Russie | Vosstanovleniye imperii

Perestroïka et Glasnost (construction et libre circulation de l’information) sont devenus des mots Russes familiers sous la présidence de Mikhael Gorbatchev. Ils reflétaient une ouverture sans précédent de la Russie vers la liberté et la démocratie.

Et puis il y a eu ce coup d’état manqué, l’arrivée de Boris Eltsine escaladant un char dans le centre de Moscou. Tout a basculé à nouveau, insidieusement. Les oligarques se sont servis, la corruption s’est intensifiée, et un loup a fait son entrée sournoise dans la bergerie.

Un officier du KGB, service du renseignement post Stalinien, anciennement en charge à Berlin s’est vu confier la direction du nouveau FSB, Service Fédéral de Sécurité. Devenu proche conseiller du président, puis nommé président du gouvernement par Eltsine en 1999. Tout le monde pensait que cet homme sans caractère serait le parfait exécutant de décisions prises par d’autres plus brillants. Il patienta docilement jusqu’à se faire élire successeur de Boris Eltsine à la tête de la Fédération de Russie. A peine l’élection passée, il se montra d’une ingratitude féroce envers l’ex-président, l’invitant à diluer son chagrin dans la vodka et à s’estimer heureux de son sort. Il s’empressa aussi de condamner à un exil immédiat celui qui avait recommandé son intronisation, Boris Berezovsky. Sinon….

La marionnette venait de tuer ses marionnettistes!

Tout le monde connait la suite, et chaque jour nous rapproche du dénouement 24 ans plus tard, dans le fracas des bombardements et de sa propagande absurde. Ce tsar grotesque nous aura offert son « coming-out » peu avant son 70 ième anniversaire.

Personne n’avait mesuré l’ampleur de l’humiliation qu’il a vécu à la chute du mur de Berlin, et pendant les années Gorbatchev. Il n’a pas daigné assister à ses funérailles, c’est dire.

L’empire Soviétique qu’il servait avec zèle s’est effondré. Sa mission serait de le restaurer et d’anéantir ses ennemis, sans jamais se révéler, ni reculer. Le point de non retour est maintenant largement dépassé. C’est sans doute ce qui constitue le pus grand danger à court terme.

Son idéologie est très flexible, opportuniste. Tel un caméléon il a adopté la couleur appropriée pour se dissimuler et attendre son heure. Au service du communisme soviétique pur et dur jusqu’à son effondrement, il n’a pas hésité a trouver un refuge complaisant dans les églises orthodoxes, jusqu’à en construire de nouvelles!… Pour un communiste, il fallait oser!… Et puis la traque brutale des « terroristes Islamistes Tchéchènes » pour finalement s’acoquiner avec le plus brutal d’entr’eux, Ramzam Karidov qui le sert aujourd’hui en Ukraine. Pour faire court, un terroriste Islamiste adoubé par le tsar qui combat des frères Orthodoxes.

Son sens moral aussi est très flexible. Sa nouvelle appartenance à l’orthodoxie lui a servi de caution. Sa lutte apparente contre la corruption a justifié son appropriation de tous les biens et moyens de l’état, qu’ils soient juridiques, législatifs ou financiers. La seule corruption tolérée est la sienne et celle de ses fidèles courtisans. Le sort de ceux d’un avis contraire n’est plus à démontrer.

La méthode elle, est très constante. C’est ce qui le caractérise le mieux. Elle se résume en trois lettres, qui furent KGB, devenues FSB (service fédéral du renseignement). En héritage du tristement célèbre NKVD de Beria qui dirigea la grande purge pendant le règne de Staline. Depuis plus de 20ans, Poutine n’a cessé de réhabiliter celui, qui au prix de sacrifices humains incommensurables, défia Hitler lui-même et sa troupe NAZI… ah bon?! comme en Ukraine alors?!…

Cet artisan du renseignement répète le mème geste qu’il exécute de façon plus diabolique encore que la veille. Son geste a atteint une perfection, mais il ne crée rien, il détruit des vies, s’approprie. Mensonges et brutalités sont devenues les raisons d’être de cet homme de plus en plus seul. Il y a fort à parier qu’il devra tôt ou tard lancer une purge dans son cercle, au Kremlin même. Sa guerre éclair devient interminable. Les appétits s’aiguisent. La défiance est toujours redoutable en Russie. A moins que ce ne soit lui qui termine avec un long couteau planté dans son dos, pas si simple quand on est invité à s’assoir à l’autre extrémité de la table ovale…

Il se voit en Empereur conquérant de la Russie immortelle, tel Ivan le Terrible, Pierre Le Grand, il n’est que le restaurateur sans idées d’un empire déliquescent. Il applique la seule méthode qu’il maîtrise, odieusement obsolète. Il court à sa perte et accélère le pas.

VDS

PS: lectures recommandées.

  • « Le mage du Kremlin » de Giuliano Di Empoli.
  • « Red notice », ou « Notice rouge » de Bill Browder. L’histoire du cas Magnistskyi et du « Magnitskyi act »
  • « Freezing order » ou « Le règne de glace » de Bill Browder.

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