Trump a conduit les affaires politiques, et maintenant la guerre, en appliquant la même méthode. Des menaces soudaines et brutales, suivie d’un renoncement plus ou moins grand, en fonction des réactions. Il gagne du temps pour négocier, mais déstabilise tous ces partenaires potentiels, de moins en moins nombreux. Ses ennemis ne sont plus surpris, ils s’en moquent ouvertement.
Tout le monde a compris que Trump ne coopère pas, il vassalise. Il ne négocie pas, il procède par ultimatum, par harcèlement. Sa seule boussole est le Dollar. Que les prix du pétrole s’affolent, il change de stratégie en quelques heures. Il disait instaurer la paix en Ukraine en 24 heures, il finance maintenant la guerre Russe en levant les sanctions sur la vente du pétrole. Il disait venir en aide aux étudiants Iraniens, il a menacé d’effacer toute la civilisation Iranienne, et pschitt, plus rien. Le régime Iranien a exécuté les opposants plus que jamais en 2026, pas un mot… On pourrait dresser une très longue liste à la « Prévert » de tous les renoncements, changements de cap, incohérences affligeantes… Une dernière, non des moindres, un reproche cinglant fait au pape de ne pas soutenir sa guerre. Trump se dit pourtant le leader du tout nouveau « Conseil international de la paix ». Il vient aussi de s’inscrire à un « marathon Biblique ». Trump et la bible, vraiment?
Serait il devenu fou?
Cette question est sur de nombreuses lèvres. J’avais écrit le 13 Février 2025: « Quand un fou emménage dans un palais, il ne devient pas roi, c’est le palais qui se transforme en hôpital psychiatrique » (inspiré d’un proverbe populaire Turc).
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik vient de me convaincre que j’avais tort:
« Un fou est irresponsable, Trump est responsable. C’est un psychopathe. Il a développé un trouble du comportement lors de son enfance et au cours de sa vie d’adulte. Il vit au présent, donnant libre cours à ses pulsions, sans aucune empathie envers qui que ce soit. Que ses pulsions soient sexuelles, ce n’est pas grave, quelles soient guerrières, ce n’est pas grave non plus… il n’a d’empathie que pour lui-même et son Dieu Dollar, ses performances financières en attestent». (lien vers le podcast de France Inter avec Boris Cyrulnik, en bas de page)
Bien sûr il est important de s’opposer à Trump, et son comportement insupportable, mais l’essentiel est ailleurs. Il nous faut nous rappeler qu’il est élu, et que son score était sans appel. Trump n’est qu’un symptôme supplémentaire d’une société qui a perdu pied. Il n’a pas émergé de nulle part, il a tiré parti d’un contexte démocratique qu’il a su utiliser à ses fins, comme beaucoup d’autres.
Ça fait plus de 15 ans que l’illibéralisme, puis l’antilibéralisme s’est développé partout, en réaction à une mondialisation qui a cessé d’apporter une croissance économique généreuse. L’ascenseur social, qui promettait à la prochaine génération de vivre mieux que la précédente, s’est arrêté entre deux étages, puis a inversé sa progression. Les populistes ont ressorti leurs bouc-émissaires favoris, les étrangers, les frontières trop ouvertes, la décadence morale des progressistes devenus « woke ».
Depuis plus de 15 ans, soit l’élection de Viktor Orban en Hongrie, puis Bepe Grillo et Salvini en Italie, le Brexit, Trump 1er, les « Ingénieurs du chaos » ont exploité la nouvelle puissance technologique des réseaux sociaux à leur disposition. Ils ont pris d’assault les démocraties.
Les partis politiques traditionnels se sont fait dépasser par les populistes, les politiques centristes, par des clivages nationalistes radicaux des deux bords. Plus récemment, avec la guerre en Ukraine et les élections de personnages fascisants, tels Bukele au Salvador, Milei en Argentine, on a franchi un degré de violence bien supérieur. La brutalité n’est plus un tabou, ici on condamne un enfant de 12 ans à la prison à perpétuité, là un prince dirigeant est immune du meurtre d’un journaliste, dont toute le monde sait qu’il l’a commandité (Arabie Saoudite).
Les « prédateurs » sont de retour, la loi du plus fort et de la guerre prévalent. Nétanyahu surfe sur la vague et à embarqué le second président Trump dans son oeuvre. Que l’on me comprenne bien, je tiens l’Iran, le Hamas et le Hezbollah, pour des monstres sanguinaires, conduits par une idéologie religieuse barbare. Cependant, le fait est que le nombre des victimes civiles, liées au conflit, ne fait qu’augmenter inexorablement, sans entrevoir quelque espoir pour ceux qui sont oppressés. Au Soudan, une guerre sévit depuis trois ans, dans la plus grande indifférence.
Les arguments de tous ces despotes brutaux sont bien connus. Ce sont la lutte contre le terrorisme, la délinquance ou les réseaux du commerce de la drogue. De ce point de vue, ils sont performants, les statistiques nationales leur donnent raison. Bukele revendique que le Salvador est redevenu un pays sur, après avoir battu des records du nombre d’homicides. Il a fait emprisonné toutes les personnes tatouées, et veut maintenant abaisser l’age pénal à 12 ans. La police ICE de Trump a traqué et expulsé brutalement les étrangers, au prix de deux meurtres d’Américains. Des « accidents ». Le Russe réprime toujours plus, le réseau internet mobile est suspendu, un film documentaire dans une école, interdit.
La vérité, c’est aussi qu’il y a longtemps qu’on n’avait pas compté autant de guerres sur la planète, que le nombre de ses victimes est au plus haut, que le risque de nouveaux conflits est plus grand encore. Les pays Baltes, Taiwan, le Groenland, Cuba, Venezuela, et d’autres en Afrique ou en Asie. Qui osera le premier?
Dans ce contexte déstabilisant, toutes les démocraties se protègent et durcissent le ton. Priorités sont redonnées au budget de la défense et à la sécurisation des frontières. En Suède comme en France, des règles plus contraignantes pour restreindre l’accueil des étrangers, voire chasser ceux qui sont déjà là, sont discutées âprement. Les amis Européens de Viktor Orban, l’illibéral, espèrent beaucoup des prochaines élections. En Septembre 2026 en Suède, en Avril 2027 chez nous. Ils n’ont jamais été aussi influents, si près du pouvoir.
A leur grand désarroi, Victor Orban vient de leur faire faux bond. Marine Le Pen n’a pas caché sa grande déception, de perdre un grand allié, et aussi plus discrètement, une source de financement pour son parti. La Hongrie s’est fatiguée d’Orban et lui a infligé une défaite cinglante. Son successeur devra faire ses preuves, il faut garder à l’esprit qu’il est issu du même parti politique qu’Orban, avant de s’y opposer.
Une autre leçon de ce scrutin, est que ni le soutien de Poutine, ni la visite de JD Vance à une semaine du scrutin, ne sont parvenus à inverser la tendance. De mauvaises langues prétendent que ces soutiens ont suscités un rejet plus grand encore, ce n’est pas anodin.
Gouverner est usant, les peuples se lassent et souhaitent un renouvellement. Les mensonges ont toujours une date de péremption. Orban n’y a pas échappé, et la Hongrie démontre qu’elle est encore une démocratie fonctionnelle. Russie est USA vont devoir jeter leur dévolu sur d’autres pays Européens pour infiltrer l’Union Européenne. Bulgarie, Slovaquie, Pologne sont déjà sous observations intenses.
La Russie n’a jamais été une démocratie, et si Poutine fut élu pour son premier mandat, il a depuis dicté qui pouvait se présenter à une élection. Les simulacres d’élection se sont succédés depuis plus de 20 ans. A chaque baisse de popularité, le début d’une guerre… La guerre en Ukraine sera t’elle celle de trop? Elle devait être éclair, elle consume toutes les ressources du pays, au point d’affaiblir la popularité de Poutine. Il lui faudrait 30000 soldats chaque mois, une pure folie. Il sombre dans une répression paranoïaque, au risque de sortir son peuple de la torpeur politique.
Les Etats Unis sont encore en démocratie. La poule mouillée narcissique au pouvoir a aussi succombé au déclenchement d’une guerre, toutes promesses bues. Qu’il s’agisse de celles de la veille, ou bien du lendemain…. qu’il participe à un « marathon biblique » ou assiste à un combat UFC (combats ultimes d’arts martiaux).
De nombreux soutiens de la première heure se disent trahis. Il a beaucoup à perdre au Moyen Orient, ou l’issue de sa guerre est très incertaine. Que retiendront les électeurs Américains en Novembre? La défaite d’Orban n’est pas de bonne augure pour Trump. Il est maintenant un vieux leader, déjà usé. Il devrait avoir en mémoire ses propres attaques contre Joe l’endormi, à qui il reprochait son âge.
VDS
Boris Cyrulnik, invité par France Inter le 16 Avril,

Laisser un commentaire