L’année 1966 fut marquée, en France, par le succès d’une chanson interprétée par Jacques Dutronc. Avec beaucoup d’humour, il nous racontait son égo de Parisien, face à la croissance vertigineuse de la population mondiale, qui venait d’atteindre les 3 milliards d’êtres humains. « 700 millions de Chinois, et moi, et moi, et moi… Avec ma vie, mon petit chez-moi… Mon mal de tête, mon point au foie… J’y pense et puis j’oublie… C’est la vie, c’est la vie… ».
L’époque était insouciante, dans l’après guerres mondiales, et guerres de décolonisation, en Algérie et ailleurs. Le monde économique tournait à plein régime. L’immigration était une nécessité économique, et le chômage n’existait pas. Les émissions de CO2, non plus. Seules ombres au tableau, de grandes famines, principalement en Afrique, et les affrontements idéologiques Est/ Ouest, le plus souvent aux origines de ces famines. On le comprendra plus tard. La jeunesse d’après guerre, très nombreuse, entendait profiter de cette croissance sans précédent. Un vent de liberté, de jouissance sans entraves, se mit à souffler. Il faudra attendre le début des années 1970 pour voir poindre une avant garde de jeunes ingénieurs sonnant l’alerte générale. Ils modélisèrent, pour la première fois, les conséquences pour la planète, des chemins empruntés par la croissance économique d’alors. Leur diagnostic était sans appel, si on ne changeait rien, les limites de la croissance ne tarderait pas à s’imposer, qu’on le veuille ou non (« The limits to growth », Mars 1972). Nous regardions tous ailleurs.
Depuis 1966, et la chanson de Dutronc, nous n’avons pas encore pris conscience des changements drastiques qui se sont opérés. Nous continuons de regarder le rétroviseur… Pourtant, en 2022 la population en Chine était de 1,4 milliards d’individus, le double du décompte de 1966… mais pour la première fois, ce n’était plus un accroissement, mais une baisse en comparaison de l’année précédente. Dans les mois qui ont suivi, la Chine perdait sa place de pays le plus peuplé au monde, dépassée par l’Inde. Tout un symbole.
En élargissant le point de vue à la population mondiale, le symbole de la courbe démographique Chinoise prend toute sa signification. La fin de la croissance démographique sur notre planète est plus ou moins inéluctable… sauf à un retournement de situation, qu’il est très difficile d’imaginer. Il est plus probable que la décroissance démographique s’accélère, plutôt que l’inverse. Aujourd’hui, les projections mathématiques nous indiquent un pic de population mondiale à 10,4 milliards d’êtres humains à l’horizon 2090. Ce n’est plus une science fiction très lointaine.
La population mondiale a atteint 1 millard d’individus en 1800, puis 3 milliards en 1960. Pour rappel, nous venons de passer les 8 millards, en fin de 2022. Selon les projections actuelles (Nations Unies), elle atteindra un maximum de 10,4 milliards, avant de décliner à partir de 2090.
On devrait y voir une bonne nouvelle!… Après tout, une baisse du nombre d’humains permettra à notre planète de reprendre son souffle, et de reverdir.
Jusqu’ici, les politiques et leurs peuples rejettent ce point de vue. A la peur du manque de ressources pour nourrir toutes les bouches, des années 1970, a succédé la peur du déclassement des classes moyennes des années 2000, et du remplacement par d’autres cultures, ou de plus pauvres que soi… En effet, si la tendance à la décroissance démographique est amorcée partout, tous les pays ne sont pas dans la même échelle de temps. Certains pays « dits développés » connaissent déjà des baisses significatives de population, alors que d’autres sont encore dans une phase de croissance démographique. Il s’agît principalement des pays d’Afrique sub Saharienne et du Pakistan.
Le paradoxe est tel que chaque pays cherche des solutions pour favoriser la natalité chez soi, tout en agitant le spectre d’une surpopulation mondiale, chez les autres… Hélas, les électeurs eux même apportent leur soutien aux leaders les plus alarmistes. Au bout de ce chemin là, les dictateurs se sentent plus fort, et tentent leur chance. Plutôt que d’attendre un hypothétique bénéfice d’une politique nataliste, il est plus rapide de s’accaparer un pays voisin. C’est d’autant plus tentant si le voisin est hautement assimilable culturellement, une opportunité « justifiable » historiquement. De ce point de vue, la Russie et la Chine cochent toutes les cases. Les deux pays sont maintenant en très net déclin démographique. L’Ukraine est un pays Slave de 40 millions d’âmes, c’est 30 % de population en plus pour la Russie, s’ils venaient à être annexés. Mieux encore, un renforcement des ethnies « Russes blanches » sur celles musulmanes (avec plus d’enfants) du Sud de la Russie. Un des premiers crimes de guerre Russe était de déplacer des enfants Ukrainiens en nombre!… Un argument bien plus lourd à mes yeux que les pseudo manquements de parole donnée par l’Otan. Plus à l’Est, la Chine a besoin de relancer son économie, qui s’est enrayée sévèrement à la suite de la crise de la Covid. Taiwan est une puissance moyenne économique non négligeable, et son peuple est très éduqué. Là encore, une annexion serait d’un avantage économique et culturel immédiat, indéniable.
Aux Etats Unis, comme en Europe, on ne compte plus les débats centrés sur l’immigration. C’est à l’agenda de presque toutes les élections à venir. Les parlements d’un grand nombre de pays, Danemark, Italie, Suède, Allemagne, Pays Bas, Royaume Uni et maintenant en France, ont débattu de nouveaux durcissements des conditions d’accueil, ou de renvoi aux frontières. En Italie, Espagne, Portugal et Allemagne, la baisse de la population et son vieillissement sont déjà une réalité. Dans d’autres pays d’Europe, dont la France et la Suède, comme aux États Unis, la population augmente encore légèrement, mais c’est en grande partie lié aux entrées dans le pays. Les économies vont tôt ou tard avoir besoin de main d’oeuvre, mais les électeurs n’en veulent plus. Chacun espère que les flux migratoires échouent chez d’autres, ne sachant comment les prévenir. Le temps n’est plus à l’accueil ni aux solidarités, mais au repli national, chacun pour soi… au réarmement.
Loin de chez nous, un pays est déjà engagé sur cette voie de déclin démographique sans immigration, depuis plus de 10 ans. La population du Japon a atteint son pic en 2010 (128 millions). Le décompte est de 123 millions en 2023, soit 5 millions de moins, en 13 ans. C’est bien plus que la population des agglomérations de Marseille et Lyon réunies!… Le Japon est aussi le pays ou l’âge médian est le plus élevé au monde (49,6 ans). Autant de Japonais plus âgés, que ceux plus jeunes… Si la natalité ne change pas, et que l’immigration reste au niveau actuel (quasi nulle), ils seront alors moins de 80 millions en 2100, et l’âge médian sera alors supérieur à 55ans. Nul doute que le Japon servira d’observatoire économique et social pour de nombreux autres pays d’Europe et dans le monde.
VDS

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