Asil Ali Zardari, le président de la République Islamique du Pakistan, a recommandé le nom de Donald Trump au comité Norvégien du prix Nobel de la paix de 2025… Immédiatement relayé par le nouveau Nobelisable, sa casquette rouge de golfeur MAGA (Make America Great Again) vissée sur la tête, se vantant d’avoir déjà mérité ce prix prestigieux – je cite – « au moins quatre ou cinq fois », et d’ajouter « ils ne me les donneront pas, ils le donnent seulement aux gens de gauche ». Comme Obama, peut être?…
Depuis, Trump est entré en guerre, sans le dire. Il a fait bombarder les sites nucléaires Iraniens. Il a réussi à imposer un cessez le feu entre Iran et Israel, la fin d’une guerre qu’il a nommé « guerre de 12 jours. » De quoi, selon lui, rajouter une nouvelle ligne « FORMIDABLE » sur son Curriculum Vitae en faveur de la paix. Des frappes qu’il a osé comparer à l’effet produit par les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, en 1945. Ces bombardements tragiques avaient entrainé la mort de centaines de milliers de civils, en 1945.
Trump et ses partisans MAGA n’aiment pas la guerre, non par humanisme, mais par pur égoïsme économique et nationaliste, ça coute trop cher. Ils préfèrent les « tarrifs », l’asservissement capitaliste par les droits de douane. Tout régler par un chantage économique permanent, de transactions imposées et favorables aux USA. Les fameux « deals ». La recette universelle du « promoteur immobilier milliardaire» est supposée apporter une paix durable, tout en enrichissant le pays. Et d’abord, les oligarques courtisans de MAGA, sur le modèle de l’oligarchie Russe Poutinienne.
Par un déferlement incessant d’affirmations outrancières sur son réseau social, le candidat auto déclaré au Nobel de la Paix, veut faire oublier le déclenchement de l’assaut du Capitole en Janvier 2021, un acte de guerre civile cessessioniste des partisans de Trump faisant plusieurs victimes. Sans doute, il ne rappellera pas non plus les bombardements contre les Houthis. Et si on élargit à l’économie et la politique intérieur du pays, il nous faut remonter aux années 1930 pour retrouver une situation aussi délétère, d’une violence sociale extrême envers les migrants, entr’autres. De quelle paix est il le promoteur?
La démocratie, et la Constitution Américaine de 1787, sont fondées sur des principes présentés par Montesquieu dans « l’esprit des lois » de 1748. Il s’agît d’un concept fondamental de séparation des pouvoirs, entre le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire. Cette tripartition, pensait Montesquieu, devait prévenir, afin que « des personnalités mégalomanes ne puissent s’arroger un pouvoir excessif ». La Constitution américaine commence par “Nous, le peuple”. Au delà de cette tripartition du pouvoir, la constitution affirme aussi les droits individuels.
Le comportement de Trump ne laisse plus aucun doute, sa mégalomanie et son ego emportent tout. Il conteste déjà les pouvoirs législatifs et judiciaires, chez lui et à l’international. De nombreuses libertés individuelles sont aussi remises en question, d’autorité. Tous ceux qui osent le contredire en sont pour leur frais. Dans son propre camp aussi, l’allégeance est la seule option, sinon l’éviction. La seule possibilité d’avoir son écoute et son attention, est de le flatter, de le courtiser, y compris au sein des pays de l’Otan.
Poutine et Netanyahu ne s’en privent pas, au point que personne ne comprend plus qui manipule qui. La paix promise en 24h, puis en 100 jours, et puis plus rien, en Ukraine, en est un exemple tragique. La situation au Moyen Orient est explosive, elle n’a pas encore révélé toutes ses conséquences. Trump, et « l’art du deal à plat ventre », disait très justement notre sénateur Claude Malhuret, le 5 Mars dernier. On y est. (Voir l’article en bas de page)
Sur la scène intérieure US aussi, les tensions sont vives. Des universités de renommée mondiale sont dans la tourmente, sommées d’obéir à l’abandon de politiques inclusives, pour conserver les crédits fédéraux. Le responsable de l’Université de Virginie vient de démissionner. Trump conteste le législateur par une multitude de décrets, sans précédents. Le pouvoir judiciaire est aussi fortement contesté, menacé.
Trump est aussi brutal et autoritaire en politique qu’il l’était en affaires, ou bien en animateur de télé-réalité. Il maintient un état de sidération permanent par ses annonces provocantes, souvent absurdes, vulgaires, et offensantes. Quelles sont ses intentions réelles demeure un mystère pour beaucoup, mais la constitution Américaine est, pour le moins, fortement bousculée. La démocratie est en grand danger. Il qualifie de « fake news » et menace tout journaliste qui ose une critique. Lui seul est source de «vérités », qu’il diffuse impulsivement sur son réseau social privé: « Truth social ». Ses disciples se chargent de diffuser sur les réseaux X, Facebook et autres relais à forte audience.
Après de nombreuses années d’une croissance économique et démographique insolente, les classes moyennes sont inquiètes. L’ascenseur social est en panne, le climat menace, et la démographie décline. Elles ne croient plus aux politiques modérées qui prévalaient jusqu’ici, aux alliances des centres, devenues trop complexes. Elles demandent des améliorations immédiates, prêtes à sacrifier le temps long, comme par exemple, la lutte contre le réchauffement climatique.
Nous somme entrés dans une période de nouvelles radicalisations, de propositions simplifiées et virales, de désignation de boucs émissaires, de promesses de retour aux rêves d’une croissance de l’après guerre retrouvée. Trump et bon nombre de personnages très autoritaires ont réussi à agréger tous les mécontentements des extrêmes. Bien aidés par les technologies des réseaux sociaux, ils promettent l’illusion d’une démocratie directe. Giuliano Da Empoli, dans son dernier essai, les qualifient de prédateurs. « L’heure des prédateurs », aux éditions Gallimard.
Trump n’est pas encore devenu un dictateur, tant que la démocratie Américaine sera en mesure de résister. Cependant, il figure déjà en bonne position sur la liste des nouveaux prédateurs politiques. Au delà de son pouvoir réel, ses outrances libèrent les outrances d’autres apprentis dictateurs, ou avérés, qui s’en délectent. Les discours toxiques inondent les media et nous aveuglent. Ils ne laissent que très peu d’espace à la réflexion, la modération, le respect de l’autre et l’empathie. L’émotion et la violence de l’insulte l’emportent, parfois jusqu’à la violence physique.
Rien n’est jamais définitif, mais il faut œuvrer pour qu’un nouvel élan humaniste se constitue pour inverser cette tendance, et nous éloigne de l’abîme. L’histoire nous montre que les pouvoirs absolus, autant que les révolutions, ne conduisent qu’au tragique.
La candidature auto déclarative de Trump au prix Nobel de la paix est une outrance absurde et vulgaire. Il ne fait guère de doutes que le comité Nobel, Norvégien et Suédois, ne se laissera pas influencer par de tels pervers narcissiques, et psychopathes.
Si par malheur Trump devait recevoir un tel honneur, ce serait le symbole d’une régression démocratique sans précédent, comme l’extinction définitive du siècle des lumières, et de « l’esprit des lois ». Ce serait la consécration d’un nouvel ordre obscur.
VDS

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