International | Le chef de la maison blanche déclare la libération de la mondialisation

Moins de trois mois après son investiture, Donald Trump impose son programme au pas de charge. Réduire la dette Américaine a tout prix. Il a promis aux Américains de les faire redevenir riches, très rapidement.

La méthode est simple, directe, brutale. A l’intérieur, des coupes budgétaires massives et immédiates, conduites par son dévoué Elon Musk, envoyant des milliers de fonctionnaires au chômage. A l’international, des droits de douanes, tous azimuts. Déstabiliser, ouvrir des négociations avec chaque pays, dans une position de force, afin d’imposer ses conditions. Le premier effet est celui d’une panique du milieu financier, qui redoute maintenant une récession. Les bourses ont plongé, partout de plus de 10% en deux jours seulement. Des centaines de milliard évaporés. Les entreprises Américaines sont les premières à être affectées. Beaucoup se demandent déjà si Trump ne venait pas de se tirer une balle dans le pied.

L’hystérie médiatique déclenchée par la mise en scène des annonces du nouvel autocrate nous ferait presque oublier l’essentiel. Plus que la conquête des marchés, c’est la conquête des esprits qui est la plus redoutable. L’indécent redevient acceptable, les valeurs internationales de l’après guerre sont renversées. L’isolationnisme doit remplacer la mondialisation, quoique son histoire tragique nous ait appris. C’était en 1930.

Sacrifier des communautés, désignées en bouc émissaire, sur l’autel d’une grandeur collective à reconquérir, est de nouveau perçu comme un mal nécessaire à court terme, pour un nombre grandissant de citoyens. Les principes de la démocratie sont détournés, les uns après les autres. La majorité se prend à rêver de sa part des nouvelles richesses promises, sans même se rendre compte que beaucoup feront partie des premières victimes, dès leur réveil.

Le mensonge répété devient la nouvelle vérité. Que les milliardaires au pouvoir se présentent comme des victimes économiques des autres pays, est peu crédible. C’est pourtant le discours qui est asséné depuis des mois. Ils font de leur propre enrichissement, la condition première à l’enrichissement de l’Amérique. Que des calomnies d’influenceurs racistes servent de justification à des évictions de haut responsables (NSA, NASA, …), n’étonne plus personne. Que mème l’Intelligence Artificielle de l’entreprise d’Elon Musk (X Ai) confirme qu’Elon Musk est un menteur invétéré et alimente les « fake news », a de quoi surprendre. Nul doute que les algorithmes seront vites rectifiés. Le flux des mensonges qui nous submerge est tel qu’on n’y prête plus attention, ils sont devenus la nouvelle norme.

La cupidité comme boussole économique. La réthorique de la cupidité est d’une simplicité désarmante. Tout ce qui vient de l’étranger (immigrés, produits importés) et l’administration fédérale, coûtent beaucoup trop cher aux Américains. Pour que l’Amérique s’enrichisse à nouveau, il suffit de les réduire au minimum. Pour ponctuer cette caricature, Donald Trump vient d’annoncer un passe droit « fantastique »: une carte « gold » qui donnera un droit de résidence à vie aux États Unis, à toute personne qui en fera l’acquisition pour 5000000$. Le cynisme est à son comble. Le président part jouer au golf en Floride, comme chaque semaine, au frais de ses citoyens.

Le conflit d’intérêt n’est plus. Un des principes en démocratie est d’empécher les conflits d’intérêt, afin de préserver des contre pouvoirs. Que dire de la mission d’Elon Musk auprès de Trump? Il n’est pas élu, sacrifie brutalement des pans entiers de l’administration fédérale. Par ailleurs, à la tête de la première fortune mondiale, son entreprise Tesla a bénéficié d’énormes subventions de très nombreux pays, favorisant l’acquisition de véhicules électriques. Son entreprise Space X (fusées) fait partie d’un appel d’offre gigantesque de l’Etat Américain. Je ne connais pas de plus grand conflit d’intérêt dans une démocratie. Les États Unis sont ils encore une démocratie libérale?

L’état de droit est renversé, c’est une « chasse aux sorcières ». Donald Trump, s’il n’avait pas été élu, devrait répondre de la mort de cinq personnes, dont un policier, pendant l’assaut du Capitole en Janvier 2021. Il n’a cessé de clamer, sans preuves, que Biden avait volé son élection, qu’il était victime d’une « chasse aux sorcières des méchants juges gauchistes ». Un argument qu’il répète inlassablement pour se défendre, gracier tous les émeutiers violents du Capitole, et défendre ses amis… même ceux qu’il dit ne pas connaitre. Cette semaine, c’est à Marine Le Pen que Trump et Musk adressent leur soutien sans faille. Ils ne parlent jamais des délits commis, une pure invention des méchants juges, selon eux, qu’en savent ils?

La constitution n’est plus sacrée. Selon la constitution Américaine, Donald Trump ne peut se présenter pour un troisième mandat. Pourtant, il laisse déjà entendre qu’il le souhaite, et l’étudie. Pour moi qui ai vécu à Moscou lors de l’élection de Medvedev, ce laquais de Poutine qui lui permit de contourner la constitution Russe, c’est un très mauvais signal qu’envoie Donald Trump. Clairement, il suit les traces de son ami Russe, auquel il doit sa première élection. Poutine s’est installé à vie au Kremlin, depuis 1999.

Annexer un pays voisin redevient possible. Donald Trump avait promis la fin de la guerre en Ukraine, mais ses déclarations agressives envers le Groenland, Panama et le Canada n’ont fait que légitimer la prise des territoires Ukrainiens par les Russes… qui prennent leurs aises, dans l’espoir d’élargir leurs conquêtes autant que possible. La Chine ne demandait pas mieux pour passer à l’action et s’emparer de Taiwan, une question de temps. C’est l’idée même des Nations Unies, de l’interdiction d’annexer un autre état, qui est à terre. La loi du plus fort reprend ses droits, contre les états de droit.

La réthorique de « la libération de la mondialisation » est efficace, au moins dans un premier temps. Elle s’aliène tous les populismes nationalistes de droite et de gauche, capte toutes les colères que la mondialisation suscitait. Aucun peuple ne va contre la quête d’une liberté et un enrichissement promis. Chacun est prêt au sacrifice pour les atteindre, tant qu’il ne réalise pas faire partie des groupes sacrifiés. La réalité ne va pas tarder à se révéler, elle pourrait être très chaotique.

Donald Trump, l’ultra libéral, est devenu un autocrate. L’impensable vient de se produire, il vient de dynamiter le libéralisme qui a fait le succès économique des Etats Unis depuis 1945. La maison blanche ressemble de plus en plus à un hôpital psychiatrique, duquel tous les médecins auraient été congédiés par Elon Musk, que personne n’a élu.

« Lorsqu’un fou emménage au palais, il ne devient pas roi… »

VDS

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