En dépit des purges brutales parmi ses partisans, des millions de morts en Union Soviétique pendant les années du pouvoir absolu de Staline, de 1925 à 1953, Poutine et sa clique n’ont de cesse de réhabiliter leur mentor.
Selon une estimation de médias indépendants, 105 des 120 monuments en l’honneur de Staline aujourd’hui en Russie, ont été érigés depuis que Poutine est arrivé au pouvoir, en 1999. Le nom de Joseph Staline regagne les espaces publics et les esprits, silencieusement.
La ville de Moscou vient de dévoiler un bas relief en l’honneur de Staline dans sa station de métro Taganskaïa. Ce bas relief, installé initialement en 1950 fut démantelé dans les années 1960, lors de le dé-Stalinisation de l’Union Soviétique survenue après sa mort. Le nouveau bas relief a été dévoilé quelques jours seulement après les célébrations du 9 Mai, marquant les 80 ans de la victoire sur le régime Nazi. La posture idéologique est flagrante. (Voir article du MoscowTimes en bas de page).
Cent ans après la prise de pouvoir par Staline en Union Soviétique, Poutine dit considérer la demande du parti communiste de redonner à la ville de Volgograd, son nom précédant: Stalingrad. Il a déjà fait changer le nom de l’aéroport. Cette ville fut le théâtre de la bataille éponyme, la plus meurtrière de la seconde guerre mondiale. Les troupes d’Hitler y ont été défaites après des combats acharnés contre l’armée rouge, faisant des centaines de millier de morts en 6 mois, et dans chaque camp. Tout un symbole pour le pouvoir actuel.
Cette ville du Sud Ouest de la Russie se nommait Tsaritsyn depuis des siècles. Elle fut nommée Stalingrad (« ville de Staline », « ville d’acier ») en 1925, en l’honneur du nouveau leader Soviétique. Elle devint le symbole d’une résistance héroïque en 1942/43, ou d’un massacre sans précédent de vies humaines, c’est selon. En 1963, son nom fut changé une nouvelle fois pour Volgograd (« ville de la Volga »). A cette époque, l’Union Soviétique souhaitait se défaire de l’image terrible de la dictature sanguinaire de Staline. C’est oublié.
Poutine est né quelques mois seulement avant la mort de Staline, il a grandi dans sa nostalgie. Il s’est forgé dans l’héritage du NKVD de Beria, qui devint KGB, puis FSB. La généalogie complète des services secrets puissants du Kremlin. Il s’est défait du communisme « Marxiste-Leniniste » cher à Staline, pour rejoindre une idéologie Russe Orthodoxe, plus en vogue après la chute de l’Union Soviétique. On ne détruisait plus les églises, elles ont été reconstruite avec faste.
La grandeur historique de Staline le fascine, ainsi que son pouvoir absolu. Il raconte les victoires de longue haleine de Pierre Le Grand contre la Suède, et plus encore celles de Staline contre les Nazis. Il en justifie ses atermoiements avec l’Ukraine.
Peu lui importe que la collectivisation de Staline soit responsable de millions de mort dans les républiques Soviétiques, dont l’Ukraine (Holodomor de 1932/33). Peu lui importe que Staline ait signé un pacte avec Hitler. Peu lui importe qu’il ait fait détruire nombres d’églises Orthodoxes, que Poutine fait reconstruire et fréquente aujourd’hui, bien en vue dans les media. Staline est le héros qui a vaincu le Nazisme, et le dernier grand représentant d’une Russie puissante. L’ancien peuple communiste lui est encore acquis, au moins dans cet inconscient collectif prêt à renaître.
Le cynisme sournois de Poutine est sans limite. Staline est une figure idéale qui lui permet de s’aliéner les contraires qu’étaient les communistes, et les Orthodoxes. Honorer le nom de Staline est habile pour capter les faveurs des anciens communistes et des nationalistes. Osera t’il faire renommer Volgograd?. St Pétersbourg honore déjà les Tsars des « Russes blancs », alors pourquoi pas Stalingrad pour honorer la ville devenue héroïque, du Tsar rouge?
Lui, qui va peut-être battre le record de longévité au pouvoir, se voit comme la synthèse des deux, dans son rêve de postérité.
Il a manipulé tout le monde, depuis son accession au pouvoir, à commencer par ses proches qu’il a souvent contraint à l’exil, ou envoyé à la mort. Le fait est qu’il ne négocie jamais, que pour acter une domination. Ce fut celle sur les Tchétchènes, puis celle sur les Géorgiens, et depuis 2004 déjà, il veut celle sur les Ukrainiens. Il a commencé par faire empoisonner un ennemi politique avant une élection, puis s’est emparé de la Crimée, du Dombass, et maintenant veut bien d’avantage. Et après?
Il a reconstruit patiemment le mythe de la « Grande Russie », éliminé tous ses opposants. Depuis 25 ans, il mythifie chaque année un peu d’avantage, la victoire sur le Nazisme, celle de son héros, Staline. Les défilés militaires sur la place rouge sont de plus en plus imposants, cette fois en présence de Xi, Lula et quelques Européens « non alignés ».
Malgré les vantardises dont il est coutumier, Donald Trump s’est fait balader par Poutine, comme tous les autres. Pas plus de paix en Ukraine en 24 heures, que de celle promise en 100 jours. Poutine dicte ses exigences avec un cynisme Stalinien. Une rencontre avec le chef d’état Ukrainien n’est envisageable qu’après que l’Ukraine ait accepté toutes les conditions posées par la Russie, pieds et poings liés. Une position de force, en apparence, mais aussi le signe d’un isolement inexorable, d’une confiance redevenue impossible.
Poutine devrait méditer la fin de la vie de Staline, qui avait franchi les portes de la démence paranoïaque. Il prend le risque de le rejoindre dans le même abysse, et n’en est plus très loin.
« La lutte de l’homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l’oubli. » Milan Kundera.
VDS

Laisser un commentaire