Est ce que le prix Nobel de la paix 2026 sera attribué à notre nouveau premier ministre, ou son éphémère prédécesseur (lui-même)?
Si l’un d’eux réussit sa mission de pacification de notre vie politique, je déposerai en ce sens, une demande auprès du comité Nobel Norvégien. Les deux le mériteraient conjointement, tant cette mission semble désespérée, sinon désespérante. Sera t’il encore premier ministre la semaine prochaine?
Dans un monde qui perd ses repères, se radicalise jusqu’à l’outrance, le nombre, de conflits et guerres, augmente partout. Nous devrions nous rassembler pour y faire face. Mais non, nous nous offrons une nouvelle crise de « c’est pas moi, c’est l’autre » qui nous « éparpille façon puzzle » comme disait Audiard.
De nouvelles luttes finales qui n’en finissent jamais, des luttes d’egos et de dogmes qui perpétuent le déni dans lequel nous sommes plongés depuis si longtemps (1973), la dette? quelle dette?… Chacun veut décider de tout, sans concession aucune, ni jamais de compromis avec aucun autre. Une conception singulière du « vivre ensemble » quoiqu’il en coûte.
Nos politiques sont addicts aux tactiques et manoeuvres politiciennes. Tous sont tendus vers l’accession au poste de responsabilité suprême, la présidence de la république. Tous nous parlent d’union, mais se divisent sans cesse, au sein même de leurs partis constitués en micro partis. Mais dire ça ne suffit pas, c’est aussi le reflet de notre système politique à bout de souffle, et de ses électeurs devenus très égocentriques et inquiets. Nous sommes tous en co-responsabilité. Nous élisons ceux qui nous flattent, pour mieux les dézinguer dans le plus grand désordre après l’élection, inévitablement déçus. Dans un concours de lignes rouges, la division se propage et l’irrationnel l’emporte.
Les trois derniers présidents ont connu un sort comparable, sur fond de crises venues de l’extérieur (Euro, attentats, Covid, et maintenant de guerres qui se rapprochent). Pendant ce temps, les professionnels de la défiance, candidats multi récidivistes à la présidence, jettent abondamment de l’huile sur le brasier, en se frottant les mains. Ces « prédateurs politiques » espèrent leur jour de gloire, au plus tard en 2027. Ils rêvent sans doute de l’anticiper. Droite, gauche, puis centre ont échoué, sans jamais se montrer capables de compromis, dont acte. Il ne resterait plus qu’à s’en remettre à un(e) autoritaire d’une des extrêmes… Vraiment?
Si les difficultés que nous traversons sont très comparables à celles que traversent de nombreux autres pays voisins, notre histoire, nôtre culture et notre système politique présidentiel font que nous les abordons d’une façon qui nous est propre.
Chez nous, gouverner sans majorité absolue est une gageure, il faut que des têtes de bouc-émissaires tombent. « Il est tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau… ».
Tout est tellement/ trop politique et partisan, personnalisé. Chez les politiques, bien sûr, mais aussi les partenaires sociaux, et maintenant des groupes plus nébuleux dont la réalité n’est visible que sur les réseaux sociaux et les média. C’est d’une surenchère permanente. Pourtant, seuls les premiers reçoivent leur mandat des citoyens par une élection. Ils sont devenus les otages des deux autres groupes.
Ce mois de Septembre en était une synthèse. Une journée d’action « Bloquons tout », initiée sur les réseaux sociaux (par qui?), a précédé une autre journée d’action, syndicale cette fois. Une troisième journée d’action était plannifiée, par des politiques. Chacun, avec son agenda, veut mesurer son influence, espère y conquérir le leadership. On appelle à descendre dans la rue pour se compter, avant d’exiger du gouvernement. Je ne connais pas d’autre pays usant à ce point du droit de grève à des fins politiques, comme une menace, en préalable à la négociation. Jusque dans les cortèges, on cherche à affirmer la puissance de son sous groupe. Le mois dernier les pharmaciens captaient les objectifs des caméras, à l’aide de fumigènes verts.
Le plus surprenant est que ces journées d’actions n’avaient plus d’autre objet que d’exprimer une colère. Le principal interlocuteur, le premier ministre, avait subi un vote de défiance deux semaines plus tôt. Il n’y avait donc plus rien à négocier, ni avec personne, jusqu’à ce que soient connues les propositions du successeur.
Un autre symbole éloquent du disfonctionnement de notre modèle social, la ou les réformes des retraites. Tous les pays d’Europe sont confrontés à la même réalité, progressivement et depuis 1973. Allongement de l’espérance de vie, baisse de la natalité et entrée plus tardive des jeunes sur le marché du travail (études plus longues). Tous ont réformé leur système de retraite, en retardant l’age légal et en aménageant les sources de financement. Chez nous, ce sont deux lignes rouges, deux dogmes infranchissables (mode de financement et report de l’âge).
En Novembre 1995, Emmanuel Macron venait d’avoir 18 ans, il ne pouvait se douter qu’il vivrait les mêmes blocages que le gouvernement de l’époque, 30 ans plus tard, aussi contre une réforme des retraites. Il y avait du temps pour négocier, non?… La réalité n’a pas fait de pause, l’age médian des français était de 30,5 ans en 1975, il est de 42,3 ans en 2025 (age médian: 50% de Français plus jeunes et 50% plus âgés). La population Française a vieillie de 11,8 ans en l’espace de 50 ans… Ne rien changer au financement des retraites est insoutenable, conserver 42 régimes est inéquitable. Au vu du triste spectacle de marchandages offert ces derniers jours, rapprocher les points de vue semble encore illusoire.
Les pays qui réforment, anticipent, et corrigent si besoin. Ils investissent du temps en négociation et appliquent des accords arrivés à leur terme entre toutes les parties. Cela suppose un minimum de confiance, de responsabilité collective, et de respect des mandats des uns et des autres.
En l’absence de véritables négociations, les combats contre les réformes des retraites ont fait rage pendant 30 ans en France. D’ultimatum en ultimatum on a retardé l’échéance, augmenté encore et encore le coût du travail (CSG), multiplié les amendements d’obstruction au parlement, jusqu’aux moments du 49.3, de la censure, de la division. Nous y sommes… Espérons que cette crise de confiance provoquera un sursaut collectif.
Récemment, j’ai contacté la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) pour faire rectifier des anomalies importantes constatées sur mon relevé de carrière. L’agent de la CNAV m’a répondu au téléphone que le délai de traitement serait d’au moins six mois… Il me suffirait d’un clic pour envoyer une copie de tous les documents que j’ai rassemblé, mais je n’ai pas encore obtenu l’adresse pour cet envoi!… Je viens d’apprendre que ma demande en ligne n’a pas été enregistrée. « Le service est actuellement indisponible, merci de bien vouloir nous recontacter ultérieurement ».
La trivialité des problèmes administratifs quotidiens des citoyens n’intéresse pas grand monde. Les combats politiques partisans en consument toutes les ressources supposées les résoudre.
VDS
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