In english

Emeutes | Dogmes et déni sont de puissants narcotiques en politique

Notre pays vient de connaître une nouvelle colère résultant en émeutes urbaines violentes et destructrices. L’émotion suscitée par la mort de Nahel était un déclencheur puissant et compréhensible. Elle ne suffit pas à expliquer la nature de la crise, et en aucun cas à la justifier. N’y aurait il d’autres choix que de prendre le parti de l’ordre et défendre la police, quelles que soient les fautes commises? ou bien celui de la révolution, niant les difficultés criantes de la mission des policiers?

Au delà de cet évènement tragique, pour lequel c’est à la justice de se prononcer, il nous faut ouvrir les yeux sur quelques faits qui s’imposent à nous. Oui, les forces de sécurité en France ont des pratiques parmi les plus violentes d’Europe. Mais aussi, le niveau de suicide dans leurs rangs y est en très forte hausse. Oui, de nombreux manifestants en France sont parmi les plus violents d’Europe, recourant à la destruction nihiliste sous des motivations obscures et contradictoires. Il semblent en recherche constante d’alibis pour remettre le couvert dès que possible. Et enfin oui, le budget de la justice n’est pas digne de notre démocratie, ce qui implique des délais insupportables pour les jugements et applications des peines. Tout interagît. Il en résulte que la France connait une population carcérale bien au dessus de la moyenne Européenne, et en constante augmentation. Ce cercle vicieux est bien en place, et il n’est pas récent. L’actuelle radicalisation des discours politiques n’aidera pas à sortir du déni, bien au contraire.

Après les émeutes, le “Financial Times”, repris par « Courrier International », a publié un article sur les données pertinentes de plusieurs pays en matière d’emploi, de géographie et de sécurité. Elles montrent de grandes différences entre les personnes d’origine étrangère et le reste de la population. Les écarts relevés entre différents pays tels que Etats-Unis, Royaume Uni, Allemagne et France, ne nous sont pas favorables (lien vers l’article en bas de page). Cet article interpelle tant sur sa forme que sur le fond. C’est un euphémisme d’écrire qu’Il émane d’un journal qu’on ne peut soupçonner de gauchisme révolutionnaire, ni de « wokisme ».

Le premier constat est que l’article se heurte au dogme Français qui interdit les statistiques ethniques. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir. Par de pareils objets, les âmes sont blessées, et cela fait venir de coupables pensées. » écrivait Molière pour son personnage Tartuffe… Tout est dit!… Je vis en Suède ou la statistique est partout, tout le temps, y compris ethnique. Ou es le problème?… Casser le thermomètre n’a jamais fait baisser la fièvre, au contraire, peut en retarder le diagnostic. Et puis, le Financial Times nous démontre que ces statistiques sont faites, une grande hypocrisie, de fait.

Sur le fond, l’article met en exergue la très mauvaise intégration, non seulement des immigrés récents (depuis moins de 10 ans), mais aussi de ceux installés depuis plus de 10 ans. Les grands plans pour la ville se sont succédés depuis les années 1980, mais les résultats sont très peu probants. J’ai vécu quelques années dans un quartier « sensible » au Sud de Paris il y a plus de 30 ans, et je constate qu’il a conservé les mêmes stigmates et une réputation tout aussi défavorable.

Ce qui a changé pour ces « ghettos économiques » toujours plus concentrés, c’est l’avènement des réseaux sociaux qui favorisent les échanges instantanés et en masse, de toute sorte d’émotions, de manipulations. Tout le monde s’y noie. Les modèles de réussite qui y circulent sont outrageusement clinquants, entr’autres, de richissimes joueurs de foot, des influenceurs popularisés par la télé réalité puis établis à Dubaï, et plus localement, des trafiquants en tout genre. Sans parler des médias eux mêmes, parfois manipulés à des fins politiques. On a pu voir les sbires de Tebboune, Erdogan… Poutine!… tenter d’y jeter de l’huile sur le feu… Des réseaux devenus dyssociaux, ou règne l’influence…

Ceux, pourtant les plus nombreux, qui résistent silencieusement aux courants de ce torrent médiatique, sont confrontés quotidiennement à des discriminations larvées. Ils sont trahis par leur nom, leur adresse, ou la profession de leur parent… ça n’est plus acceptable.

Nos deux extrêmes en politique vont encore tenter de nous vendre leurs dogmes, et prendre en otage l’assemblée nationale. D’un coté, on invoque déjà la nécessaire «guerre contre les nuisibles » et les « hordes sauvages ». De l’autre, on accuse l’état et sa police devenus fascistes contre « les victimes du colonialisme ». A chacun son coupable, sa dictature.

Notre histoire est ancienne et riche, elle est aussi ponctuée de nombreux dénis qui contredisent nos concepts. Pour rappel, trois exemples pas si lointains: la rafle du Veld’Hiv eut lieu en 1942, la responsabilité du gouvernement Français ne fut reconnue qu’en 1995 par Jacques Chirac. Les déserteurs du Chemin des Dames furent exécutés par l’armée Française en 1917, ils ne seront réhabilités par Lionel Jospin qu’en 1998, dans le tumulte et la contestation à l’assemblée nationale. Enfin, la répression meurtrière de la police Française en 1961 à Paris, dirigée alors par un certain Maurice Papon, vient tout juste d’être reconnue par Emmanuel Macron, c’était en 2021 !

La repentance historique n’a guère de sens, ce qui est passé ne peut repasser. Pour autant, couvrir d’un voile pudique les évidences que l’on ne veut pas voir, est un puissant narcotique qui nous enferme dans notre mémoire. Molière nous avait prévenu.

VDS

En 2015, une foule considérable soutenait la police, Place de la République à Paris. Tous Charlie.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *