Suède | Du bureau de vote, à l’arrêt de bus

La Suède était, pendant de nombreuses années, un des pays d’Europe qui a accueilli le plus de réfugiés. Il suffit de prendre le taxi pour appréhender les vagues successives venues au fil des conflits dans leur propre pays. Moyen Orient, Palestine, Pays d’Ex-Yougoslavie, Syrie, Somalie et bien d’autres. L’état y consacre encore des moyens humains et financiers généreux afin d’assurer le meilleur traitement possible aux nouveaux arrivants, et leur intégration rapide.

Comme partout, ces moyens accordés ont suscité des critiques grandissantes et le renforcement de partis politiques qui prônent un durcissement des conditions d’accueil, pour dire le moindre. Dans le Sud de la Suède, les contrôles aux frontières ont été réactivés, notamment sur le point de passage en train et voitures, le pont sur l’Öresund. Les dernières élections ont porté au pouvoir les « Démocrates Suèdois », qui, même s’ils n’ont pas intégré le gouvernement actuel des « modérés » (droite classique), y sont très influents.

Les premières mesures voient le jour, par exemple, doubler le salaire minimum requis pour obtenir un permis de travail. En d’autres termes, n’accepter à l’immigration qu’une main d’oeuvre hautement qualifiée. Bien entendu les « réfugiés politiques » sont toujours considérés, mais avec beaucoup plus de restrictions. La lutte contre l’Islam radical se renforce, et les provocations se multiplient. Insidieusement, la xénophobie fait son chemin, comme chez les voisins Danois devenu un des pays les plus durs d’Europe en quelques années, de ce point de vue.

Au quotidien, rien ne transparait d’évidence, mais les résultats des votes successifs ne laissent guère de doutes. La semaine dernière, et pour la première fois en 15 ans, j’ai pu en constater un de ses signes concrets. Je lisais un message ouvertement hostile dans un lieu public, sur le banc de l’arrêt de bus,

Le texte est explicite et répété, il signifie « Arabes dehors ».

Ce repli nationaliste n’est au fond pas très différent de la vague qui submerge l’Europe et le monde actuellement. Les tensions migratoires sont réelles, et les inquiétudes des classes moyennes face au risque de déclassement économique nourrissent leurs votes. Dans ce terreau fertile, chaque pays voit ressurgir du passé un nationalisme qui lui est propre. La vision de ce banc m’a immédiatement rappelé les livres d’Henning Mankell, « Meurtiers sans visages » écrit en 1991, ou « Tea bag » écrit en 2001. Dans ces deux livres, Mankell décrit les eaux agitées et troubles, sous la surface d’apparence calme des lacs Suèdois. Dans les deux ouvrages, il s’agît des violences souterraines conduites par des mouvements néo nazis Suédois qui refusent de mourrir.

La France n’est pas la Suède, mais lire les nouvelles de la maison d’un maire incendiée, parce que trop accueillant pour des réfugiés, fait froid dans le dos. C’est presque le scénario proposé par Henning Mankell dans « Meurtriers sans visages » en 1991. Les députés RN sont restés impassibles.

VDS

https://fr.wikipedia.org/wiki/Meurtriers_sans_visage

Une réponse à “Suède | Du bureau de vote, à l’arrêt de bus”

  1. Avatar de Falempin-Creusot Catherine
    Falempin-Creusot Catherine

    et entendre parler de l’action française aux informations à la radio, dans le même bulletin que celui annonçant cette démission. C’est sidérant, glaçant. On a l’impression que le temps s’est comprimé, qu’une des têtes de l’Hydre des années trente revient.

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