« Chez nous, par plaisanterie, on parle de la rencontre de deux solitudes. Celle de Donald Trump et celle de Vladimir Poutine. Trump, après sa réélection, s’est mis à copier Poutine. Il a dit qu’il voulait annexer le Groenland, le Canada et le Panama. Poutine s’est rendu compte qu’il allait pouvoir trouver un nouveau terrain d’entente avec cet homme. Pratiquement, cela veut dire que l’Ukraine sera partagée par l’Amérique et la Russie. »
Andrei Kourkov, écrivain Ukrainien, Février 2025
Ces mots de Kourkov étaient écrits avant la rencontre entre le président Ukrainien et le président Trump à la Maison Blanche, accompagné de son vice président Vance. C’est bien de cela dont il s’agît. La nouvelle diplomatie Américaine précipite désormais brutalement un rapport de force économique, quasi colonial, pour l’exploitation des terres rares et des sources d’énergie. Quitte à se faire l’alliée objective de Poutine, elle reprend la propagande Russe à son compte. Il devient de plus en plus évident que Poutine a rappelé à Trump qu’il lui doit sa premiere élection en 2016. Cette année là, Zelenski n’était pas le président de l’Ukraine, mais la Russie s’était déjà emparée de la Crimée, depuis 2014.
Il y a trois ans déjà que Poutine a, une fois encore, tenté de prendre le contrôle de toute l’Ukraine. Le 24 Février 2022, c’est par la force d’une invasion militaire massive, qu’il espérait asservir l’Ukraine en quelques jours. Des centaines de milliers de soldats et de citoyens des deux pays sont morts depuis, et les combats font toujours rage, laissant les deux armées exsangues. Comment arrêter ce massacre avant qu’il ne s’internationalise d’avantage? La réponse de Trump est simple, s’entendre sur des transactions économiques, en échange d’un deal territorial. Poutine est ravi, il n’entend pas restituer les territoires déjà conquis. Il refuse toute négociation avec Zelenski.
Trump a fait le travail pour discréditer Zelenski en l’humiliant à plusieurs reprises ces derniers jours. Cette fois, en direct depuis la maison blanche, à deux contre un, et sans interpréte. Une première question de journaliste pour donner le ton, un premier reproche d’ordre vestimentaire. Un « grand moment de télévision » dira Trump avant d’interrompre la rencontre, devant le monde entier, convié à témoin. Vance, le déjà prétendant à la succession de Trump dans 4 ans, s’y est montré plus odieux encore que le maître des lieux. Il ne manquait que Musk et sa nouvelle tronçonneuse. On comprend mal qu’il n’ait pas été convié à ce show de « télé réalité ». Les officiels Russes ont déjà félicité Trump et son show, je cite, «… pour sa remarquable retenue face au salopard de Zelensky… ». Tout est dit, la soupe est servie.
Trump vise sans doute à provoquer un changement d’interlocuteur pour l’Ukraine, plus compatible avec le Kremlin… et peut-être aussi déjà, à la signature d’un nouveau traité à Yalta. Un traité qui permettrait des investissements Américains majeurs avec les deux pays, tous deux riches en terres rares et nombreuses autres ressources.
L’américain est un businessman accompli, impulsif et brutal, il veut aller vite. Il provoque inlassablement jusqu’à imposer des transactions qui lui soient favorables. Poutine transpire son passé d’espion du KGB, il s’est montré sournois, calculateur et patient, depuis son accession au pouvoir en 1999. Il a démontré une brutalité sans limite, contre toute forme d’opposition. Son obsession pour l’Ukraine date probablement de la chute de l’Union Soviétique en 1991. Depuis, il n’a cessé d’interférer dans les élections Ukrainiennes. Dèjà en 2004, il y a de très fortes présomptions d’une participation active du Kremlin à l’empoisonnement de Viktor Yuchenko, alors candidat pro Européen a la présidence Ukrainienne. Je vivais à Moscou et me rappelle très précisément de la propagande massive en Russie, pour le candidat pro Russe Yanukovich. L’autre n’existait pas. Le pouvoir du Kremlin n’a jamais accepté que l’Ukraine ne soit plus sous son contrôle, comme il est intervenu en Géorgie en 2007, et pour défendre le pouvoir du dictateur Biélorusse Lukachenko, lorsqu’il fut menacé.
L’Américain raisonne en territoires et richesses économiques immédiates, le Russe en idéologue souverainiste et impérialiste séculaire. Les deux se retrouvent sur un retour aux valeurs traditionnelles ancrées dans la religion, et leurs intérêts communs à court terme. La démocratie n’est plus à l’ordre du jour. En Russie, elle ne l’a jamais été avec Poutine, et maintenant la question est posée par l’accession de Trump à la présidence US, et ses méthodes autocratiques brutales.
Ces deux monstres ont su s’aliéner les foules comme d’autres fascistes avant eux. Ils prétendent maintenant mettre fin à la guerre en Ukraine, quoique les Ukrainiens en disent. Par un renversement insensé, les victimes Ukrainiennes sont désignées comme les responsables du conflit. Les relations entre Trump et Poutine ne sont pas nouvelles, ils ont à l’évidence scellé un pacte. Pour l’Américain des « deals économiques formidables », et pour le Russe une reprise en main de l’Ukraine, maintenue hors de l’Otan, voire de l’Union Européenne. D’une part, de larges portions de territoires sont déjà annexées, de fait. D’autre part, Poutine peut nourrir l’espoir d’une déstabilisation de l’Ukraine en vue de faire émerger un nouveau pouvoir plus favorable à la Russie, issu d’un désordre provoqué. Il sait se montrer patient. Pour réussir, Trump et Poutine devront écarter Zelenski, l’Union Européenne et l’Otan de leur feuille de route. Le fait accompli plutôt qu’une négociation.
L’histoire rescelle de pactes cachés, d’alliances contre nature sur des objectifs à court terme. Ils se sont souvent transformés en problème bien plus grand encore. Que l’on se réfère aux accords de Munich, ou bien au pacte de non agression en Europe, l’histoire nous montre qu’une des parties finit toujours par prendre le dessus de façon dramatique. A supposer que les « deux solitudes » parviennent à leur fin, qui de Poutine ou Trump dominera cet accord, et quel en sera le prix, pour l’Ukraine, pour l’Europe et le reste du monde?
La rencontre d’hier précipite tous les agendas dans une course effrénée. Trump entend bien garder la main sur son calendrier, que lui seul connait. Le partage t’il avec Poutine?
Les prochains jours seront déterminants pour l’Europe. Est ce que les pays Européens parviendront à s’unir pour peser enfin auprès de l’Ukraine? Le temps presse. Viktor Orban, l’inspirateur de Trump, comme à son habitude, fait entendre sa petite musique différente. Il propose d’ouvrir des négociations entre l’UE et Poutine, espérant tirer avantage du chaos ambiant.
Le revirement de Trump au secours de la Russie, fut il temporaire, doit nous servir d’avertissement. Il nous faudra aussi apprendre à nous émanciper graduellement de la dépendance militaire des États Unis pour protéger l’Europe.
VDS

Laisser un commentaire