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Société | Le parlement Danois a voté, à une large majorité, pour un report de l’âge de la retraite à 70 ans

Pour faire face à une démographie vieillissante, le financement et l’age du départ à la retraite font débat dans tous les pays d’Europe, et au delà. En 2006, le Danemark a opté pour un recul régulier de l’age de la retraite, qui tienne compte de l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé.

Depuis 2022, les Danois ne partent plus à la retraite à 65 ans, mais à 67 ans. Il est prévu un report à 68 ans en 2030, à 69 ans en 2035. Le report à 70 ans vient d’être confirmé pour 2040, pour la génération des Danois nés à partir de 1971.

Cette mesure est votée par un parlement à majorité Social Démocrate (centre gauche). Seule concession face aux critiques qui s’élèvent contre cette mécanique du report d’une année tous les 5 ans, la promesse d’une pause par Mette Frederiksen, la première ministre Danoise. Une nouvelle étude sera conduite avant de considérer tout nouveau report. Il s’agira de ré-évaluer la réalité de l’allongement de l’espérance de vie en bonne santé, ainsi que les conditions budgétaires du pays et sa démographie. Et voilà.

Quel contraste avec les combats acrimonieux qui agitent notre pays depuis trente ans!… On y entend encore beaucoup la promesse électorale d’un retour à une retraite dès 60 ans. Pour le moins, un combat politique acharné s’annonce pour abroger la loi du report de 62 à 64 ans, qui passa outre une assemblée parlementaire sans majorité, ou bien hostile. Un conclave, convoqué par le premier ministre, est à l’œuvre depuis trois mois. Syndicats et patronat sont invités à trouver un compromis. Tout espoir d’une fumée blanche semble illusoire.

France et Danemark sont devenus les deux antipodes du spectre Européen des systèmes de retraite. Tout semble les opposer, l’age de départ (64 ou 70 ans ), le financement (répartition ou capitalisation), et la construction d’un consensus social dépolitisé, ou au contraire, impossible. Entre les deux extrêmes, les autres pays d’Europe, chacun avec son histoire sociale, mais tous dans la dynamique d’un report de l’age de la retraite, plus ou moins important. L’Italie et l’Allemagne, il est vrai d’un age médian bien plus élevé, et en déclin démographique, ont déjà reculé l’age de la retraite à 67 ans.

Les données démographiques de la France et du Danemark sont assez proches. Les deux connaissent un age médian comparable et encore relativement jeune (42 ans en France et 41 ans au Danemark), ainsi qu’un taux de natalité plus haut que chez leurs voisins (1,6 enfants par femme en France, ou 1,5 au Danemark), et une espérance de vie dans les meilleures (au delà de 80 ans). Du point de vue du financement des retraites, ces données placent les deux pays parmi les plus favorables en Europe. Et pourtant, ils ont pris des directions opposées, inconciliables, sur le financement des retraites.

Commençons par le Danemark, dont le système des retraites fut revu et simplifié dans les années 2000. Il est assez comparable au système Suédois à 3 niveaux de retraites, et applicable à tous.

Au Danemark, le niveau de base est financé par l’impôt national, et non les seules cotisations sociales comme chez nous. C’est une retraite universelle en quelque sorte, par répartition entre tous les citoyens imposables et les retraités. Une partie est attribuée en fonction du nombre d’années de résidence dans le pays (environ 850€ par mois après 40 ans de résidence), une autre partie dépend de ses activités professionnelles, et du niveau des cotisations versées.

Le niveau deux est financé par la branche professionnelle. Chaque salarié (et son employeur) y abonde un fond de retraite pour lui-même, selon les règles des conventions collectives élaborées par les partenaires sociaux d’une branche professionnelle. C’est un système de capitalisation géré par de grands fonds de pensions. Le montant de la retraite progresse selon les contributions annuelles, et la bonne gestion du fond de pension.

Un troisième niveau est individuel, ou bien dans le cadre de l’entreprise, ou bien de sa propre initiative. Là encore il s’agit d’une capitalisation pure et simple, disponible à son départ effectif en retraite, soit en capital ou en rente pendant 10 ans le plus souvent.

En France aussi, on peut distinguer trois niveaux de retraites. Le système est lié à l’histoire de la sécurité sociale de l’après guerre. Ce sont les partenaires sociaux qui en ont la responsabilité. Son financement était assuré exclusivement par les charges sociales sur les salaires (salariés et employeurs). Devenu insoutenable en terme d’augmentation du coût du travail, de nouvelles charges sociales ont été créé pour élargir le financement à l’impôt. Michel Rocard avait fait voter la CSG (Contribution Sociale Généralisée) et Nicolas Sarkozy, la TVA sociale. Les tentatives de remise à plat de ce système complexe, ont toutes échouées, suite à des conflits sociaux insurmontables.

Le niveau de base des retraites dépend d’abord de son régime général de retraite, dont on ne sait plus très bien le nombre. J’ai lu 36, 42… peu importe, c’est bien plus qu’un seul régime universel, vous en conviendrez. Ce qui vaut pour un régime ne vaut forcément pas pour un autre.

C’est relativement simple pour ceux qui ont exercé dans la même activité salariée toute leur vie. Il faut justifier d’un nombre de trimestres de cotisation, et le calcul se fait, soit sur la moyenne des 25 meilleures années, soit sur la dernière année, pour les employés des services de l’état. Par ailleurs, il y avait une grande disparité d’âge de départ à la retraite, en fonction des métiers, et des statuts. On peut espérer que ce sera remplacé par une reconnaissance de la pénibilité au travail, et l’espérance de vie dans les professions les plus pénibles.

Le niveau deux est une retraite complémentaire par points (AGIRC ARRCO). Les points attribués sont convertis en retraite complémentaire selon la valeur du points à la date du départ.

Les régimes généraux et complémentaires sont par répartition, financés par les cotisations sociales des actifs. La capitalisation, maintes fois proposée pour alléger la change de l’état, a toujours été rejetée par les partenaires sociaux.

Un troisième niveau est le plus souvent réservé à l’encadrement, il consiste en un système de capitalisation individuelle proposé par l’entreprise. Il aboutit à une rente, ou bien un retrait du capital au départ en retraite.

Le premier constat, comme souvent entre France et Scandinavie, c’est que le Danemark vote une loi qui s’appliquera dans 15 ans, pendant que nous combattons pour en défaire une de l’année dernière. Les Scandinaves se font confiance et se projettent, quand nous préférons nous arquebouter sur nos indépassables acquis et nos dogmes politiques. Par exemple, le financement par capitalisation qui a permis d’alléger le financement par l’état au Danemark et en Suède, est un tabou politique chez nous, même partiel.

Les systèmes de retraites au Danemark et en Suède ont été refondé il y a environ 20 ans. Nous reportons l’échéance depuis 30 ans, et persistons à amender le nôtre, pourtant obsolète, par petites touches, toujours suspectées de politique partisane. Les tentatives de réformes de fond n’ont jamais fait consensus comme chez les Scandinaves. En 1995 un blocage d’un mois a eu raison de la réforme que portait Alain Juppé, en 2020 Emmanuel Macron renonçait à une réforme majeure qui nous rapprochait du système Scandinave, un seul régime de retraite pour tous. L’épidémie de Covid ne permettait plus de s’épuiser dans un nouveau conflit, devenu inéluctable. En 2022, on est revenu à des ajustements paramétriques économiques de court terme, report de l’âge sans simplifications, ni changements majeurs de notre système toujours aussi fragmenté et injuste.

Un deuxième constat est que l’état et les partenaires sociaux Scandinaves se sont répartis clairement les mandats et les niveaux de responsabilités. L’état (le parlement élu) est responsable de la retraite de base de tous les citoyens. Les partenaires sociaux, seuls, ne représentent pas l’ensemble des citoyens, mais les salariés des branches professionnelles d’activité. Ils ont de fait la légitimité pour les négociations par branches d’activité et l’état ne s’en mêle pas, ou peu. Chez nous, c’est un combat de chefs incessant, les syndicats et le patronat ont la responsabilité de tout le système, bien qu’ils ne représentent pas tous les citoyens. Ils ne s’entendent sur presque rien. Ils demandent à l’état d’arbitrer en permanence, et de payer la facture. Le système s’est ainsi développé par clientélisme, régime par régime. Les catégories les mieux représentées sont aussi les mieux servies.

Enfin, le constat que la question sur l’âge de départ en retraite n’a pas de bonne réponse, ni en Scandinavie, ni en France. Ce n’est qu’un des paramètre qui ne peut être isolé des conditions de travail. Il s’agît de construire le meilleur compromis économique et social possible, de s’assurer du cadre de vie que l’on veut, peut offrir à tous les citoyens d’un pays, sans trahir les générations futures. Bien entendu, il faudra aussi mieux tenir compte de la grande différence entre les métiers, dont certains sont usants et pénibles. Il n’est pas de bonnes règles qui ne méritent d’exceptions.

Ceux qui exercent une activité qui les motivent ne souhaitent pas prendre leur retraite. Soit parce qu’il s’agit d’une passion, plus que d’une profession, soit parce qu’ils exercent leur profession dans un cadre social et hiérarchique motivant, qui respecte chacun. Il sera sans doute essentiel demain, d’accompagner le recul de l’age de la retraite par un aménagement des tâches et des responsabilités dans ce sens. La transmission des savoirs peut en bénéficier, par exemple.

De ce point de vue, les pays Scandinaves ont des longueurs d’avance. Ils offrent des relations sociales bien plus apaisées, négociées, et de meilleures conditions de travail pour les familles. Les rapports hiérarchiques y sont bien moins verticaux que chez nous, et la productivité, plus souvent collective. Ça se traduit dans les faits par un taux d’emploi des seniors bien plus élevé. C’est probablement ce qui fait la plus grande différence dans notre façon d’aborder la question de l’âge du départ à la retraite. Lorsque le niveau de stress physique et moral devient insupportable, même un départ à la retraite à 60 ans est beaucoup trop tardif.

Idéalement, il serait bienvenu d’offrir une certaine flexibilité individuelle. Par exemple, en Suède, il est possible de choisir de prendre sa retraite dès 63 ans, mais les conditions sont bien moins favorables que pour un départ à l’âge dit « normal » qui est maintenant fixé à 67 ans. Aucun pays n’a de recette miracle.

Copier les solutions Scandinaves ne suffira pas, sans en comprendre les méthodes de négociations, et le dialogue social pragmatique. A nous de les améliorer dans une version adaptée à notre culture Française, qui ne soit plus l’exclusive de la lutte des classes.

VDS

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